Tous nos articles sur "spaceship"

Interview : Tony Williams

Tony Williams, vous ne le connaissez peut-être pas. Pourtant votre oreille l’a très certainement déjà entendu, et plus d’une fois même. Cousin du célèbre Kanye West, il est également son vocaliste et ce, depuis ses débuts. Spaceship, All of The Lights ou We Major, ce sont autant de tubes où le timbre de voix si particulier de sieur Williams y est pour beaucoup. Mais loin de cette simple étiquette, il n’en demeure pas moins un véritable artiste et s’apprête même à sortir son premier album, King or The Fool. Aujourd’hui, il se livre donc en exclusivité à Soul Ton Oreille sur toutes ces années passées et ce que le futur lui réserve.

Si tu devais regarder en arrière, depuis Spaceship, qui est le premier morceau sur lequel je t’ai entendu, à Still Got Love dont la vidéo est sortie récemment, comment dirais-tu que tu te portes ? Ca a dû être un long chemin, non ?

Je me sens bien là où ce voyage m’a mené, et dans un sens je suis de retour là où tout a commencé. Pour moi, c’est ce à quoi était destinée cette aventure. Cette soul brute, cette créativité nerveuse, qui ont toujours été en moi, sur lesquels je travaillais et qui ont persuadé Kanye de me faire poser sur Spaceship au tout début. Je suis de retour là aujourd’hui, et j’y suis bien. Tout ce qui s’est passé entre temps, c’était comme un simple amusement, mais bénéfique toutefois. C’est de là que je tiens mon nom. J’ai aussi rencontré du monde et fait beaucoup d’exploration musicalement parlant. Je n’oserai jamais dire que je ne suis pas sorti grandi de tout ça. C’est important de se dire qu’on peut toujours apprendre et qu’on ne sait pas tout. Ces six dernières années, j’ai choisi de m’asseoir et d’être un simple élève, et ça peut parfois être dur quand tu sais que tu pourrais être dans une autre classe avec le rôle du prof. Mais ça m’a rendu plus fort en tant qu’artiste.

La sortie de ton premier album, King or the Fool, a été longuement repoussée et n’est d’ailleurs toujours pas disponible. Que s’est-il passé ? As-tu eu des problèmes ou as-tu simplement voulu prendre ton temps et faire les choses bien ?

Le retard de King or the Fool a beaucoup à voir avec l’aventure dont on parlait. Elle m’a permis de me faire un nom mais ça a aussi mis en place mon identité. Malheureusement, cette identité, ce n’est pas forcément moi. C’est comme si tu commences à sortir avec quelqu’un et que l’impression que tu donnes au premier rencard, celle qui attire la personne vers toi au tout début, devait rester qui tu es et que tu doives l’assumer pour toujours. Je ne pouvais pas laisser l’album sortir en laissant le public troublé. J’ai fait ce que j’avais à faire pour m’assurer que les fans étaient là pour moi, pour qui je suis et ce que je fais vraiment. Ça ne veut pas dire que j’abandonne les fans de la première heure, qui sont devenus fidèles grâce à mon travail du début. C’est juste que je sais que la grande majorité des gens qui vont écouter cet album et à qui il va plaire n’ont jamais entendu parler de We Major (morceau tiré de Late Registration, second album de Kanye West).

Tu n’es plus signé chez G.O.O.D. Music : pourquoi es-tu parti ? De manière plus générale, que penses-tu des relations entre les labels et les artistes ? On a vu récemment que Lupe Fiasco a dû se battre pour sortir LASERS, son troisième album. Qu’en penses-tu ?

Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus, ou en tout cas il n’y a pas grand chose que je veuille dire à ce propos. Différences créatives dirons-nous… Je souhaite le meilleur à tous les artistes encore signés chez eux. Je suis toujours en studio avec eux. Mais je dirais que c’est plutôt étrange d’appeler un label G.O.O.D. Music et de ne pas vraiment vouloir porter les projets des artistes, le mien en l’occurrence, à bout de bras et avec enthousiasme, surtout quand tu vois qu’ils font tout pour les quelques artistes qu’ils ont décidé d’encourager. Je pense dans ces cas-là qu’il vaudrait mieux appeler ton label A.I.G.H.T. Music (AIGHT vient de All Right, qui ici est un jeu de mot pour dire « de la musique correcte »). Pour le moment, je garde la tête froide vis-à-vis des labels. Mon pote John Stewart, qui a d’ailleurs été mon ingénieur ces dernières années, vient d’investir pour lancer son label nommé The High Society et a signé mon label U.P.P (pour Uncle Pete’s Parade) Music, et je peux dire qu’on a quelques idées. La musique c’est un business comme un autre pour certains : si on doit vendre tout ce qui nous appartient pour tout faire nous même, et bien on fera ça ! Qui a besoin de la bureaucratie (des maisons de disque) de toute façon ?

Ces dernières années, le milieu de l’industrie musicale a beaucoup changé. Aujourd’hui, on dirait que les chanteurs soul reviennent au top avec des artistes comme Raphael Saadiq, Melanie Fiona ou encore Marsha Ambrosius. Qu’en penses-tu, quelle est ta place au milieu de tout ça ?

Je ne fais pas attention à ça, à la manière dont je me fonds dans le paysage, à ma place dans l’éventail de chanteurs soul actuels. Je pense qu’une catégorie, ou un genre, est déterminé par les oreilles de celui qui écoute, donc je ne vais même pas essayer de le définir pour lui. Je suis loin de concevoir ma musique dans le but d’être mis dans une case ou pour satisfaire les critères ou attentes de quelqu’un. J’ai décidé il y a longtemps que je ferai la musique qui me plait. Je la diffuserai et avec de la chance, le public l’appréciera et le bouche-à-oreille suivra.

A quoi peut-on s’attendre pour King or The Fool, en terme de sonorités ? Et s’il te plait, ne me dit pas l’inattendu !

Dans le public à Dallas, les gens venaient d’horizons différents : j’étais content de savoir que tout le monde a pu tirer quelque chose de mon travail. Ils reflètent en quelque sorte ce que je suis : un mélange d’un peu de tout. La seule chose que tous avaient en commun, c’est l’amour de la musique. Les personnes qui sont fans de musique, et pas seulement fans d’un genre musical, les vrais amoureux de bonne musique vont adorer King or the Fool. Cet album montre ma polyvalence, mon côté « touche-à-tout ».

Everything About You, le premier single de King or the Fool, est remarquable. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce morceau ?

La chanson a été produite par Haskel Jackson. Il a aussi produit en grande partie ma mixtape, The World Famous Tony Williams : Finding Dakota Grey. Ce mec est un diamant à l’état brut. Il m’envoyait des morceaux pendant que j’étais sur le Glow In the Dark Tour (tournée de Kanye West) : j’ai immédiatement su que ce morceau (Everything About You) était spécial. Je lui ai demandé de travailler la mélodie et juste après la tournée, je suis retourné à L.A. et on a écrit le texte en une journée, plus ou moins. C’est clairement un de mes morceaux préférés.

Tu as offert une session d’écoute très spéciale à Dallas récemment, avec un peintre je crois. Peux-tu nous en dire plus ? Comment as-tu eu cette idée ?

Oui, j’ai effectivement organisé une session d’écoute à Dallas en décembre, d’abord parce que je ne pouvais plus garder ma musique pour moi plus longtemps, mais parce que j’avais aussi besoin de la faire partager à un public. La musique est quelque chose qui m’est cher et je tenais à avoir un retour sur mon travail. Je voulais aussi organiser un événement dans cette ville que les gens n’oublieraient pas de si tôt. Rolando Diaz est l’artiste qui a peint la pochette de l’album en direct au cours de cet événement. Il l’a fait de manière très spontanée au fur et à mesure que l’inspiration lui venait à l’écoute de mes morceaux. Les gens étaient scotchés.

Qui sont les artistes qui t’inspirent ? Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Visionary Soul de Ray Charles, c’est ce qui tourne le plus en ce moment. C’est typiquement le genre de musique qui m’inspire depuis toujours. Ray Charles était un putain d’artiste. Il n’était limité à aucun genre non plus. Il n’en avait rien à faire que ce soit du blues, du RnB ou même de la country. Il chantait juste par amour pour la musique, avec son cœur, et il laissait les gens décider. Personne aujourd’hui ne m’impressionne autant que lui. Enfin à part peut-être Prince !

Tu as eu la chance de tourner dans le monde entier et de travailler avec un grand nombre d’artistes. Quels enseignements en as-tu tiré ?

Parcourir le monde a été une expérience tellement enrichissante. Je n’en suis pas seulement sorti grandi musicalement : ça m’a enrichi en tant qu’être humain aussi. J’ai toujours su que je verrai le monde un jour, même si je ne savais pas de quelle manière. J’avais le sentiment que j’étais destiné à vivre ça un jour. Dieu merci, ça s’est réalisé. La plupart des américains ne voyagent pas comme ça, pas comme les européens en ont l’habitude. Ce genre de choses élargit votre vision du monde, et c’est ça le sens de la vie. Pour ce qui est des artistes renommés avec lesquels j’ai eu la chance de travailler, je leur en suis reconnaissant. Comme je l’ai déjà dit, c’est grâce à eux que je me suis fait un nom. Mais en dehors de ça, j’en ai rien à foutre : j’essaie aujourd’hui de faire quelque chose qui te poussera un jour à leur demander « c’est comment de travailler avec Tony Williams ? ». C’est ce qui me motive aujourd’hui.

Comme je l’ai mentionné juste avant, la première fois que je t’ai entendu c’était sur Spaceship (morceau de Kanye West). Cette chanson est incroyable, et je pense sincèrement que c’est grâce à ta voix qu’elle est si réussie. Peux-tu nous raconter comment le processus de création s’est déroulé à l’époque ?

Je pense que si mon travail sur Spaceship s’est avéré être si « magique », c’est parce qu’en tant que chanteur expérimenté, j’étais en mesure de donner à ce morceau particulier toute l’attention qui devait lui être porté. Ce titre reflète une époque bien précise. Si un artiste est trop jeune pour avoir été présent à cette même période, et qu’il ne fait pas tout ce qu’il faut pour connaître cette époque, il ne pourra pas lui rendre justice en chanson. Quand j’ai entendu Spaceship la première fois, je savais ce qu’il fallait ajouter. Je me suis amusé dessus un jour dans la voiture, Kanye était là et m’a dit : « ouais, c’est ce qu’il me faut ! ». Il m’a fait venir à L.A. quelques jours plus tard pour enregistrer. Je ne me souviens pas exactement, mais j’ai sûrement dû boire une demie bouteille de Hennessy et après je suis rentré dans la cabine. Tout était très naturel. Spaceship se situe exactement là où je vis… Le reste c’est le passé.

Tu es crédité sur All of The Lights : on a entendu assez tôt l’an dernier une version sur laquelle seuls Kanye et toi posiez. Peux-tu nous dire comment la chanson a évolué pour en arriver à la version finale qu’on connait ? Parce que franchement, c’est un truc de fou !

Sincèrement, je ne sais pas comment ces versions ont pu être diffusées. Quand on était à Hawaii, la chanson était chantée par Kanye, Sir Elton John et moi. Cette chanson n’a d’ailleurs jamais été une des mes préférées, mais LA Reid a pensé repérer un tube, et il faut croire qu’il a eu raison. Quand on en avait fini à Hawaii, Kanye a continué à travailler sur l’album à New York, sur les conseils de LA je pense.

Tu as aussi collaboré avec Jay-Z sur une chanson intitulée History. Tu sais ce c’est le sample d’une chanson française (Une nuit sur ton épaule de Véronique Sanson) qui a été utilisé ?

Oui je savais qu’une chanson française avait été samplée pour History. J’étais là quand ils l’ont fait : ce n’est pas rare pour nous de nous asseoir en studio et d’écouter des disques français ou même portugais pour essayer de trouver quelque chose à sampler.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ?

Les artistes doivent créer : c’est ce pour quoi ils sont nés. C’est ce pour quoi je vis : faire naitre une idée et la développer pour en faire quelque chose dont les gens pourront profiter. C’est ça que je préfère.

Cinq choses que nous ignorons sur Tony Williams ?

Ma prof de CM1 m’a dit un jour que je deviendrai écrivain, je crois qu’elle avait raison.
J’adore cuisiner, j’imagine que c’est parce que ça implique de créer là aussi.
Je suis fan de sports et passe mon temps dehors, j’ai déjà couru des marathons et une fois, mon handicap au golf est même passé sous 10.
Dans une vie antérieure (je veux dire avant de faire de la musique à temps plein) j’étais un super coiffeur/coloriste.
Non seulement je suis un cousin de Kanye West, mais aussi de Jennifer Holiday (de la comédie musicale Dreamgirls à Broadway.) Nos grand-pères étaient frères. J’ai aussi un lien de parenté avec le chanteur RnB Raheem Devaughn. Il faut croire qu’on a tous le gène de la chanson.

Un dernier mot pour ton public français ? On peut espérer te voir bientôt à Paris ?

Pour le moment, on n’a rien de prévu à l’international. Mais c’est très clairement sur ma liste de choses à faire. J’ai eu de bonnes expériences là-bas. Croisons les doigts pour que l’album fasse ses preuves en France parce que mes valises sont prêtes et sur le pas de la porte.

Remerciements à John Stewart et Tony Williams pour leur temps accordé.
Propos recueillis par John, traduction par Mimouna.