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Critique : King or The Fool, un coup de bluff ?

Après littéralement des années de gestation et plusieurs reports, The World Famous Tony Williams (qui s’est baptisé ainsi afin d’être dissocié du célèbre batteur de jazz  dans les moteurs de recherche) a enfin rendu public son premier essai solo King or The Fool, disponible depuis le 14 février dernier. Longtemps associé à Kanye West pour ses vocalises sur de nombreux tubes (le dernier en date étant All of The Lights), il était donc temps que Tony vole de ses propres ailes. Pour le meilleur et pour le pire ?

Si une chose est sûre, Tony Williams nous montre ici son vrai visage. Quelque peu éloigné de l’esprit hip-hop auquel il nous avait habitué avec des titres comme We Major (mais pas si loin que ça, vous verrez pourquoi), Tony Williams nous avait fait part de son intention de remettre le vrai RnB sur le devant de la scène vu qu’il regrettait le fait que le Rhythm & Blues actuel soit trop teinté de hip-hop, malgré son amour des deux genres. Cette direction se traduit par un résultat plus mature que la moyenne et à mille lieues de ce qu’un Chris Brown ou autre Trey Songz proposent aujourd’hui. Un bon point donc, qui avec la voix si particulière de Tony a de quoi nous proposer un album de qualité ; et on ne s’est pas trompé. Ainsi c’est le titre One is Two qui se charge d’ouvrir les hostilités, chose qu’il fait plutôt bien avec son rythme entrainant et surtout une instru’ de qualité, un des points forts de l’album d’ailleurs. Bink!, Kanye West, Hit-Boy ou encore No I.D. (pour ne citer qu’eux) ont tous contribué aux beats de l’album et le résultat est probant. D’ailleurs, le mixing de l’opus entièrement réalisé par l’ingénieur-son John Stewart apporte sa pierre à l’édifice, puisque la plupart des productions ne sonnent pas comme elles le devraient, et ce dans le bon sens du terme. On se retrouve donc avec des chansons comme Another You (produit par Bink!) qui ne ressemble pas vraiment à ce dont il nous a habitué sur ses productions antérieures.

Ecoutez : Tony Williams feat. Kanye West - Another You

Tony Williams n’est pas une machine à tubes à proprement parler, ceci dit King or The Fool est réglé sur un maître-mot du début à la fin, le mot « consistance. » On alternera donc entre différents types de morceaux, de nombreuses ballades (Everything About You, This Place, Sleepover et sa sublime guitare etc.) à des titres plus rythmés comme l’est I Know You Missed It (un des meilleurs morceaux de l’album, produit par Hit-Boy), un titre mêlant orchestre et éléments hip-hop à sa partie vocale où même John Legend participe, strictement rien n’est à jeter. A côté de cela, Dreamin of Your Love 2012 en featuring avec The Kid Daytona ajoute aussi une belle touche détente grâce à son rythme décontracté et entrainant, où l’on retrouve cette fois-ci Kanye West à la production. N’oublions pas les fantastiques All the King’s Horses et enfin King or The Fool le titre éponyme clôturant l’album. Solide et loin d’être décousu, au final cet album est tout simplement incontournable pour tous les amateurs de RnB, un album qui, comme le bon vin, saura se faire encore plus apprécier avec le temps qui passe.

Regardez : Tony Williams – Sleepover

Pour aller plus loin :

- A (re-)découvrir, notre interview de Tony Williams.
- Acheter : Tony Williams - King or The Fool (iTunes)
- Retrouvez Tony Williams sur Twitter

Entretien avec John Stewart

Une fois n’est pas coutume, attardons-nous à un de ces hommes de l’ombre qui font si bien sonner la musique à vos oreilles. Aujourd’hui, Soul Ton Oreille vous propose un entretien avec John Stewart, ingénieur son et criminel à ses heures perdues, lui qui a travaillé avec la plupart des grosses pointures américaines (Talib Kweli, Malik Yusef ou encore Kid Cudi entre autres.) En plus de quelques autres surprises il nous lâche en exclusivité la date de sortie de King or The Fool de Tony Williams, chanteur que nous avions interviewé il y a quelques mois.

Soul Ton Oreille : D’abord, est-ce que tu peux te présenter s’il te plait ?
John Stewart : Je suis John Stewart, ingénieur son, chef d’entreprise et pro du délit de fuite.

D’habitude, quand on parle de musique et des rêves de la plupart des gens, ils veulent devenir chanteur, rappeur, producteur etc. Pourtant toi, tu es ingénieur son, ce qui est plutôt intéressant. Comment t’es-tu retrouvé à faire ça ?
Je faisais ma propre musique à une certaine époque et la manière dont mes ingénieurs travaillaient et la façon avec laquelle ils manipulaient mes sons m’intriguait, donc j’ai voulu apprendre. Des années plus tard cette curiosité s’est transformée en quelque chose de concret que j’adore et m’a permis de travailler avec quelques uns de mes artistes préférés.

Comment cela se passe lorsque tu as un morceau à mixer ? Est-ce que des instructions particulières te sont données ? Es-tu en contact avec les artistes directement ?
Sincèrement, ça dépend. Avec certains artistes, je ne suis qu’ingénieur du son mais ils me demandent de m’impliquer dans le processus de création. Des fois ça veut donc dire écrire, discuter d’un changement de son avec les producteurs etc., mais je préfère travailler sur un disque dès le début. Je préfère assister à la création de ce que je mixe car cela me permet de connaître la chanson parfaitement et ça, c’est impossible si l’enregistrement m’est juste donné pour être mixé ou masterisé.
Par contre il arrive que je reçoive simplement les enregistrements à mixer via les artistes, managers ou labels : certaines fois c’est accompagné de strictes instructions mais je crois que je commence à avoir une certaine réputation et maintenant, on me permet de donner la direction que je veux à un son.

Tu as eu la chance de travailler avec énormément d’artistes, et la plupart sont d’ailleurs parmi les meilleurs dans cette industrie. Quel est ton meilleur souvenir d’une session studio ?
Mon meilleur souvenir de mix… Je dirais le prochain single de Tony Williams, Sleep Over. Oui, c’est en tête de liste des meilleurs souvenirs (ce single sortira le 20 janvier prochain). C’est le premier morceau de l’album sur lequel on a travaillé ensemble. J’ai enregistré la voix et la guitare de cette chanson et après j’ai dû faire à peu près 50 mixes différents de manière à produire un morceau parfait. Quand j’étais en train de mixer, j’ai senti que l’enregistrement avait besoin de passer sur bande pour avoir, tu sais, cette texture qui lui est propre et donc on a fini par lâcher le SSL (consoles de mixage) pour passer sur quelque chose de plus approprié.
Je pense que j’ai passé plus de temps sur cette chanson que sur n’importe quelle autre. Je veux dire qu’on a passé des mois à travailler ne serait-ce que sur ce morceau. J’ai appris beaucoup en travaillant sur cet album et je pense que de mon travail a fini de convaincre Tony qu’il fallait qu’il me garde comme ingénieur.

D’ailleurs, à propos de l’industrie, elle a beaucoup changé dernièrement, notamment avec l’Internet. Comment tu vis ça, quel est ton avis là-dessus ?
Avant, c’était compliqué de travailler, les ingénieurs étaient peu nombreux puisque tout le monde n’avait pas de studio à soi et seulement peu pouvaient se payer un bon son sans avoir le soutien d’un label derrière. Maintenant, faire de la musique en général et du hip hop en particulier donne l’impression que tout le monde peut s’y mettre et à mesure que la technologie progresse, la créativité est noyée dans la masse. A cause de ça il y a une différence énorme entre les dix meilleurs rappeurs du moment et le reste du monde. C’est à double tranchant et à cause de la simplicité relative du hip hop par rapport à d’autres genres, ça va être intéressant de voir où vont nous mener ces changements sur le long terme.

Les leaks (ndlr : les fuites) font aussi partie du jeu désormais et peuvent entacher les ventes d’albums jusqu’aux processus créatif parfois, par exemple un morceau non-validé peut sortir illégalement alors qu’il est encore susceptible d’être annulé et seulement Jay-Z et Kanye West auraient réussi le tour de force d’éviter les fuites. Toi qui travaille directement au sein des studios, est-ce que c’est quelque chose que les artistes peuvent éviter ?

D’un côté je me dis que ce n’est pas grave, les fuites font partie du jeu mais de l’autre côté je sais qu’elles sont évitables. Si tu considères ta musique comme un produit, quelque chose qui va t’amener à recevoir une rémunération, tu risques d’être très prudent et tu contrôleras qui a accès à tes fichiers et ta musique.

Il y a un autre piège sur Internet, celui résultant de l’erreur de beaucoup de jeunes artistes de se projeter immédiatement sur le web pour ainsi souffrir d’un jugement, d’une image de sous-artistes qu’ils ne désirent pas. Tu peux nous dire plus en détail ta pensée sur ce point ?
Si j’avais un conseil à donner aux artistes, c’est de rester en retrait, de lâcher un peu Internet : c’est là que tout le monde est ! Plus personne n’est dans la rue à se battre pour réussir. Et comme dans n’importe quelle industrie, rester collé devant un écran d’ordinateur n’est pas la meilleure manière de faire avancer les choses. Le web peut aider à compléter ce que tu fais, c’est sûr, mais il n’a pas besoin d’être ton seul moyen de communication. Beaucoup trop d’artistes comptent sur le web et uniquement le web et ils perdent leur temps.
N’importe quel produit, que ce soit de la musique ou autre chose, à besoin d’être mis en valeur. Par exemple Jay-Z et Kanye West ont dû faire deux brouillons avant d’arriver à la version finale de Watch The Throne qu’ils désiraient. Les artistes qui sont au top ne sortent pas seulement des sons, ils passent en réalité des semaines voire des mois à faire chaque son en s’assurant que chaque morceau de l’enregistrement est là où il doit être. Ceux qui balancent leur musique sans faire cet effort te diront qu’ils ne prennent pas réellement leur travail au sérieux.

Tu as aussi créé ton propre label, The High Society (THS). Comment t’es-tu retrouvé dans cette aventure ?
Alors que je bossais comme ingénieur, les choses ont commencé à se montrer et prendre forme, j’aurais donc été fou de ne pas tout mettre en place pour THS. Ça c’est juste révélé être un choix logique pour la suite. J’ai des associés géniaux, une super équipe et j’ai hâte de voir où tout ça va nous mener. 2012 devrait être une très bonne année.

La première sortie majeure du label sera King or The Fool, le premier album solo de Tony Williams. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?
En tant que label c’est notre première grosse sortie, notre premier album. C’est un grand pas en avant et je pense qu’on prend les bonnes décisions en ce moment, même s’il faut qu’on attende de voir ce que ça donne. King or The Fool est un disque fou ! On va aussi sortir une mixtape avant KOTF qui va surprendre tout le monde. Tout ce que je peux dire c’est que le 20 décembre, les projecteurs vont être braqués sur nous et je peux vous assurer que personne ne sera déçu. Attendez-vous à de grandes choses, le premier single de la mixtape sortira le 23 décembre et on a une série de vidéos pour KOTF qui va commencer à être diffusée dès le 20 de ce mois. Aucun retard, aucun report, on va s’en tenir à ces dates. Donc soyez prêts en attendant KOTF le 14 février. Boom !

Pour aller plus loin :
TheJohnStewart.net / Twitter @Theworldfamous

Merci à Mim’ pour la traduction. 

Tony Williams – Priceless

Tony Williams, vous connaissez sûrement. Vocaliste de Kanye West (et oui, encore lui), il s’apprête à sortir son tout premier album solo, King or The Fool, d’ici la rentrée. En attendant son premier véritable single à paraitre sous peu, voici Priceless, véritable bijou qui n’a pas fait le cut final pour l’album. On vous laisse vous faire votre idée sur le morceau, mais personnellement, c’est ce que j’appelle du véritable RnB. Un bon retour aux bases, sans autotune aucun, pour un résultat détonnant. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : cliquer sur play !

Tony Williams – Priceless

Télécharger : Tony Williams – Priceless
Lisez également notre interview exclusive !

Interview : Tony Williams

Tony Williams, vous ne le connaissez peut-être pas. Pourtant votre oreille l’a très certainement déjà entendu, et plus d’une fois même. Cousin du célèbre Kanye West, il est également son vocaliste et ce, depuis ses débuts. Spaceship, All of The Lights ou We Major, ce sont autant de tubes où le timbre de voix si particulier de sieur Williams y est pour beaucoup. Mais loin de cette simple étiquette, il n’en demeure pas moins un véritable artiste et s’apprête même à sortir son premier album, King or The Fool. Aujourd’hui, il se livre donc en exclusivité à Soul Ton Oreille sur toutes ces années passées et ce que le futur lui réserve.

Si tu devais regarder en arrière, depuis Spaceship, qui est le premier morceau sur lequel je t’ai entendu, à Still Got Love dont la vidéo est sortie récemment, comment dirais-tu que tu te portes ? Ca a dû être un long chemin, non ?

Je me sens bien là où ce voyage m’a mené, et dans un sens je suis de retour là où tout a commencé. Pour moi, c’est ce à quoi était destinée cette aventure. Cette soul brute, cette créativité nerveuse, qui ont toujours été en moi, sur lesquels je travaillais et qui ont persuadé Kanye de me faire poser sur Spaceship au tout début. Je suis de retour là aujourd’hui, et j’y suis bien. Tout ce qui s’est passé entre temps, c’était comme un simple amusement, mais bénéfique toutefois. C’est de là que je tiens mon nom. J’ai aussi rencontré du monde et fait beaucoup d’exploration musicalement parlant. Je n’oserai jamais dire que je ne suis pas sorti grandi de tout ça. C’est important de se dire qu’on peut toujours apprendre et qu’on ne sait pas tout. Ces six dernières années, j’ai choisi de m’asseoir et d’être un simple élève, et ça peut parfois être dur quand tu sais que tu pourrais être dans une autre classe avec le rôle du prof. Mais ça m’a rendu plus fort en tant qu’artiste.

La sortie de ton premier album, King or the Fool, a été longuement repoussée et n’est d’ailleurs toujours pas disponible. Que s’est-il passé ? As-tu eu des problèmes ou as-tu simplement voulu prendre ton temps et faire les choses bien ?

Le retard de King or the Fool a beaucoup à voir avec l’aventure dont on parlait. Elle m’a permis de me faire un nom mais ça a aussi mis en place mon identité. Malheureusement, cette identité, ce n’est pas forcément moi. C’est comme si tu commences à sortir avec quelqu’un et que l’impression que tu donnes au premier rencard, celle qui attire la personne vers toi au tout début, devait rester qui tu es et que tu doives l’assumer pour toujours. Je ne pouvais pas laisser l’album sortir en laissant le public troublé. J’ai fait ce que j’avais à faire pour m’assurer que les fans étaient là pour moi, pour qui je suis et ce que je fais vraiment. Ça ne veut pas dire que j’abandonne les fans de la première heure, qui sont devenus fidèles grâce à mon travail du début. C’est juste que je sais que la grande majorité des gens qui vont écouter cet album et à qui il va plaire n’ont jamais entendu parler de We Major (morceau tiré de Late Registration, second album de Kanye West).

Tu n’es plus signé chez G.O.O.D. Music : pourquoi es-tu parti ? De manière plus générale, que penses-tu des relations entre les labels et les artistes ? On a vu récemment que Lupe Fiasco a dû se battre pour sortir LASERS, son troisième album. Qu’en penses-tu ?

Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus, ou en tout cas il n’y a pas grand chose que je veuille dire à ce propos. Différences créatives dirons-nous… Je souhaite le meilleur à tous les artistes encore signés chez eux. Je suis toujours en studio avec eux. Mais je dirais que c’est plutôt étrange d’appeler un label G.O.O.D. Music et de ne pas vraiment vouloir porter les projets des artistes, le mien en l’occurrence, à bout de bras et avec enthousiasme, surtout quand tu vois qu’ils font tout pour les quelques artistes qu’ils ont décidé d’encourager. Je pense dans ces cas-là qu’il vaudrait mieux appeler ton label A.I.G.H.T. Music (AIGHT vient de All Right, qui ici est un jeu de mot pour dire « de la musique correcte »). Pour le moment, je garde la tête froide vis-à-vis des labels. Mon pote John Stewart, qui a d’ailleurs été mon ingénieur ces dernières années, vient d’investir pour lancer son label nommé The High Society et a signé mon label U.P.P (pour Uncle Pete’s Parade) Music, et je peux dire qu’on a quelques idées. La musique c’est un business comme un autre pour certains : si on doit vendre tout ce qui nous appartient pour tout faire nous même, et bien on fera ça ! Qui a besoin de la bureaucratie (des maisons de disque) de toute façon ?

Ces dernières années, le milieu de l’industrie musicale a beaucoup changé. Aujourd’hui, on dirait que les chanteurs soul reviennent au top avec des artistes comme Raphael Saadiq, Melanie Fiona ou encore Marsha Ambrosius. Qu’en penses-tu, quelle est ta place au milieu de tout ça ?

Je ne fais pas attention à ça, à la manière dont je me fonds dans le paysage, à ma place dans l’éventail de chanteurs soul actuels. Je pense qu’une catégorie, ou un genre, est déterminé par les oreilles de celui qui écoute, donc je ne vais même pas essayer de le définir pour lui. Je suis loin de concevoir ma musique dans le but d’être mis dans une case ou pour satisfaire les critères ou attentes de quelqu’un. J’ai décidé il y a longtemps que je ferai la musique qui me plait. Je la diffuserai et avec de la chance, le public l’appréciera et le bouche-à-oreille suivra.

A quoi peut-on s’attendre pour King or The Fool, en terme de sonorités ? Et s’il te plait, ne me dit pas l’inattendu !

Dans le public à Dallas, les gens venaient d’horizons différents : j’étais content de savoir que tout le monde a pu tirer quelque chose de mon travail. Ils reflètent en quelque sorte ce que je suis : un mélange d’un peu de tout. La seule chose que tous avaient en commun, c’est l’amour de la musique. Les personnes qui sont fans de musique, et pas seulement fans d’un genre musical, les vrais amoureux de bonne musique vont adorer King or the Fool. Cet album montre ma polyvalence, mon côté « touche-à-tout ».

Everything About You, le premier single de King or the Fool, est remarquable. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce morceau ?

La chanson a été produite par Haskel Jackson. Il a aussi produit en grande partie ma mixtape, The World Famous Tony Williams : Finding Dakota Grey. Ce mec est un diamant à l’état brut. Il m’envoyait des morceaux pendant que j’étais sur le Glow In the Dark Tour (tournée de Kanye West) : j’ai immédiatement su que ce morceau (Everything About You) était spécial. Je lui ai demandé de travailler la mélodie et juste après la tournée, je suis retourné à L.A. et on a écrit le texte en une journée, plus ou moins. C’est clairement un de mes morceaux préférés.

Tu as offert une session d’écoute très spéciale à Dallas récemment, avec un peintre je crois. Peux-tu nous en dire plus ? Comment as-tu eu cette idée ?

Oui, j’ai effectivement organisé une session d’écoute à Dallas en décembre, d’abord parce que je ne pouvais plus garder ma musique pour moi plus longtemps, mais parce que j’avais aussi besoin de la faire partager à un public. La musique est quelque chose qui m’est cher et je tenais à avoir un retour sur mon travail. Je voulais aussi organiser un événement dans cette ville que les gens n’oublieraient pas de si tôt. Rolando Diaz est l’artiste qui a peint la pochette de l’album en direct au cours de cet événement. Il l’a fait de manière très spontanée au fur et à mesure que l’inspiration lui venait à l’écoute de mes morceaux. Les gens étaient scotchés.

Qui sont les artistes qui t’inspirent ? Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Visionary Soul de Ray Charles, c’est ce qui tourne le plus en ce moment. C’est typiquement le genre de musique qui m’inspire depuis toujours. Ray Charles était un putain d’artiste. Il n’était limité à aucun genre non plus. Il n’en avait rien à faire que ce soit du blues, du RnB ou même de la country. Il chantait juste par amour pour la musique, avec son cœur, et il laissait les gens décider. Personne aujourd’hui ne m’impressionne autant que lui. Enfin à part peut-être Prince !

Tu as eu la chance de tourner dans le monde entier et de travailler avec un grand nombre d’artistes. Quels enseignements en as-tu tiré ?

Parcourir le monde a été une expérience tellement enrichissante. Je n’en suis pas seulement sorti grandi musicalement : ça m’a enrichi en tant qu’être humain aussi. J’ai toujours su que je verrai le monde un jour, même si je ne savais pas de quelle manière. J’avais le sentiment que j’étais destiné à vivre ça un jour. Dieu merci, ça s’est réalisé. La plupart des américains ne voyagent pas comme ça, pas comme les européens en ont l’habitude. Ce genre de choses élargit votre vision du monde, et c’est ça le sens de la vie. Pour ce qui est des artistes renommés avec lesquels j’ai eu la chance de travailler, je leur en suis reconnaissant. Comme je l’ai déjà dit, c’est grâce à eux que je me suis fait un nom. Mais en dehors de ça, j’en ai rien à foutre : j’essaie aujourd’hui de faire quelque chose qui te poussera un jour à leur demander « c’est comment de travailler avec Tony Williams ? ». C’est ce qui me motive aujourd’hui.

Comme je l’ai mentionné juste avant, la première fois que je t’ai entendu c’était sur Spaceship (morceau de Kanye West). Cette chanson est incroyable, et je pense sincèrement que c’est grâce à ta voix qu’elle est si réussie. Peux-tu nous raconter comment le processus de création s’est déroulé à l’époque ?

Je pense que si mon travail sur Spaceship s’est avéré être si « magique », c’est parce qu’en tant que chanteur expérimenté, j’étais en mesure de donner à ce morceau particulier toute l’attention qui devait lui être porté. Ce titre reflète une époque bien précise. Si un artiste est trop jeune pour avoir été présent à cette même période, et qu’il ne fait pas tout ce qu’il faut pour connaître cette époque, il ne pourra pas lui rendre justice en chanson. Quand j’ai entendu Spaceship la première fois, je savais ce qu’il fallait ajouter. Je me suis amusé dessus un jour dans la voiture, Kanye était là et m’a dit : « ouais, c’est ce qu’il me faut ! ». Il m’a fait venir à L.A. quelques jours plus tard pour enregistrer. Je ne me souviens pas exactement, mais j’ai sûrement dû boire une demie bouteille de Hennessy et après je suis rentré dans la cabine. Tout était très naturel. Spaceship se situe exactement là où je vis… Le reste c’est le passé.

Tu es crédité sur All of The Lights : on a entendu assez tôt l’an dernier une version sur laquelle seuls Kanye et toi posiez. Peux-tu nous dire comment la chanson a évolué pour en arriver à la version finale qu’on connait ? Parce que franchement, c’est un truc de fou !

Sincèrement, je ne sais pas comment ces versions ont pu être diffusées. Quand on était à Hawaii, la chanson était chantée par Kanye, Sir Elton John et moi. Cette chanson n’a d’ailleurs jamais été une des mes préférées, mais LA Reid a pensé repérer un tube, et il faut croire qu’il a eu raison. Quand on en avait fini à Hawaii, Kanye a continué à travailler sur l’album à New York, sur les conseils de LA je pense.

Tu as aussi collaboré avec Jay-Z sur une chanson intitulée History. Tu sais ce c’est le sample d’une chanson française (Une nuit sur ton épaule de Véronique Sanson) qui a été utilisé ?

Oui je savais qu’une chanson française avait été samplée pour History. J’étais là quand ils l’ont fait : ce n’est pas rare pour nous de nous asseoir en studio et d’écouter des disques français ou même portugais pour essayer de trouver quelque chose à sampler.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ?

Les artistes doivent créer : c’est ce pour quoi ils sont nés. C’est ce pour quoi je vis : faire naitre une idée et la développer pour en faire quelque chose dont les gens pourront profiter. C’est ça que je préfère.

Cinq choses que nous ignorons sur Tony Williams ?

Ma prof de CM1 m’a dit un jour que je deviendrai écrivain, je crois qu’elle avait raison.
J’adore cuisiner, j’imagine que c’est parce que ça implique de créer là aussi.
Je suis fan de sports et passe mon temps dehors, j’ai déjà couru des marathons et une fois, mon handicap au golf est même passé sous 10.
Dans une vie antérieure (je veux dire avant de faire de la musique à temps plein) j’étais un super coiffeur/coloriste.
Non seulement je suis un cousin de Kanye West, mais aussi de Jennifer Holiday (de la comédie musicale Dreamgirls à Broadway.) Nos grand-pères étaient frères. J’ai aussi un lien de parenté avec le chanteur RnB Raheem Devaughn. Il faut croire qu’on a tous le gène de la chanson.

Un dernier mot pour ton public français ? On peut espérer te voir bientôt à Paris ?

Pour le moment, on n’a rien de prévu à l’international. Mais c’est très clairement sur ma liste de choses à faire. J’ai eu de bonnes expériences là-bas. Croisons les doigts pour que l’album fasse ses preuves en France parce que mes valises sont prêtes et sur le pas de la porte.

Remerciements à John Stewart et Tony Williams pour leur temps accordé.
Propos recueillis par John, traduction par Mimouna.