Lorsqu’on se rejoue son premier album, cette même question nous revient constamment à l’esprit: « Que devient Kevin Michael ? ». En 2006, le natif de Pennsylvanie nous délivrait un délicieux premier opus éponyme alliant savamment titres à la démarche purement artistique et autres morceaux plus calibrés radio. Alors inconnu, il réussit tout de même à mobiliser de gros calibres de l’industrie pour des collaborations efficace. D’abord sur We All Want The Same Thing, qui lui procure le buzz dans un premier temps, c’est un Lupe Fiasco tout frais du succès de son désormais classique Food And Liquor (oui on se le permet) qui l’assiste. On peut dire que la présence de Q-Tip à ses côtés est approprié lorsque le rookie fredonne le fameux Do That Do That Do Do That That That, sur le modeste Too Blessed. Quant à It Don’t Make Any Difference To Me, son premier single officiel produit par le leader de The Fugees alias Wyclef Jean, qui prête aussi sa voix pour l’occasion, achèvera d’apporter à l’artiste l’attention du grand public. Il devient quasi difficile de passer à côté du jeune homme secouant son afro monumental de droite à gauche au rythme de sa human beat box attitré qu’est Akil Desan, quand il entonne en live la version acoustique du hit aux paroles un brin utopistes. Kevin Michael alors âgé de 22 ans enchaîne les apparitions sur les plateaux télé et radio à l’échelle l’internationale, avant de doucement s’évanouir dans la nature.
Regardez : Kevin Michael – It Don’t Make Any Difference To Me
Quand on décide de lancer notre enquête, c’est dans un premier temps parce que le personnage a su capter notre intérêt. En plus de son look atypique à l’heure où la tendance afro n’envisageait pas encore son come back, et de cette voix aux multiples facettes qu’il a appris à dompter en autodidacte, celui que l’étape de l’écriture de ses textes passionnés au moins autant que celle de leur interprétation, se présentait au public chargé de divers messages qu’il comptait bien faire passer au travers de sa musique. Kevin Michael parle beaucoup d’amour, mais il partage aussi le regard qu’il pose sur l’état de la société notamment avec We All Want The Same Thing ou encore Hood Buzzin. C’est tout de même l’univers interracial dans lequel il a grandit et qui a fortement marqué son histoire qu’il exposera le plus souvent dans ses textes, attendant sans doute de son témoignage qu’il renverse ces absurdes barrières d’intolérance.
Il cite Prince, Michael Jackson ou encore Stevie Wonder parmi ses plus grandes influences musicales. Bien que qualifié de chanteur RnB, son premier album mélangera les genres avec une certaine harmonie. Une fine pincée de pop, sur une poignée de titre dont l’approche sera visiblement plus expérimentale, agrémenté d’une sauce hip-hop fortement prononcée, Kevin Michael est doté d’un certain potentiel et cela n’échappe guère aux majors. Si Virgin et Columbia Records se le disputeront, c’est finalement Atlantic Records qui fera la meilleure prise. Et lorsque qu’on se remémore l’épisode Lupe Fiasco vs Atlantic, on pense tenir une piste sur les sources des turbulences dans sa carrière.
Nos investigations sont longues, mais nullement vaines. Après interrogation de Google, on ne vous cache pas notre surprise lorsque l’on retrouve un Kevin Michael au brushing parfait, cinq ans après la sortie de son premier essai sur la jaquette de International, son dernier album. Bien que cela puisse sembler superficiel, son changement drastique de look ne laisse présager rien de bon quant à la direction artistique opérée dans sa musique. On apprend qu’il a entre-temps fait partie d’un groupe. Kevin Michael répondait alors au nom de KofTHEY, ou simplement K pour Kevin, soulignant en quelque sorte qu’il est la voix du collectif dénommé THEY, un acronyme de The Youth. Uniquement trois morceaux seront divulgués au public, dont le très électro/dance Areola.
Écoutez : Kevin Michael – Areola
On se lance frileux dans l’écoute du fameux International sorti en 2011, et convenons de ne jamais renouveler l’expérience. En effet Kevin Michael reprend les formules qui, ces dernières années rencontrent un franc succès auprès du grand public. Un beat dance/électro ou encore de la pop populaire à outrance, des textes creux et pourquoi pas des refrains se voulant accrocheurs. Il va jusqu’à emprunter un accent des îles, peut-être celui qui vaut à Rihanna d’être « Rihanna« , peu ont résisté à cette touche d’exotisme venue tout droit de la Barbade. Ici il est clair que le hip-hop n’a plus sa place. Kevin Michael semble se chercher. En bref un second album à la sortie limitée au Japon en 2011, puis Covers For You, projet disponible uniquement en digital quasi-introuvable, dévoilé la même année.
Écoutez : Kevin Michael – Use Your Heart (cover)
Et enfin LISA, un dernier album aussi bruyant que son prédécesseur, autant vous dire que ces derniers travaux ne nous ont pas réconforté quant à l’idée d’un retour fulgurant de l’artiste. Si tout n’est pas bon à jeter, rien ne reflète le potentiel et la qualité décelée dans ce premier album éponyme. Pour celui qui se défendait d’être un « One Hit Wonder » (Ndlr : artiste célèbre pour avoir obtenu un seul succès au cours de sa carrière), il semblerait qu’on se souvienne à jamais de Kevin Michael comme l’auteur de It Don’t Make Any Difference To Me.
Cependant n’allons pas mettre sous terre le micro de l’artiste trop vite. Après trois opus dont deux distribués en indépendant, Kevin Michael semble frappé d’une prise de conscience. Dans une lettre ouverte, il fait l’annonce d’une mixtape qu’il déclare être le plus personnel de ses efforts à ce jour. Brainwa$h, pour aborder le lavage de cerveau dont nous sommes, selon lui, tous victimes à notre insu. Celui qui nous pousse à penser, agir, ou encore croire en un idéal de réussite sociale pré-établie. Le projet symbolise son affranchissement de tout diktat et ce nouveau départ qu’il prend, et à lui d’ajouter – « […] c’est la première fois de ma vie que je n’ai d’autre désir que d’être moi même, […] je ne suis plus hanté par l’idée de toucher le monde entier, ou ne ressens plus le désir d’être « populaire » selon la norme actuelle« . Déclaration qui laisse un arrière-goût d’aveu sur les raisons du virage artistique qu’ont connu ses œuvres précédentes. Il dévoilera trois extraits de ce qu’il caractérise de « projet multimédia », en quelques mots une mixtape qui s’écoute et se regarde. En guise de cadeau d’anniversaire à son public, Memory Lane au visuel si particulier ouvrira le bal le 22 octobre dernier, jour où Kevin Michael a soufflé sa 27ème bougie. Aucune date de sortie n’a été avancée, mais on sait que le Tumblr de Kevin Michael servira de principal plate-forme pour Brainwa$h.
Écoutez : Kevin Michael – Memory Lane
Avec les textes plus recherché et l’ambiance bien moins bruyante de Memory Lane, Kevin Michael regagne notre intérêt, en espérant que la mixtape prouve qu’il n’est finalement pas l’artiste d’un hit. Disons que nous avons déjà notre petite idée là-dessus.
Pour aller plus loin:
- Kevin Michael sur Tumblr
- Le Twitter de Kevin Mickael









