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Youssoupha n’en finit plus de gester !

Devant le succès de son GESTE Tour grâce auquel il a sillonné la France de février à juin 2012 (on n’oubliera pas l’Olympia du 7 mai), Youssoupha n’a eu d’autre choix que de prolonger la tournée, pour le plus grand plaisir de ses fans réunionnais, martiniquais, suisses et manceaux !  La Gest’Team était au Mans vendredi 19 octobre, l’occasion pour nous de vous raconter notre rencontre avec le lyriciste bantu, à quelques heures de sa seconde date parisienne du Zénith.

Soul Ton Oreille : Comment vis-tu ce qu’il t’arrive ? Cette prolongation de tournée, ce  succès en indé, le disque d’or…

Succès en indé, disque d’or et bientôt disque de platine, le succès commercial notamment grâce à Dreamin… C’est vrai que ça fait beaucoup pour la même année. Mais je suis content pour moi et pour mon label. Tout ça m’arrive au bout de trois albums donc je le prends avec une certaine sérénité. Ce n’est pas comme si ça explosait alors que j’avais 21 ans, j’en ai 33. On a tellement obtenu tout ça par le dur, que c’est devenu une mentalité et qu’on continue à rester exigeant, à travers les clips et  les concerts  qu’on faits.

C’est vrai que ce concert est bien ficelé. Youssoupha et S-PI (qui assure bien plus que les backs de Prim’s) font le show en  invitant le public à « faire un putain de boucan » sur Viens ou Apprentissage, à danser sur une rumba congolaise générale sur Les disques de mon père (suivie de la « Rumba du geste »  puis de la « Rumba Carnaval » ; maillot mouillé assuré!), ou à jeter son Y en l’air sur La foule.

Quant aux singles, si on regrette que les titres qui tournent en radios ne soient pas très représentatifs de la puissance de l’album, Youssoupha explique que pour lui, tous les morceaux de Noir D* ont leur importance : « Mon disque est un peu comme un film, y a des moments de douceur et volupté, et des moments où c’est plus dur.  Dans tout ça, les radios choisissent ce qu’elles veulent diffuser. Moi, dans cet album, je n’ai négligé aucun titre. La preuve c’est qu’avec la sortie L’enfer c’est les autres, on en est au huitième clip. (NDLR : Il vient  de clipper La vie est belle qui sortira prochainement.) Tant mieux si un titre comme Dreamin marche bien et que des gens s’y reconnaissent, car j’aime aussi beaucoup le jouer sur scène. Avec Indila qui arrive habillée en Princesse Athéna des Chevaliers du Zodiaques ! (rires) »

Une exigence qui le rend de plus en plus créatif, à l’image du triptyque L’enfer c’est les autres réalisé par 1986 Prod. Trois tableaux pour évoquer la souffrance de trois angles différents : le père, la mère et le fils. Soul Ton Oreille vous propose le fils.

Regardez : Youssoupha – L’enfer c’est les autres – Fils

Il ne vous reste plus qu’à foncer au Zénith de Paris ce soir pour le voir sur scène et gester avec toute la Gest’Team.

Pour aller plus loin :

Vos sorties du mois d’avril à travers la France

Deuxième édition de nos suggestions de sorties, en espérant que vous avez suivi nos premiers conseils et que vous avez fait du bien à vos yeux et à vos oreilles. Le dicton dit « en avril ne te découvre pas d’un fil, mais sors quand même faire du bien à tes yeux et tes oreilles » ou quelque chose comme ça, alors voyons ce que nous réserve ce mois d’avril, période de nombreux festivals.

  • Du côté de la ville de Rennes, vous aurez le privilège de vous rendre à la 3ème édition du Festival Hip Hop DOOINIT, qui aura lieu du 27 mars au 7 avril. Ce festival rendra hommage à ce style musical qui nous est cher avec des films, des concerts, des conférences, le tout accompagné de grandes figures du Hip Hop comme Ali Shaheed de A tribe Called Quest et OC de DITC. Vous retrouverez le détail de ce festival en vous rendant sur le site du Festival Hip Hop DOOINIT.
  • Pour Paris, ce n’est autre que sur la scène du Palais Omnisport de Paris-Bercy que Drake se produira le 5 avril prochain. Les plus grands fans doivent déjà avoir leur place, mais pour les autres si vous souhaitez y aller, ne trainez pas trop, il n’en reste plus beaucoup. Et pour continuer dans la vague des lovers, le beau Tyrese revient nous voir pour un concert le 8 avril au Trianon, alors les filles, comblées ?
  • Nous vous en parlions récemment, il est alors tout à fait naturel pour nous de vous suggérer d’aller voir Sandra Nkaké sur la scène du Café de la Danse à Paris, le 11 avril.
  • Continuons notre tour de France, et arrêtons nous à Bordeaux, car chers amis bordelais, vous aurez la chance de voir Youssoupha vous présenter son album Noir D**** le 14 avril à la Rock School Barbey.
  • Toujours le 14 avril, pour faire écho au Juste Debout Steez 2012, faisons une halte à Orléans, ville dans laquelle se déroulera le Championnat Hip Hop international 2012 au Palais Omnisport d’Orléans. Encore une belle journée en l’honneur de la danse dont vous retrouverez tout le détail sur le site HHI France.
  • Retour à Paris pour 3 dates très importantes à retenir. En effet, le dimanche 15 avril, c’est le grand Anthony Hamilton qui viendra nous rendre visite au Bataclan. Artiste soul incroyable, il se fait bien trop rare en France, alors n’hésitez surtout pas et foncez-y. Dès le lendemain, le 16 avril vous aurez également la chance de voir une artiste qui elle aussi s’est faite rare ces dernières années. Il s’agit de Lauryn Hill qui donnera un concert sur la scène du mythique Olympia Bruno Cocatrix, là encore c’est un concert suffisamment rare pour y courir. Et enfin, vous pourrez continuer votre périple soul à La Maroquinerie le 18 avril pour y voir un de nos chouchous que nous vous présentions récemment Mickael Kiwanuka.
  • Reprenons la route et dirigeons nous vers Lille, car c’est là bas que se déroulera du 16 au 25 avril, le festival Les Paradis Artificiels 2012. Festival durant lequel vous aurez la possibilité de voir le 20 avril au Zénith Aréna lors d’un concert avec plusieurs artistes : Method Man, Nneka ou encore Chinese Man. Autre date que nous vous conseillons, le 25 avril à l’Aéronef, car c’est un mélange très intéressant qui vous y attend, se produiront ce soir là : 1995 , C2C et Beat Assailant, ça sonne plutôt bien tout ça.
  • Et pour finir, le mois d’avril est évidemment le mois d’accueil du Printemps de Bourges, qui aura lieu du 24 au 29 avril. Sans doute un des festivals les plus connus, il existe depuis la fin des années 70 et rassemble toujours autant. Vous y retrouverez donc tous les styles musicaux, et dans notre catégorie plus particulièrement plein d’artistes dont nous vous parlons sur Soul Ton Oreille comme Selah Sue, Youssoupha, Orelsan, Nneka, Lianne La Havas, Imany, Oxmo Puccino, C2C et un de nos derniers chouchous Bernhoft. Le programme entier est sur le site du festival, allez y jeter un œil.

Et bien c’est un bien beau programme que nous réserve le mois d’avril. Nous espérons que vous passerez de bons moments de musique et que vous les partagerez avec nous. N’hésitez pas à aller souler vos oreilles dans les salles de concert et rendez-vous le mois prochain.

Critique : Noir D**** de Youssoupha

C’est le troisième album de Youssoupha, après À Chaque Frère en 2007 et Sur Les Chemins Du Retour en 2009. Noir D**** (pour « Noir Désir ») était une des sorties les plus attendues du rap français. Bien sûr, « l’affaire Zemmour » a malheureusement naturellement fait monter le buzz. Mais plus que cela, les singles balancés en amont laissaient présager de la qualité de l’opus que Youssoupha nous a offert le 23 janvier 2012.

En effet, il y a d’abord eu Menace De Mort qui revient sur les accusations d’un journaliste (dont le nom ne mérite pas d’être cité une seconde fois). Première pierre de l’édifice Noir D****, Youssoupha y revendique sa liberté d’expression, de plus en plus menacée. Alors, s’en est suivi Espérance De Vie. Là, on salue la forme : quatre-vingts mesures, écrites en quatre-vingts jours, à raison d’une ligne par jour ; et le fond : des interrogations, une critique acerbe de la société. L’argent, la politique, les médias, la religion…tout y passe. Et finalement, Histoires Vraies, avec Corneille et son clip tourné au Canada, un morceau qui annonçait en quelque sorte le programme de cet album.

Youssoupha nous prévient dès le premier morceau : Noir D* c’est du rap d’amour. De « L’Amour » distillé sur les 18 pistes qui composent cette galette.

Mais c’est surtout du rap d’adulte. « Je suis un des rares MC de 30 piges à rapper comme un adulte », nous dit-il dans J’ai Changé. Tout au long de son Noir D****, le lyriciste bantu nous sert des rimes réfléchies, « des mots qui percutent » dixit Kery James en outro de La Vie Est Belle, qu’il illustre par des références peut-être méconnues de la plus jeune génération. Comme Nicolas Sirkis membre du groupe Indochine formé dans les années 80, William Sheller et son Homme Heureux, succès de la variété française en 1991. Ou bien Demain C’est Loin d’IAM et Retour Aux Pyramides des X-Men, deux titres sortis il y a déjà quinze ans, ou encore la célèbre phrase « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position », clin d’oeil à Ärsenik dans Boxe Avec Les Mots sur l’album Quelques Gouttes Suffisent paru en 98.
Prim’s, comme on le surnomme, a également fait de Noir D**** un album ancré dans son époque, en glissant ici et là des références aux affaires et/ou tragédies qui continuent de marquer les années 2000. Comme par exemple Youssouf Fofana dans Menace De Mort, Véronique Courjault dans Espérance De Vie, Mohamed Bouazizi symbole du Printemps Arabe ou encore les incendies du Boulevard Auriol dans Irréversible.

Enfin, Noir D**** c’est définitivement l’album d’un « blédard devenu banlieusard ». L’Afrique y est omniprésente, notamment grâce à la kora et aux percus qui vous invitent naturellement à bouger la tête et à faire péter les claps. Ceux qui n’avaient jamais entendu de rumba congolaise ne pouvaient pas être mieux initiés. En effet, c’est un bel hommage qu’il rend à ce genre musical avec le titre Les disques de mon père, qui traite de la paternité, en duo avec l’ambassadeur de la rumba congolaise : Tabu Ley Rochereau qui n’est autre que son père. D’ailleurs, le morceau sample le titre Pitié de Tabu Ley. Autre sample congolais, celui du Staff Benda Bilili sur le très bon Noir D****. Un appel à l’émancipation du peuple noir : « Moto Moindo lamouka, téléma kékotala, wouta bokoko na yo, ozalicé kolala, lamoukana bongo otala ndéngué moy é bimi eeeh», en lingala dans le texte, dont voici la traduction : « Homme noir, réveille-toi, lève-toi et va voir, tu dors depuis l’époque de tes ancêtres, tu dois te réveiller pour enfin voir que le jour s’est levé ».

Outre ces messages positifs, on trouve également comme dans tout album rap qui se respecte, de l’ego trip, «Bien sur que le meilleur rappeur de France a un cheveu sur la langue », apporté entre autres par les deux Gesteludes, l’un en featuring avec Sams et l’autre avec S-Pi.

Seul bémol de Noir D****, le titre Tout l’amour du monde, qui ressemble plus à un titre de street-tape et apparait comme perdu au milieu d’une playlist mature. Youssoupha se place en victime de trois femmes, l’une trop légère, l’autre vénale, et la dernière faussement vertueuse. Mouais… Rien de très original. Et comme si ces clichés ne suffisaient, pas l’emploi du B-word vient couronner le tout le temps d’un refrain toutefois efficace, admettons-le. Mais c’est bien là le seul faux pas de Noir D****, un opus abouti et de grande qualité, que nous ne pouvons que vivement vous recommander. Et à en croire les différents commentaires lâchés sur la page facebook de Youssoupha, c’est un album qu’il défend remarquablement en live. Allez vous faire votre avis lors d’une des dates de sa tournée Geste Tour qu’il terminera le 7 mai 2012 sur la scène mythique de l’Olympia Bruno Cocatrix à Paris.