Michael Rapaport, originellement acteur (vous l’avez vu dans quelques séries comme Friends ou Prison Break), nouvellement réalisateur de documentaire et éternellement fan de hip hop (son fils porte le nom d’un des membres de De La Soul), a mis en avant dans le film Beats, Rhymes & Life : The Travels Of A Tribe Called Quest le groupe de légende A Tribe Called Quest, réuni en 2008 à l’occasion des festivals Rock The Bells aux Etats-Unis. Réunion qui ne s’est pas faite que dans la joie et l’allégresse mais qui a permis d’en apprendre beaucoup sur le groupe, de l’impact qu’il a eu sur la scène rap à la vie en communauté de ses membres.
Polémique donc avant la sortie et pendant sa promotion parce que sous l’oeil du réalisateur, bien des choses sont montrées qu’on n’aurait pas suspectées ou voulu croire. Entre les querelles internes et l’avis de figures du milieu (de Questlove à Prince Paul en passant par les Beastie Boys), on comprend pourquoi le groupe et Q-Tip en particulier n’a pas beaucoup soutenu ce documentaire, pourtant acclamé par la critique notamment à Sundance en 2011 (et que je vous recommande fortement tant il est efficace).
Beats. Tout au long du film, on en apprend beaucoup sur Q-Tip, producteur des trois premiers albums du groupe, des petites astuces utilisées pour la création de beats avant l’arrivée du sampler à son perfectionnisme sans bornes qui mène à une certaine crispation de la maison de disque avant la sortie de The Low End Theory. En plus de la simple histoire propre à A Tribe Called Quest, des artistes comme Common parlent de l’impact qu’à eu le groupe sur la scène rap avec l’introduction de sonorités jazz et même bebop dans leur son. On voit aussi Pharrell parler de l’ovni qu’à représenté ce même album, The Low End Theory, avec l’émergence de Phife Dawg qui prend alors clairement une place de leader au mic, notamment sur la bombe Buggin’ Out et son « Yo, microphone check, one, two, what is this ? ».
Rhymes. Pas de bon MC sans texte à la hauteur. A Tribe Called Quest arrive dans le rap au moment même où le phénomène sort du Bronx et devient une culture à part entière : l’éloquence des MCs va permettre de juger la qualité de la scène rap new yorkaise. Rapaport ne manque pas de revenir sur le mouvement Native Tongues, né du rapprochement d’ATCQ avec De La Soul, The Jungle Brothers et Queen Latifah notamment sous l’œil attentif de DJ Red Alert. Avec leur rap festif, leur look d’aliens et un semblant d’afrocentrisme, A Tribe Called Quest et le collectif Native Tongues montrent que le rap peut être différent de ce qui se fait déjà avec Public Enemy ou N.W.A. et se poser comme la possibilité d’un groupe qui crée avec une identité et dans la bonne humeur, loin des beefs.
Life. Prenant pour exemples Run DMC et LL Cool J, Phife Dawg et Q-Tip, dans la même classe et presque voisins, commencent à rapper : Quest est né ! Jarobi se joint après avoir entamé un petit beatbox devant Phife alors qu’Ali était en cours avec Q-Tip et découvre le DJing. Quand le groupe commence à se faire une place, Afrika Baby Bam des Jungle Brothers leur suggère de changer leur nom : A Tribe Called Quest est né ! En huit ans, le groupe a sorti cinq albums. A ce jour, leur contrat initial avec Jive Records n’est pas honoré : il leur reste un album à faire pour conclure le deal signé en 1989. Mais la vie continue après la rupture, Q et Ali poursuivant des carrières chacun de leur coté. Le groupe n’est quand même pas oublié puisqu’il continue d’attiser l’intérêt de promoteurs de salles et festivals aujourd’hui.
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The Travels Of A Tribe Called Quest. Phife le dit dès le début : bien qu’il connaisse Q-Tip depuis toujours ou presque, il n’a jamais su le cerner. On comprend d’entrée de jeu que les deux caractères et membres historiques du groupe vont être au cœur d’un affrontement au milieu duquel se trouvent Jarobi et Ali Shaheed Muhammad. Pourtant, c’est Phife qui a mis le pied à l’étrier à Q-Tip et l’a incité à rapper dans les années 80. Au fil du temps, les brouilles et malentendus éloignent les deux hommes jusqu’à l’explosion du groupe en 1998 et la sortie de The Love Movement. Si Jarobi a quitté le groupe avant, on sait désormais pourquoi : lassé des règles et de ne pas pouvoir s’exprimer comme il le voulait, il a préféré se mettre en retrait. Ce qui ne l’a pas empêché de revenir avec les autres pour des concerts notamment à la demande de Phife, malade, qui réclamait son soutien, tant physique sur scène que visiblement moral dans les coulisses.
Le diabète de Phife Dawg est finalement au cœur de la vie de ce groupe : grâce aux images de l’époque, on voit clairement l’impact de la maladie sur Phife au cours de différentes apparitions. En 1992, chez Letterman, on comprend l’état second du MC qui semble être au ralenti parce qu’il est en fait pleine crise. Le lendemain, il passe par la case hôpital et doit manquer un plateau télé : le groupe s’y présente quand même et c’est le début d’une longue série de petites brouilles, déclarations et mots mal choisis qui mène irrémédiablement à la fin d’ATCQ. De Q-Tip qui veut tout contrôler à l’intronisation de Consequence au sein du groupe, A Tribe Called Quest est déchiré entre ses deux leaders, menant à sa séparation en 1998.
Entre amitié et rivalité, fraternité et business, le parcours d’ATCQ tel qu’il est montré dans ce documentaire n’est pas de tout repos et le sommet est atteint lors du festival de 2008, où Phife refuse de monter sur scène. Finalement, le groupe est bien présent en 2010 pour haranguer les foules japonaises sans haine apparente. Mais ces rassemblements laissent une question en suspens : sont-ils réunis pour l’amour d’ATCQ et en toute amitié ou simplement pour honorer des contrats et recevoir un cachet ? Vrai, clairement polémique parce que complétement immergé dans la vie du groupe, avec une bande son superbement mixée par Madlib, ce film d’une heure trente-cinq mérite votre attention que vous soyez fan d’ATCQ ou non, ne serait-ce que pour cette leçon d’histoire du hip hop que Beats, Rhymes & Life : The Travels Of A Tribe Called Quest représente.








