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Découvrez Blank On Blank

BLANKONBLANK_HEADERBlank On Blank est une websérie qui vous fait voyager dans le temps – enfin presque. En fouillant dans les archives de divers journalistes/auteurs/éditeurs, les petites mains travailleuses derrière Blank On Blank ont retrouvé des interviews « perdues » de personnalités célèbres. Des enregistrements audios jamais diffusés et certainement oubliés – sauf par les journalistes à l’origine de ceux-ci – retrouvent la vie grâce à l’animation. Chaque épisode ne dure que quelques minutes mais, quand on est fan, c’est toujours ça de pris. C’est la seconde saison qui est diffusée en ce moment et le dernier épisode concerne le point de vue de Tupac Shakur sur la vie et la mort. C’était en 1994.

Regardez : Blank On Blank | Tupac on Life and Death

Malheureusement pour les non-bilingues, les vidéos n’ont pas encore de sous-titres en français. Mais si vous gérer un peu l’anglais, il est possible de s’y retrouver avec les sous-titres en anglais – parce que le son n’est pas toujours très bon. Quoi qu’il en soit, c’est toujours magique de ré-entendre la voix de personnalités qui ont marqués leur époque. Parmi les seize épisodes déjà diffusés vous pouvez retrouver des interviews de Ray Charles, James Brown, Louis Armstrong ou encore les Beastie Boys. Dans un registre musical plus large, il y a aussi Janis Joplin, Jim Morrison ou Kurt Cobain qui pointent le bout de leur nez. On ne sait pas ce qu’il en est pour vous mais chez Soul Ton Oreille, ça nous fait un peu rêver. En plus de ça, les animations qui mettent en image ce qui se dit, parlent d’elles-mêmes et sont assez drôles. Le combo est donc joliment réussi et on a hâte de savoir qui sera le guest du prochain épisode.

Pour en (sa)voir plus :

Interview : Clear Soul Forces

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On vous présentait Clear Soul Forces il y a de cela quelques mois en vous disant qu’il fallait garder un œil sur eux et on a bien fait. Leur second album GoldPP7′s est sorti le 17 septembre dernier et pour vous dire les choses franchement, il envoie du pâté. D’entrée, Continue vous met à terre. Les MCs jouent avec les mots et nous assaillent de tous les côtés. Chaque interlude sera l’occasion d’une devinette pour essayer de retrouver les références : on y entend Iverson, Bruce Lee, une imitation de Terminator et bien d’autres références aux jeux vidéo bien sûr ! On sent vraiment la passion qui anime le groupe et le plaisir qu’ils prennent dans tous ces titres. Les prods d’Ilajide vous donneront sans aucun doute envie de bouger la tête ou les jambes : entre le 8-bits, les cuivres et le boom-bap, le choix est là. Depuis Detroit Revolution(s), les flows ont évolué pour le meilleur, les lyrics sont aiguisés et c’est un plaisir d’entendre à quel point les quatre garçons se complètent dans leur musique. Un album qui vaut le détour et qui aura, on l’espère, le succès qu’il mérite. Après l’avoir écouté en boucle quelques jours et aiguisé notre anglais tel des bilingues, nous sommes allés rencontrer les quatre MCs. C’est toujours un moment fort de rencontrer des artistes qu’on apprécie et E-Fav, Noveliss, Ilajide et L.A.Z ont été à la hauteur de nos espérances : sympas et drôles.

Soul Ton Oreille : Pour les gens qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous nous dire comment vous vous êtes connus ?

E-Fav : Ilajide, c’est mon cousin. J’ai rencontré L.A.Z à l’université, on est dans la même fraternité. Puis on a rencontré Noveliss à un concert à un moment où on avait en tête de persévérer dans la musique et depuis on a continué ensemble.

STO : La légende dit que c’est Royce Da 5’9″ qui vous a conseillé de former un crew…

E-Fav : Ce n’est pas une légende ! C’est ce qu’il s’est vraiment passé !

STO : Êtes-vous si influençables que ça ?

E-Fav : Non, pas vraiment, mais c’était Royce et je crois que je peux parler au nom de nous tous en disant qu’on l’admire. Avant ça, on n’avait jamais vraiment rencontré de rappeurs reconnus, surtout personne pour nous donner des conseils professionnels. C’est vrai que quand il nous a dit ça, on s’est pas posé de questions, on s’est dit « essayons » et ça a fonctionné.

Regardez : Ain’t Playin de Clear Soul Forces

STO : Du coup, comment est-ce que vous travaillez ensemble ?

Noveliss : On bosse en groupe, on communique beaucoup. Quand on a une idée, on s’envoie un sms et on se dit clairement les choses. Forcément, chacun écrit ses lyrics de son côté mais le reste vient de tout le monde. Chacun amène ses idées et on se débrouille tous ensemble.

E-Fav : Sauf les instrus, c’est Ilajide qui les fait !

STO : Justement, comment est-ce que vous choisissez les productions que vous allez garder ?

Ilajide : En général, je propose. Parfois, je pense que ça ne va pas leur plaire et je me trompe.

L.A.Z : A certains moments, c’est limpide. On écoute, on écrit et c’est devenu un morceau. Certains de nos sons ont été construits comme ça : Ilajide fait la prod puis un seul d’entre nous voit ce qu’il a voulu faire passer donc ça nous prend, on écrit et on enregistre pour montrer à tout le monde ce qu’il y a de vraiment bien dans ce son.

STO : Pour ce dernier album GoldPP7′s, vous avez signé chez Fat Beats, un label new yorkais. Comment ça s’est passé ?

E-Fav : Fat Beats nous avait contactés il y a un moment. Ils voulaient travailler avec nous mais ce n’était pas le bon moment parce qu’on venait juste de financer la sortie vinyle de Detroit #Revolution(s) donc tout était déjà terminé et réalisé avec les allemands de Vinyle Digital. Comme ils étaient déjà intéressés pour travailler avec nous, Fat Beats nous a recontactés peu de temps après qu’on ait fini l’enregistrement de GoldPP7′s et on était partants. C’est exactement ce dont on avait besoin.

STO : Le nom de l’album GoldPP7′s fait référence au film Golden Eye, de la saga James Bond, et peut-être même plus précisément au jeu vidéo. Tout au long de l’album, on entend beaucoup de sons issus de Street Fighter et d’autres jeux. Est-ce que ces références vous tiennent particulièrement à cœur ?

Ilajide : C’est juste une inspiration. On s’inspire de pas mal de choses et chacun ajoute sa pierre et dit ce qu’il pense. Par exemple le compte à rebours de Street Fighter, ça venait s’imbriquer parfaitement et ça nous paraissait faire des transitions logiques et sans accroc.

Ecoutez : Continue de Clear Soul Forces

STO : Il y a quelques temps, vous nous avez fait part de Vos Choix Musicaux. Sur trois artistes, deux sont originaires de Detroit (Eminem et J Dilla) qui est aussi votre ville. Est-ce que vous êtes particulièrement inspirés parce ce qui se fait musicalement chez vous ?

E-Fav : Personnellement, oui, ça m’inspire. Il y a énormément d’artistes : Dilla, Slum Village, Guilty Simpson, 14KT, Feloni, Black Milk et j’en oublie. J’écoute beaucoup tout ça et c’est du très bon hip hop.

STO : Et vos rappeurs favoris du moment ?

L.A.Z : J’aime beaucoup Ab-Soul. Action Bronson aussi même si certains ici n’aiment pas son flow, je le trouve vraiment fou. ScHoolboy Q de temps en temps et Joey Bada$$ aussi.

E-Fav : Oui et Actual Proof !

STO : Dans l’album, il y a un morceau  intitulé « Beat, Rhymes and Life », en référence à l’album du même nom de A Tribe Called Quest. Beaucoup de gens vous compare à des groupes des années 1990, comme celui-ci, est-ce que vous en jouez ?

E-Fav : Non, je ne crois pas qu’on utilise trop cette comparaison.

L.A.Z : Pas du tout, on aime juste Tribe. Le morceau Beat, Rhymes and Life ne ressemble pas à un son de A Tribe Called Quest. Pas de mon point de vue, en tout cas. En général beaucoup de gens nous font la remarque et forcément ça nous fait plaisir parce qu’on les respecte énormément et qu’on aime ce qu’ils ont fait mais ça fait partie du passé. Ça serait stupide de notre part de ne pas avancer de notre côté et voir ce que le futur peut nous apporter plutôt que de faire ce que d’autres ont déjà fait et réussi. Leur histoire à eux est déjà écrite, il y en a même un film ! Marcher dans les pas de Tribe serait idiot, nous on veut juste écrire notre propre histoire. On a énormément de respect pour tous les artistes auxquels on nous compare (De La Soul, Slum Village, Outkast, Dilla, etc.) mais on veut faire notre propre truc.

STO : Vous avez bien raison ! En parlant de personnes qu’on respecte, si vous aviez un seul idole à citer, qui ça serait (dans la musique ou en dehors) ?

E-Fav : C’est une très bonne question !

Noveliss (sans hésiter) : Ma mère.

E-Fav : C’est dur, je n’avais pas pensé à qui étaient mes idoles depuis un long moment… Je sais vraiment pas.

Ilajide (après une longue hésitation) : Je ne sais pas !

L.A.Z : Je dirais ma mère aussi !

STO : Pour en revenir à l’album, s’il n’y avait qu’un seul son à écouter sur GoldPP7′s pour les gens qui découvrent votre musique, ce serait lequel ?

L.A.Z : Je dirais War Drums. C’est le morceau qui incarne tout ce qu’on dit dans l’album, l’instru tue, tout ce qu’on dit dedans, c’est ça, c’est l’album. [NDLR : Ilajide et E-Fav acquiescent]

Noveliss : Personnellement, je penche pour Solar Heat.

STO : On parlait du futur tout à l’heure, justement, comment le voyez-vous ? Beaucoup de succès, d’argent, de femmes ?

Ilajide : On a déjà les femmes !

Noveliss : On veut juste continuer à monter sur scène, tourner, écrire et être payés.

L.A.Z. : Oui, être payé, ça serait bien !

E-Fav : Profiter de ce qu’on vit et voir autre chose que Détroit… Le Michigan, ça te met dans une boîte. Les gens n’en partent jamais, personne ne t’encourage à partir. Tu dois te débrouiller et t’en sortir, t’ouvrir au monde. Être en France, c’est un peu un choc pour nous, dans le bon sens du terme, ça fait du bien !

Ecoutez : War Drums de Clear Soul Forces 

Un grand merci à Clear Soul Forces pour leur temps et leur gentillesse. Comptez sur nous pour vous tenir au courant de leur actualité dans les mois à venir !

Interview vidéo de Nneka

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Ce n’est pas la première fois que vous lisez son nom ici, car Nneka est une artiste que nous aimons beaucoup chez Soul Ton Oreille. Nous avons eu la chance de la rencontrer il y a quelques mois : elle nous a parlé de son pays d’origine, d’elle, de son succès, le tout en toute simplicité et avec beaucoup d’humour. Un moment d’échange et de partage très agréable auquel nous repensons avec plaisir, c’est donc avec joie que nous vous proposons de voir cela de vos propres oreilles, en espérant que vous passerez un aussi bon moment que nous (ndlr : vous pouvez activer les sous-titres pour avoir la traduction).

Regardez : L’interview de Nneka pour Soul Ton Oreille

Du côté de son actu, elle sera en concert exceptionnel le 24 octobre à la Cigale à Paris pour le lancement national du mois de l’Économie Sociale et Solidaire. En attendant de peut-être la voir sur scène, voici une de ses dernières collaborations, avec Blitz The Ambassador et Ty sur le titre Bisa.

Ecoutez : Blitz The Ambassador featuring Ty & Nneka – Bisa

Pour aller plus loin :

Interview Mac Miller @ Paris – Round 2

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Pour préparer la sortie de son nouvel album Watching Movies with the Sound Off, Mac Miller fait la tournée des bars pour rencontrer les petites gens que nous sommes. Lorsque notre tour vint finalement, c’est un jeune homme un peu fatigué mais toujours aussi sympathique que nous avons retrouvé. Oui, nous disons retrouvé car nous avions déjà interviewé Mac Miller à Paris lors de sa toute première tournée européenne. D’ailleurs, plutôt que de nous pencher exclusivement sur sa nouvelle galette, nous avons plutôt cherché à savoir comment il avait évolué ces deux dernières années. Maintenant qu’il est majeur (outre Atlantique), sa vie est-elle diamétralement opposée à ce qu’il vivait à l’époque ? Si vous voulez là réponse ça se passe dans les quelques lignes juste en dessous.

Soul Ton Oreille : Lors de ton premier passage à Paris tu nous avais dit que c’était ta ville préférée. Maintenant que tu as presque fait le tour du monde, est-ce toujours le cas ?

Mac Miller : Carrément j’adore Paris ! J’ai super bien mangé hier soir. La cuisine française est hyper bonne. Je suis impatient de pouvoir me balader à nouveau dans Paris, j’aime les vibes de cette ville, l’architecture, j’aime tout dans Paris. Changer de pays et visiter de nouveau endroits c’est toujours agréable et ça m’inspire beaucoup.

A l’époque tu étais déjà un « workaholic ». T’es-tu calmé depuis ?

Non, c’est pire. Je me calmerais certainement un jour mais j’ai au moins trouvé ce que je voulais faire et c’est travailler dur. Boulot, boulot, boulot ! Et maintenant plus que jamais parce que je produis en plus, sur pleins de projets différents. Je pense que ça me ferait du bien de prendre des vacances bientôt, j’en ai besoin mais je n’ai pas le temps, j’ai un album sur le feu.

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Mac Miller et sa mère

Il faudrait que je prenne plus de temps pour moi. C’est sûrement ce qui est le plus dur ça, d’être loin et de pas pouvoir avoir le temps de profiter de sa famille.

Les paroles de ton premier album ne portaient que sur ton quotidien. Est-ce toujours le cas encore aujourd’hui ou y ajoutes-tu quelque chose en plus ?

Hum, je crois qu’il y a d’avantage de messages maintenant. Du moins quelque chose auquel on peut s’accrocher et bien ressentir les paroles, il y a pleins de sons différents.

Pour toi quelle est le message le plus important dans Watching Movies with the Sound Off ?

J’ai pas envie de le dire. Si je te dis quel est le message ça pourrait ruiner la découverte de l’album, j’ai vraiment envie qu’on l’approche et qu’on le ressente d’une façon personnelle. Il y a beaucoup de surréalisme, de questions, de ce qu’il y a dans ma tête, de ce que je pense, et beaucoup de mes réflexions personnelles.

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Hit Boy x Mac Miller x Schoolboy Q

Donc tu leur a juste demandé et ils ont dit oui ?

Non, ça c’est fait naturellement. Je n’ai pas eu à leur demander. On se voit tout le temps, on produit ensemble tout le temps. Avec Schoolboy Q on fait de la musique tout le temps, Earl aussi, Vinny Radio… tout le monde.

C’était normal qu’ils soient dans l’album. Cet album c’est en partie une représentation de ce sanctuaire dans lequel je fais de la musique, c’est mon studio, donc leur énergie fait partie intégrante de cette aventure.

Ce sont mes amis mec ! Je les connais tous, il y a juste une personne que je ne connaissais pas très bien.

Concernant ton statut, tu es indépendant mais comptes-tu le rester aussi longtemps que possible ou bien envisages-tu de rejoindre une major à un moment ?

Mec, le truc c’est d’avoir la liberté de faire ce qui me plait et ce que je veux. Je n’en suis pas sûr mais je pense que si je n’étais pas indépendant et que j’avais rejoins une major, ils ne m’auraient sans doute pas laissé faire cet album comme je l’ai fait là.

Le projet ce n’était pas de faire un album pour faire un album. Je ne réfléchis pas de cette façon. Tu sais le 1er album (K.I.D.S) était bien mais je voulais être connu et avoir du succès. J’étais là, j’étais jeune, je voulais avoir un album n°1. Je voulais un album qui voulait dire quelque chose et j’ai dis quelque chose ! Je voulais montrer que je pouvais le faire.

Pour le deuxième je voulais faire de la musique et j’étais en studio tous les jours pendant des semaines pour enregistrer.

Regardez : Mac Miller – S.D.S

Donc entre le 1er album et celui-ci as-tu vraiment changé ?

Euh non, tu sais, j’ai grandi, comme une progression naturelle. Si tu réécoutes ce que je faisais à 15 ans (ce que personne ne fait),  le changement se sentira années après années. J’ai 21 ans maintenant et je suis différent de quand j’en avais 18 et c’est normal. On est tous pareil, à chercher qui on est. Je suis comme n’importe quel mec de 21 ans, tout simplement.

Et voila, c’est sur ces mots que notre entrevue s’est terminée. Comme vous pouvez le voir, Mac Miller a changé mais de façon entièrement naturelle. Il est resté lui même, humble, plutôt simple, super abordable et c’est ça qu’on aime (en plus de sa musique, évidemment ^^).

A présent, histoire de finir en beauté, nous avons fais une petite mise à jour de son portrait chinois. Voyez donc ce que ça donne.

Portrait chinois de Mac Miller :

  • Si Mac Miller était un objet : un mur
  • Si Mac Miller était un animal : un oiseau
  • Si Mac Miller était une pièce d’une maison : un studio
  • Si Mac Miller était un pays : les Etats-Unis
  • Si Mac Miller était une chanson : Sky is the Limit – B.I.G
  • Si Mac Miller était un chanteur : Bob Marley
  • Si Mac Miller était un vêtement : des chaussettes

A présent vous savez tout, nous ne vous avons rien caché. Rendez-vous très vite pour de nouvelles aventures avec notre Philyboy préféré.

Pour aller plus loin :

Interview Féfé pour Le Charme des Premiers Jours

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Avant de voler en solo avec succès, Féfé fut l’un des membres éminents du mythique Saïan Supa Crew. Mais n’allez pas lui reparler de cette période, mettons ça de côté car c’est justement l’avenir qui l’anime, la guitare, les voix, la musique dans tout son ensemble, rien d’autre que la musique. Le hip hop n’est désormais qu’un des genres musicaux parmi ceux qu’il apprécie. Courant avril, nous l’avons rencontré juste avant son concert donné à la Gaîté Lyrique à Paris pour une présentation de son album Le Charme des Premiers Jours sorti le 20 mai dernier. Nos questions, ses réponses, c’est par ici :

Regardez : Féfé – Le Charme des Premiers Jours

Soul Ton Oreille : Si tu devais te décrire succinctement à quelqu’un qui ne te connait pas du tout ?

Féfé : Je suis Féfé je faisais partie du SSC, le Saïan Supa Crew.  Je suis un touche à tout, un mec qui a toujours envie d’avancer. J’ai commencé avec un sampler et là je suis en train d’enchaîner avec la guitare, une guitare électrique plus précisément, mais sans lâcher tout ce que j’ai appris entre temps. J’aime bien accumuler du savoir et créer mon propre truc. Tant que ça me plait je m’en fous, peu importe à quoi ça ressemble, il faut que ça me parle avant toute chose.

STO : Quel est ton bilan depuis la sortie de ton premier album en solo il y a trois ans maintenant ?

Féfé : Une bonne surprise et un bilan plutôt positif. J’ai sorti cet album avec mes « cojones » (ndrl : « c**illes » en espagnol) comme on dit, parce que personne m’attendait là, on avait collé une image sur moi, parce que Saïan c’était une entité à six têtes, les gens savaient pas trop qui faisait quoi. Moi j’ai toujours été un des compositeurs, qui arrive en studio le premier et qui repart le dernier, avec Leeroy c’était notre boulot. J’ai toujours été un peu un rat de grenier et avec cet album les gens m’ont découvert. Je m’attendais à ce qu’on me crache sur ce que je faisais et… Non, les gens ont compris le délire, ils sont venus me voir après les concerts avec de très bons retours. Plus récemment, j’ai eu quelques personnes qui venaient me voir en me disant « mais pourquoi tu fais pas du Saïan comme à l’époque ? » Mais j’ai compris qu’il ne fallait pas écouter les gens, sinon tu n’avances pas.

STO : Comment ce nouvel album se greffe dans la constellation ?

Féfé : C’est pour moi la suite logique de Jeune à La Retraite. Dans ce premier album, je commençais un truc que je découvrais, je venais d’apprendre la guitare, les premières chansons que j’ai faites c’était les premiers accords que j’ai appris, tout simplement, c’était genre « oh ça ça marche bien, vas-y j’en fais une chanson ! » Dans Le Charme des Premiers Jours, j’ai essayé de pousser ça un peu plus loin. J’ai été élevé avec le son de Motown grâce à mon père et ma mère qui sont nigérians. Le Nigeria est une ancienne colonie anglaise, donc eux quand ils étaient à l’école, ils écoutaient tout ce qui venait des Etats-Unis ou d’Angleterre alors tous les dimanches on écoutait Marvin Gaye, Stevie Wonder, Otis redding, Al green.

On écoutait aussi Fela Kuti (ndlr : un grand chanteur nigérian), l’afrobeat est évidemment représentatif du Nigeria et même parfois du Johnny Hallyday parce que mon père était un gros mélomane. Il achetait des tonnes de vinyles et nous saoulait avec ça ! Donc pour en revenir à l’album, c’est la suite logique de ce que je fais, de ce que j’aime. J’ai essayé de toucher du doigt tout ce que j’entendais étant petit. Je voulais sortir du truc  » j’ai 20 ans j’suis un rappeur et n*que sa mère ! »  Je n’ai plus 20 ans justement, j’ai des enfants, j’ai eu des déceptions amoureuses, une vie. Bref, je voulais parler d’autres choses. Je parle d’amour et j’en suis le premier étonné d’ailleurs ! (Rires.)

STO : Il y en avait bien quelques unes des chansons d’amour dans l’album Jeune à la Retraite, non ?

Féfé : Ah oui il y avait une qui s’appelait Miss Wesh Wesh Yo, mais c’était une fausse chanson d’amour, c’était une chanson sur le hip hop… Ah tu penses sans doute à C’est comme ça que je t’aime ?

STO : Oui en effet !

Féfé : Allez je te l’accorde, mais je la mets plus volontiers dans les chansons légères, les chansons joyeuses. Moi je me suis toujours caché derrière le flow ou derrière un truc un peu marrant. Je suis très pudique, j’ai peur de dévoiler les choses brutes et là sur cet album par exemple j’ai pas eu peur. Je me suis dit : « voila la vérité, premier degré, je me cache pas, voila tels quels mes sentiments. »

STO : Pour ce nouvel album il y a-t-il de la scène de prévue ailleurs que ce soir ou récemment en banlieue parisienne ? Quels sont les premiers retours du public d’ailleurs ? 

Féfé : A Bobigny ça s’est très bien passé oui. C’était la première fois que je montais sur scène sans que les gens ne connaissent les morceaux (Ndlr : l’album Le Charme Des Premiers Jours n’était pas encore sorti.) Mais en réalité, j’ai du mal avec le fait que les gens ont l’air contents de ce qu’ils entendent alors que moi j’ai encore plein de trucs que j’ai envie de peaufiner. J’ai du mal a être satisfait, mais puisque les premiers retours sont bons…

STO : Quel regards portes-tu sur le hip hop actuel ?

Féfé : J’adore le rap français qui tourne en ce moment. Je trouve qu’il est foisonnant, il n’y a jamais eu autant de MCs avec autant de styles différents et ça nous fait du bien ! Moi je le dis clairement, j’avais fini par être dégoûté car à un moment donné, tout le monde avait le flow de Booba, tout le monde disait les mêmes trucs, faisait les mêmes rimes. Mêmes nous à l’époque du Saïan, il y avait une phase où je commençais a trouver que nous étions dans une mauvaise passe. Même si je kiffe Booba, le rap hardcore tout ça, ce que je kiffe dans le rap, c’est quand il apporte une certaine richesse. Le rap foisonnant d’aujourd’hui, ça me rappelle l’époque où y avait La Cliqua, l’époque des années 90 quoi.

STO : Si tu devais en citer un en particulier ?

Féfé : (Il réfléchit.) Tiens, j’écoute Nemir en ce moment. J’aime bien ce qu’il fait !

STO : Qu’est-ce qu’un artiste comme toi, qui marchait bien dans l’équipe du Saïan Supa Crew, cherche à prouver en privilégiant une carrière en solo désormais ?

Honnêtement quand j’étais dans le Saïan, jamais je n’ai pensé a faire une carrière en solo. Moi, je me trouve inintéressant au possible, je suis hyper banal, je fais pas des trucs de ouf, je ne tape pas les femmes, je suis hyper banal (rires). J’ai des enfants, je les emmène à l’école. Je pensais avant que les vrais stars ils font des trucs de ouf, ils prennent de la coke… J’étais très bien dans le groupe et tout ce que je voulais c’était faire du son, des concerts, sauf qu’au bout de dix ans il y a des rapports qui ont changé,  j’ai fini par être dégoûté de la musique. J’ai fini par tout mélanger et faire un rejet de tout ça.

Le solo, c’était vraiment un accident si je puis dire. J’ai fait ça parce que je m’ennuyais, j’ai repris le sampler, j’ai aussi commencé la guitare. Aujourd’hui, ce que les gens pensent de moi je m’en fiche, je fais ce que j’ai a faire et c’est tout ! Ma position actuelle, c’est : « j’ai le droit de proposer ce que je veux et personne n’a rien a me dire tandis que les gens ont le droit de disposer de ma musique comme ils veulent, je n’ai rien a leur dire. »

STO : Allez, mettons les pieds dans le plat. Qu’est-ce qui avait provoqué la séparation tacite du groupe ? Des problèmes humains, artistiques ?

Sans rentrer dans les détails, je pense pas que c’était artistique, c’était plutôt humain et c’est normal à vrai dire car quand tu traîne avec des gars pendant 10 ans,  forcément à un moment donné ça le fait moins. Et puis encore heureux, ça a jamais été une question de thunes, ça m’aurait bien déçu autrement. C’est la vie. Tu sais, il n’y a pas une semaine sans qu’on me reparlent du Saïan Supa Crew, moi aussi je me remémore la bonne époque parfois. Je suis très content de revoir chacun des membres de l’époque séparément, mais ont peut pas faire semblant d’être ce qu’on étaient avant. Je préfère qu’on laisse ça comme une « légende », c’est ça qui est drôle. C’est fou quand même, à l’époque le rap ne nous acceptait pas, et aujourd’hui les gens nous demandent de revenir. Laissons le passé au passé.

STO : Pour finir, il y a-t’il une question que tu n’aimes pas qu’on te pose ?

Ah bah justement, le fait qu’on me demande si un jour le Saïan Supa Crew se reformera. C’est pas que ça me saoule, mais ça me fait de la peine pour les gens quand ils m’interrogent dessus, parce qu’ils peuvent encore attendre !

STO : Merci d’avoir répondu à nos questions. Nous te souhaitons le meilleur pour ton album Le Charme Des Premiers Jours ! 

Pour aller plus loin :

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