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Battle Next Urban Legend 2014 : c’était mortel !

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Du côté de Sevran (région parisienne), il y avait des votes ce week-end. Les élections municipales en effet, mais aussi pour les prétendants à la troisième édition du Next Urban Legend et de ses battles ; Perrine vous présentait l’événement il y a quelques jours.

Tandis que la ville de Sevran nous livre sa fournée d’images, nous vous laissons plus bas nos images maison ainsi que nos impressions. En un mot, c’était terrible !

Nous sommes arrivés à la fin des qualifications, peu après midi. Peu de monde à ce moment-là, mais c’était bien avant la pause et la validation des différents danseurs qui allaient s’affronter lors de duels en 1 contre 1 côté hip-hop, break, popping, et locking. Début des hostilités autour de 15h30, juste après la présentation des 4 membres du jury, des danseurs qui sont là pour décider si oui ou non les 2 ou 3 dizaines de danseurs retenus iront plus loin ou non.

Tout au long de l’après-midi et sous l’œil bienveillant du maître de cérémonie (qui avait la classe, façon Shaft), des DJs (qui passaient tellement de bons sons !) et des invités à se produire sur scène, que ce soit les jeunes danseuses pleines d’énergie qui étaient là pour introduire les vétérans qui jugeaient les prestations scéniques ou bien le beatboxeur CJM’s qui a fait une double démo saluée d’une ovation du public. Extrait. (Le son sature à mort, mais c’est pas de notre faute !)

Regardez : la performance live de CJM’s au Battle Next Urban Legend 2014

Revenons à nos b-boys et b-girls : impossible de tous vous les présenter (on ne se rappelle plus des noms, faut dire la vérité) mais globalement c’était de haute volée. On retiendra avant tout une ambiance survoltée mais globalement un peu plus sage que dans bien d’autres battles. Les grands gagnants nommés sont Ness du côté popping, Dany Dan pour le break, Manu au locking (qui avait déjà remporté les éditions précédentes 2012 et 2013 du Next Urban Legend). Par contre nous avons loupé l’info concernant le gagnant côté hip-hop et c’est bien dommage car nous avons dû partir un peu avant la fin (confirmez-nous cela si vous avez l’info.)

Nous reviendrons l’an prochain quoiqu’il en soit, on vous invitera à y passer dès que nous aurons des infos sur la prochaine édition, toujours à Sevran en Seine-Saint-Denis.

On y sera : Battle Next Urban Legend 2014

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Si tu aimes la danse et ceux qui se battent pour ça, cet évènement est pour toi ! En effet, le samedi 22 mars aura lieu à Sevran la 3ème édition du Battle Next Urban Legend. L’idée de ce concours : imposer sa danse face aux autres adversaires et ainsi pouvoir devenir La Nouvelle Légende Urbaine 2014. Ce projet est porté par l’association Next Urban Legend et un groupe de jeunes danseurs de l’Espace François Mauriac, désireux de mettre en lumière leur passion pour la danse. A travers cet évènement, ils cherchent à encourager l’apprentissage de ses disciplines, fédérer les jeunes autour d’un projet commun et promouvoir la culture hip hop. Un état d’esprit qui nous parle évidemment : on vous laisse prendre connaissance du teaser.

Regardez : Teaser Battle Next Urban Legend 2014

Des présélections auront lieu dans la matinée du samedi 22 mars, desquelles sortiront 6 vainqueurs dans chaque catégorie pour participer aux phases finales. Les danseurs s’affrontent individuellement dans leur style de danse respectif, parmi les 4 proposés à savoir : le locking dont le représentant dans le jury sera Junior Almeida, le popping dont le représentant sera Claise M’Passi, le break dont le représentant sera David Colas et le hip hop dont le représentant dans le jury sera Dedson.

Par la suite, les vainqueurs de chaque catégorie s’affronteront lors d’une finale pour ne sacrer qu’un seul champion. Pour cette phase finale, chaque danseur devra dévoiler au public sa sensibilité artistique. L’artiste se retrouvera donc seul face au public avec une musique, sa danse et des expressions corporelles exprimant ses émotions, ce qui fait prendre tout son sens à la devise de la battle : « Peu importe ton style, impose-toi avec ta danse ! ».

Pour pimenter le tout, il y aura en plus des grands noms de la danse qui s’inviteront lors des phases finales afin de défendre leur nom, et aussi les vainqueurs de l’édition espagnole qui s’est déroulée le 15 février dernier à Madrid. Si tout ça ne vous a pas donné envie d’y aller, eh bien nous, on rend notre tablier.

Pour aller plus loin :

Découvrez : Soul Square et ses millésimes

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Décidément Nantes regorge de talents, puisque c’est de là que vient le collectif Soul Square. On y retrouve dans sa composition le discret Permone : sorte de cerveau beatmaker, un homme qui s’exprime avec ses machines. L’architecte Arshitect qui est derrière tout le visuel du groupe en plus d’être un dénicheur de sample léché qui va bien. L’ancien, Guan Jay qui, en plus d’avoir de la bouteille hip hop, n’hésite pas à prendre le micro pour arranger la foule. Tout ce beau monde se fait connaitre d’abord en 2005 sous le nom de Drum Brother avec une compilation de remix d’artiste comme Talib Kweli ou encore les Jackson Five.
Le concept est simple, ils prennent des a capellas de morceau en retravaillant à leur façon les instrumentales. C’est à partir de là que les trois sont rejoint par Atom de C2C, on le rappelle quintuple champion du monde et orfèvre du turntablism. Il s’ensuit des Ep ainsi que des nouveaux remix d’artistes français tels que Hocus Pocus, Jazz Liberatorz qui nous emmènera à la sortie sur le label Kif Records de Live and Uncut. Sur ce premier album, Soul square reprend la recette du cocktail jazz/hip hop/soul qui a fait leur succès mais avec cette fois ci des compositions originales. Côté casting, nous avons des collaborations avec des rappeurs peu ou pas connus, comme un canadien Justis ou un suédois Blezz. Côté son, nous vous proposons d’écouter un extrait de l’album, l’anecdote dit que c’est le morceau qui encra définitivement Atom dans le groupe.

Ecoutez : Soul Square – Live and Uncut

Fort de ce premier opus bien accueilli par le public, Soul Square enchaine en 2012 avec un nouveau projet Millésime série volume 1, illustré par une belle bouteille d’alcool sur la pochette. On entend parfois que pour acheter un cd il faut que l’objet soit réussi, pour Soul Square c’est chose faite et le contenu de l’album devrait finir de vous convaincre ! Musicalement on retient l’apparition d’un nouveau rappeur Racecar, originaire de Chicago. L’idée ce cette série d’Ep (puisqu’il y a un volume 2 dont nous allons vous parler), c’est de mettre en avant l’univers d’un rappeur en y apportant leur couleur musicale. On vous laisse regarder le clip du titre One Time sorti pour la promo de l’album.

Regardez : Soul Square – One time

A l’écoute on retrouve l’esprit de certains morceaux d’Hocus Pocus en un peu plus jazz et street. Le flow élastique et la plume de Racecar apportent une touche plus américaine également. Le but étant pour eux de rendre hommage à ce hip hop des années 90 et à l’univers jazz et soul dont il vient. On sortira du lot le titre My Home dont l’instru nous a particulièrement plu. Les morceaux sont vraiment bien travaillés, le sample ne dure pas juste quelques secondes, il est recomposé voir décomposé sur sa longueur.
Sorti il y a quelques semaines, Millésime série volume 2, propose cette fois ci pour illustrer son millésime sur la pochette, une bouteille de Bourbon, et on se demande si on va apprécier ce breuvage comme le 1er volet. Là encore, c’est un hommage au hip hop des années 90, et pour ce volume 2 ils ont mis en avant l’univers d’un mc canadien : Jeff Spec. L’intro sonne un peu rock avec cette ligne de guitare, mais reste profondément hip hop, voici le clip dont vous saurez apprécier la démonstration de air guitare, nous en sommes surs !

Regardez : Soul Square feat Jeff Spec – Jeff Zep

Le flow de Jeff Spec est plus moderne que Racecar. Sur 1-2-1-2 on voit le clin d’œil aux « micro test » que scandent les djs et les mcs lors des soirées et des concerts. Do you est un hommage à De la Soul avec un supplément d’âme plus moderne à travers le gimmick vocodé. Who’s real et Strange Things sont des déclarations d’amour à Guru et ses compilations Jazzmataz. On ressent les amateurs de bons sons ainsi que leurs références derrière. Il y a peut être un petit côté trop sage, trop respectueux, cela manque peut être un peu de folie, mais on passe un bon moment à l’écoute de ce deuxième volume. Au final Soul Square se démarque des productions tendances des beatmakers actuels et c’est tant mieux car chez STO on aime cette diversité. Les puristes apprécieront, les autres trouveront ça peut être un peu répétitif et ne les fera pas sauter partout mais ce qui est sur c’est que cela vous fera assurément  bouger la tête d’un air approbateur et c’est déjà très bien.

Pour en savoir plus :

Yoshi Di Original : interview + jeu concours !

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Soul Ton Oreille a fait connaissance avec un dinosaure du rap français, Yoshi Di Original. Originaire de la banlieue parisienne, Yoshi prend le mic pour la première fois en 2002 et ne cesse depuis de se forger une solide réputation dans le rap underground. Il fait ses preuves lors de freestyles – que certains qualifient d’anthologiques – et rafle au passage quelques titres, témoins de son talent. Au-delà du rappeur, nous avons découvert un bonhomme plein d’humour qui revient sur ses débuts dans le hip hop, nous livre son ressenti sur le rap d’hier et d’aujourd’hui et nous parle de ses projets, notamment Hip Hop Momo, son tout dernier album. Aussi, vous pourrez tenter de gagner le dernier album de Yoshi, Hip Hop Momo, en version double vinyle gatefold, en répondant à la question en fin d’interview !

Soul Ton Oreille : Ton 3ème album, Hip Hop Momo, est sorti le 27 mai dernier. Comment sont les retours que tu as eu ?

Yoshi Di Original : Tous les retours sont très bons ! Honnêtement, personne à ma connaissance n’a pas aimé l’album, ou alors des haters très discrets ! Ça reste un album majoritairement hip hop au niveau des instrus, sans être non plus toutes les mêmes, ce n’est pas la même formule boom bap 90 bpm sur chaque beat de la piste 1 à la 20. Mais disons que ça manque peut-être, de mon point de vue et du point de vue de quelques personnes pointilleuses, d’un peu de risques, de trucs un peu fou quoi. Il lui manque le côté album de fou, vraiment complet qui fout une gifle. C’est mon avis et la critique principale que je lui ferais, sinon tous les kiffeurs de hip hop ont aimé cet album. Je vois pas comment il pourrait en être autrement, y a des bon DJs, des bonnes instrus, des bons beatboxeurs, des bons rappeurs. Dont un particulièrement excellent… Je ne le citerai pas mais il est sur tous les morceaux de l’album. Il s’est retrouvé sur chaque track donc ça prouve qu’il est bon !

STO : Il s’appellerait pas Yoshi par hasard ?

Y : Hum… Bertrand on m’a dit, Bertrand !

STO : Alors quels sont les thèmes qui t’ont inspiré sur cet album ?

Y : Les thèmes, euh comment te dire… Il y a beaucoup de morceaux sans thème (rires). Disons que les quelques morceaux à thème… Il y a Douce France, simple constat, qui est le premier morceau balancé en audio presqu’un an avant la sortie de l’album. Ça reste l’un des plus appréciés. Le morceau Faux Frères lui est le morceau aigri, haineux, le morceau rancunier quoi ! Il y a Digga, l’outro de l’album, l’un de mes tracks préférés dont le thème, inspiré par le nom donné par Faya Braz à son instru, The Soul Digger, m’a amené à partir dans un délire de recherche au fin fond de moi-même (rires).

STO : Et Mal Au Dos ?

Y : Mal au dos, c’est le morceau du pauvre, c’est pour les « sufferers » comme disait Bounty Killer.

STO : Amateur de reggae on dirait ?

Y : Oui beaucoup. Mais tu vois pourtant je n’en ai pas fait sur Hip Hop Momo. Enfin si, un petit peu, y a un sample de reggae cramé sur la production de Flev, sur None a dem, et deux petits bouts « hommage » des Gladiators et de Rita Marley sur les versions vinyle et CD. Mais à part ça… J’en écoute beaucoup, plus que du rap et pourtant je ne fais pas de reggae. Mais c’est parce que je n’aime pas le reggae français, les gens qui chantent mal, soit en français avec des paroles niaises du coup c’est moche, soit en anglais avec un accent foireux du coup c’est moche. J’ai préféré faire le choix de faire ce que je faisais bien. Je laisse ça aux Jamaïcains et aux rares frenchies qui le font bien !

Regardez : Yoshi Di Original – Faux Frères

STO : Quelles sont les personnes qui t’accompagnent sur l’album Hip hop Momo ?

Y : Il y a Specta du Saïan qu’on a ramené sur un beatbox de Under Kontrol, et quand c’est un beatbox d’Under Kontrol, champion du monde, c’est cool, ça ne peut donner qu’une bonne combinaison ! Sinon j’ai fait venir quelques anciens, qui sont des gars que j’écoutais quand j’avais 12 ans, à l’époque où je ne faisais pas encore de rap. Des gars comme Abuz, Gérard Baste, Sheryo, Sëar Lui Même... Et puis il y a un mec qui est vraiment de ma génération, c’est Gaïden. On s’est connu en 2006-2007, on a à peu près le même âge, on a fait à peu près les mêmes soirées au début, au Batofar. Et puis effectivement, il y a quelques petits jeunes avec moi. Nekfeu, Alpha Wann, que j’ai invités sur l’album parce qu’ils sont talentueux. Et puis ça faisait longtemps, avant même l’album, que je les avais invités à des soirées à jouer avec moi, donc ça n’était qu’une suite logique. Il y a aussi les potos Wira, Webbafied, Young Beezooz, Real Fake MC, St-Saoul… Ça fait beaucoup d’invités ! Je n’avais pas envie de faire un album de featurings, mais ce n’est pas ma faute si j’ai plein de copains qui rappent bien !

Regardez : Yoshi, Sheryo, Sëar Lui Même, St-Saoul & Gaïden – Freestyle Hip Hop Momo

STO : La rencontre avec Alpha et Nekfeu, comment s’est-elle faite ?

Y : Le soir où je les ai vraiment checkés, c’est le soir où j’ai gagné le End Of the Weak à Paris, en février 2010. Avant je les avais croisés quelques fois en soirée, à des open mics principalement. On ne peut pas nier qu’ils étaient dans tous les micros ouverts à une période, et souvent à freestyler dans la rue devant les soirées. Ils avaient une vraie dalle de micro que j’avais un peu perdu depuis déjà quelques années. Ce côté « on rappe partout n’importe où avec n’importe qui sur n’importe quel beat ». Du coup, on s’est souvent retrouvés à freestyler ensemble dans la rue, ils me remettaient un peu de gouache et je dois avouer que ça me faisait du bien de me dire, « fais gaffe à toi Yosh, les jeunes derrière ont la dalle et kickent dur ! Maintiens la distance ! » (rires). Respect à eux, d’autant que malgré que les choses soient allées vite et qu’ils soient occupés comme des ministres, ils ont trouvé le temps de venir se caler un aprem’ au Studyosh pour Hip Hop Momo. Ça n’a pas été facile de caler un créneau au milieu de leur tournée d’été !

STO : Tu as participé et gagné le End of the Weak en 2010, quels sont les autres événements auxquels tu as participé ?

Y : À l’époque, en 2004, 2005 et 2006, j’ai fait pas mal de petits clashs, battles etc… Il y a eu l’Arena, pas mal de trucs au Batofar, le 100 Contest à Cergy, un truc qui s’appelait Le Grand Tournoi Volume 2 à Massy, puis Attaques du Mic… et après j’ai arrêté ça pendant pas mal d’années. J’ai ensuite repris en 2010 avec End Of The Weak à Paris. J’ai participé la première fois, j’ai gagné, c’était cool ! Si je n’avais pas gagné la première fois j’aurais arrêté. Donc tant mieux, il n’y avait pas d’alternative ! Donc j’ai fait la finale France où j’ai fini 3ème comme une m*rde, et j’ai fini 2ème à la finale France de l’année dernière comme un nul (rires). C’est dur de finir 3ème puis 2ème aux finales France, j’ai vécu ça comme un échec, je déteste ça !

STO : Donc tu es un performer ?

Y: Je ne sais pas si on peut me qualifier de performer mais en tout cas j’aime… Que ce soit pour un concert, même s’il n’y a pas de battle, j’aime être dans la performance pour ne pas me dire « j’ai été moyen, c’était pas chanmé ». C’est de l’orgueil ou ce que tu veux mais c’est comme ça. Et pour finir la liste, on a gagné le Buzz Booster France 2012 avec Gaïden & DJ Old Jay, et j’ai pour l’instant deux victoires en autant d’apparitions au Rap Contenders. Autant te dire que pour mon retour au Rap Contenders 7, le 4 janvier prochain, je ne compte pas ajouter de défaite à mes statistiques !

Regardez : Yoshi Di Original – Freestyle Bag (End Of The Weak)

STO : Comment se passe l’écriture de tes morceaux, tu reçois les instrus puis tu poses ton texte ou vice versa ?

Y : Je n’écris jamais sans instru. Écrire sans instru, je le faisais quand j’étais au lycée et que j’écrivais en cours. Sinon ça fait de longues années que je suis passé dans l’autre sens. Je sais pas, ça donne l’ambiance du truc. Du coup si j’écris sur les instrus et qu’après on me dit qu’on change d’instrus, qu’on n’a plus les pistes ou un truc comme ça, je vais râler ! C’est vraiment l’instru qui donne la vibe. Et c’est les beatmakers qui grâce à leur travail me donnent l’inspiration et vice-versa. Même si beaucoup de beatmakers vont te dire « file moi des a cappella, je suis content, j’aime bien bosser des instrus sur des a cappella plutôt que les bosser dans le vent », moi je préfère quand même poser des textes avec déjà de l’instru. S’il y a un remix qui change la rythmique je vais toujours me dire « oui mais le placement que j’avais fait là, sur la nouvelle instru il rend moins bien nanana ! ». Des trucs de perfectionniste que personne ne voit, mais sur lesquels je vais dire « non, tu peux pas poser mon a cap sur cette instru là, c’est fait pour celle-là ! ».

STO : Avec Faya Braz il n’y a pas d’instru du coup ?

Y : Faya Braz est un champion du monde de beatbox, pourquoi aurait-il besoin d’instrus (rires) ? Par contre, il fait aussi des instrus. C’est lui qui m’a fait l’outro de l’album, qu’il a fait « sans sa bouche ». Avec Braz, en live en tout cas, il n y a ni platines, ni instruments, juste deux micros. À la limite on pourrait inviter un saxophoniste pour le délire, histoire de faire une petite combinaison. Il taffe aussi avec sa loop station, donc il a de quoi faire des instrus complètes avec la bouche et en live.

Regardez : Yoshi Di Original, Faya Braz , Mr Lips – The Beat & The Voice and The Other Voice 

STO : Tu as commencé par le rap où tu t’es essayé à d’autres disciplines du hip hop ?

Y : Ah très intéressant ! Avant de rapper j’ai un peu tout fait, mais j’étais bon nulle part (rires) ! C’est intime mais… j’ai déjà breaké un peu, mais pour tout ce qui est danse debout, j’ai toujours eu cette espèce de timidité qui me disait, « non c’est kitsch de faire le mec à fond dedans quand il danse ». J’ai joué au DJ un petit peu, parce que mon frère avait les platines, deux MK2 et une mixette dans sa chambre. Mais pareil, je n’ai jamais vraiment essayé de mixer, je calais plutôt 3 scratchs pourris, je trouvais ça rigolo et je lâchais la platine au bout de 30 secondes. J’ai jamais cherché à pratiquer ou à m’entraîner vraiment. Pareil pour le graffiti. J’ai pris des bombes, mes c*uilles, je suis parti peindre dehors à l’époque, faire le vandale pour quelques sessions mythiques. Mais j’ai vite arrêté parce que les potes avec qui je peignais à l’époque, un soir où comme par hasard j’ai eu la chance de ne pas pouvoir partir avec eux, se sont fait serrer… Ils avaient pris chacun un truc comme 400 ou 700 € d’amende. Du coup ils ne sortaient plus, ça les a démotivé (rires) ! Et moi, c’était la période où je commençais le rap, donc je me suis dit que j’allais rester au rap, c’était moins risqué ! J’ai gardé le mot Yoshi, qui était mon blaze à l’époque où je peignais un petit peu avec les copains. A l’époque où KLR est arrivé et m’a mis une gifle, tout comme X Raisons plus tard, je m’essayais aussi au beatbox… Et là encore, la réussite était moindre. Du coup j’ai tout lâché pour faire ce dans quoi j’étais meilleur : le rap.

STO : Et la première fois que tu as rappé c’était quand, comment ?

Y : Mon frère qui a deux ans de plus, celui qui avait les platines dans sa chambre, c’est avec ses potes que j’ai rappé la première fois. Ça squattait dans la chambre de mon frangin avec ses potes, sans grand niveau ni grande prétention. Je passais par là et  les gars m’ont dit : « ouais Bébert prends le micro !  Fais un truc » et j’ai fait : « Yo hein Yoshi, yo » et ça y est le blaze était choisi, c’était Yoshi. J’ai continué avec une bonne intro de quelques minutes, les gars autour étaient tous scotchés : « ah comment tu fais ! », et au fond de moi je me disais : « je suis bien meilleur que dans tout le reste, je vais donc arrêter tout le reste ». Voilà pour mon historique hip hop (rires).

STO : Donc ton frère te soutient dans ce que tu fais ?

Y : Ouais il kiffe ! Après ce n’est pas lui qui m’a mis dans le rap, mais vu qu’il a deux ans de plus, il m’a fait découvrir pas mal des trucs. Il avait L’invincible Armada de D Abuz System, c’est lui qui m’a fait découvrir Sheryo, Specta aussi. On a découvert ensemble grâce à un pote, Le Gros Tony, qui avait gravé KLR pour mon frère et qui me l’a refilé après. Donc pour lui c’est cool, surtout qu’il suit ça un peu de loin parce qu’il vit à Valence depuis 5 ou 6 ans. Mais je vois très bien qu’il kiffe quand il voit les photos avec tel rappeur, ou un morceau avec tel MC qu’il m’avait fait découvrir 15 ans plus tôt. Et j’ai mon autre grand frère qui lui joue plutôt dans des groupes de reggae. Mais même chose, j’ai commencé à kiffer la musique avec lui. Le premier concert que je suis allé voir c’était le groupe mon frère (Tribe of Judah) qui jouait. Donc oui mes deux grands frères me soutiennent, même mes deux grandes sœurs. Sans forcément être fans de tous les morceaux, mais je sais que la famille ne déteste pas mon rap en tout cas, c’est le principal ! Vu que j’ai travaillé avec des enfants, je fais en sorte de ne pas faire des morceaux dont j’aurais honte ou que je n’aurais vraiment pas envie de faire écouter à des parents ou des enfants.

STO : Quels sont tes autres projets hormis Hip Hop Momo ?

Y : Le premier projet que j’ai diffusé, c’est L’Eclosion qu’on a sorti au cours de l’été 2007 avec une première pochette et 19 titres. C’était un recueil des sons que j’avais fait entre 2005 et 2007, donc ce n’était pas très carré, c’était enregistré à plein d’endroits différents, donc mixé de manière différente, parfois bien, parfois moins bien. Il n’y avait pas vraiment de mastering, donc même au niveau du volume des sons, tu en avais quelques uns où ça changeait… C’était assez amateur mais le concept était bon en fait, le rap était assez fou à l’époque. Mine de rien, il y avait quelques instrus intéressantes que des gars m’avaient faites et ça avait pas mal tourné. Il n’y avait que Myspace quasiment à l’époque, et sans aller harceler les gens sur leur profil, juste en collant des stickers dans la rue et un peu de promo sur le Myspace, ça a bien marché, ça a été beaucoup téléchargé. Il y avait de très bon retours et c’est là que j’ai fait plein de rencontres. Des gens qui me disaient avoir écouté mon boulot et souhaitaient faire un truc ensemble.

Un an après, il est sorti en CD avec une cover signée Oxide et de deux titres en plus. Quand on m’a présenté Oxide, vers 2008, il m’avait dessiné, pour le délire, une pochette chanmé pour L‘Éclosion! En vrai, c’est juste parce que sa pochette défonçait que j’ai fini par presser 1000 CD ! À l’époque, j’avais un peu de thunes de côté, j’habitais chez mes parents, j’avais juste à ce moment là un bon plan pour un pressage en Espagne, pas trop cher où tu ne payais pas la SDRM, et en plus, tu pouvais payer cash. L’occasion a fait le larron, et m’a permis de presser mon premier disque en physique, ce que je ne regrette pas du tout. Après, j’ai un peu dormi pendant 2/3 ans entre 2008 et 2010, puis j’ai sorti un projet, c’était à Noël 2010, 3 ans de dur labeur… On m’avait invité sur d’autres projets que j’ai regroupé un peu sous une même bannière, histoire de refaire un projet pour patienter. A côté de ça j’ai collaboré sur plein de mixtapes, albums, projets d’autres gens, qu’il serait long de détailler mais qui sont sur ma page Facebook Yoshi Di Original. Voilà pour ce qui est de mes projets avant Hip Hop Momo, qui est l’album du siècle ou de la décennie pour les plus difficiles (rires).

STO : Sur la pochette, on voit du vinyle (une bouteille de rhum), un ghettoblaster, une MPC… Di Original ça regroupe un peu tout ça, cette authenticité-là ?

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Y : J’aime beaucoup la pochette faite par Oxide. Par contre, ce n’est pas une bouteille de rhum, c’est certainement un remède, un sérum… Je ne me serais pas permis de faire allusion à de l’alcool (rires) ! Di Original, pour l’anecdote, c’est parce qu’au début j’étais Yoshi Di Original Hip Hop Raggamuffin, donc premièrement c’était long à écrire partout et deuxièmement, Raggamuffin, quand j’ai commencé, j’étais vraiment fan de Raggasonic, je chantais leurs disques par cœur sans problème, mais ce n’est pas ce que j’ai eu vraiment envie de faire en fait. Donc c’est vrai que j’ai perdu le côté Raggamuffin, j’ai fais un track où je toaste, sur l’album Hip Hop Momo et je l’ai presque fait en me disant que ça allait faire plaisir aux gens ! Mais quand je l’ai enregistré, je l’aimais bien mais je n’étais pas ultra convaincu par le morceau. Je l’ai finalement mis pour faire une vibe reggae dans l’album, parce que ça me fait plaisir aussi, c’est de là que je viens. Pour en revenir à la pochette, il y a plein d’éléments cool. À la base, Oxide avait juste fait le dessin avec moi au milieu accroché au blaze Yoshi et ensuite je lui demandé de rajouter des éléments autour : une MPC, parce que presque tous les sons de l’album sont faits à la MPC, des beaux vieux vinyles, parce que j’ai mis des albums que j’aimais bien aussi et ça a donné l’occasion à Oxide de faire des beaux dessins. D’ailleurs, pour l’anecdote, il a quand même redessiné toutes les petites pochettes d’albums ! Le petit Cypress Hill, le petit Busta Rhymes, le petit Biggie etc. Il les a toutes redessinées à la main : il s’est motivé même pour les tous petits trucs genre le petit bébé de la pochette Ready To Die où personne n’aurait vu s’il avait mis la photo d’origine ! C’est du beau travail, je lui tire mon bonnet !

STO : L’an dernier, tu as organisé un concours où des personnes devaient coller des stickers et faire la photo la plus folle et originale, c’est cool je trouve, comment t’es venu l’idée ? 

Cliquez pour agrandirY : Ouais c’était assez cool ! Je ne l’ai pas beaucoup fait avec les nouveaux stickers mais avec les anciens, à chaque fois que je partais en vacances à l’étranger, que ce soit avec des potes ou pour travailler, j’en collais partout et je prenais toujours quelques photos devant tel monument, tel site de la ville, histoire de ramener une petite photo, voilà le Yoshi à tel endroit. Du coup, plutôt que de se prendre en photo devant tel ou tel truc je préférais prendre les stickers, je trouvais ça cool. Après pour ce qui est vraiment du concours c’est un pote à moi qui s’appelle Greg, de Dubamix, qui m’a fait du saxo sur l’album sur le morceau avec WiraDJ Poska… C’est un gars avec qui j’étais au lycée donc on s’est toujours un peu suivi, on s’est toujours échangé des stickers et lui avait fait un petit concours comme ça, avec des tee-shirts à gagner pour le premier et des CDs pour le deuxième. J’ai trouvé ça sympa, donc je suis obligé de dire que j’ai repris le concept de mon gars de Dubamix… Je vais sûrement le refaire avec les nouveaux stickers même si après, ce n’est pas énorme, mais ça fait un certain budget d’envoyer des stickers gratuitement à une cinquantaine de personnes. En plus de ça, tu fais gagner des tee-shirts donc ça ne rapporte pas d’argent non plus, mais je trouve ça vraiment cool ! Aucun artiste dont j’ai été vraiment fan n’a fait ce genre de concours et j’aurais aimé qu’il y ait des gars qui t’envoient coller des stickers gratuitement, et faire la plus belle photo pour gagner pleins de trucs. Je sais que j’aurais certainement beaucoup kiffé même si c’est un petit investissement. Mais un peu d’argent pour beaucoup de gens heureux je veux bien (rires).

STO : Tu fais parti des artistes dits « indépendants », penses-tu que liberté artistique rime avec indépendance ?

Y : Pas forcément !  Il y a quand même des labels ou maisons de disques qui vont vraiment kiffer ce que tu fais à la base, et du coup vont te dire qu’ils te signent, et tu feras quand même ton truc. Après bien sûr les maisons de disques comme les artistes savent que parfois pour marcher, il faut faire telle ou telle chose. Il y a ceux qui font le choix de le faire ou pas, « de baisser leur froc » ou pas quoi. Je trouve surtout que c’est très dur de trouver un juste milieu entre faire de la bonne musique et faire de la musique qui est quand même assez facile à écouter pour tout le monde ! Moi j’essaie d’être dans le juste milieu, parce que je n’ai pas envie de baisser mon froc pour qu’on m’écoute et d’un autre côté, je n’ai pas envie de taffer des bons morceaux et bons disques pour avoir un public qui se compte en dizaines ou centaines d’auditeurs. Ce qui est dur, c’est de plaire au grand public et de plaire aux « puristes » en même temps. C’est un peu l’avis des puristes, mais la plupart d’entre eux sont plus des vieux aigris que vrais puristes, donc je me fous de l’avis des purs aigris, on va dire que je préfère l’avis des connaisseurs !

Par exemple un mec comme Nemir, je trouve qu’il le fait bien. Il chantonne, sa voix est cool je pense à l’oreille du grand public. À côté de ça, si tu en parle à des rappeurs, moi qui suis un rappeur et qui suis un casse-couille niveau rappeur, qui va te dire « ouais ça c’est pas terrible, ça c’est pas chanmé », je trouve qu’il a des placements vraiment intéressants, techniques, que c’est bien écrit, donc il a beau chantonner et faire des trucs cools qui font que le grand public aiment bien, moi en tant que rappeur, je le trouve fort aussi. C’est ce que j’appelle un MC, et il n’y en a pas beaucoup !

Et pour en revenir au tout début de ta question, non, ça ne rime pas forcément avec indépendance parce que comme je te dis, si t’es signé dans une maison de disques qui n’est pas chiante, ils vont te laisser faire ton truc. Ils vont te dire qu’il faut que tu vendes un minimum effectivement, c’est à toi de faire ton choix. Si tu vas dans les grandes maisons de disques, un gros label, un Sony, un Virgin qui te signe aux côtés de Sexion d’Assaut et que tu leur sors un album de rap qui marche pas du tout, évidemment au bout d’un moment ils vont te suggérer gentiment, « est-ce que tu veux pas mettre Vitaa sur un refrain ? » (rires).

STO : Es-tu de ceux qui pensent que le rap était mieux avant ?

Y : Le rap dans sa majorité était mieux avant ! Si tu prend 10 albums au hasard en 1996 et 10 albums au hasard en 2013, tu auras plus de bons albums et de bons morceaux sur les trucs de 96. Il y a aussi le côté que le rap qui vend, était mieux avant aussi. Moi je trouve que l’underground d’aujourd’hui n’est pas forcément moins bien que l’underground de 96, même s’il y avait peut-être plus d’artistes talentueux à l’époque. Mais disons qu’on en a beaucoup qui déchirent en 2013, que ce soit des gars de 35 ans ou au contraire des petits jeunes de 22 ans, il y a vraiment du bon partout dans l’underground.

Le rap qui vend était mieux avant oui. Parce qu’en 1996, il y avait des trucs qui faisaient 50 000 ventes et qui étaient bien. Aujourd’hui, tout ce qui a vendu 50 000 disques c’est Maitre Gims, Sexion d’Assaut, La Fouine bref, pas grand chose de bien quoi ! Alors qu’à l’époque, je sais pas moi, en sons cainri, des albums comme The Score des Fugees ou le premier Marshall Mathers, c’est des trucs qui ont fait des cartons et c’est de la bonne musique ! Outkast c’est pareil, l’album Stankonia,  c’est un album où y a des putains de tracks et ça s’est super bien vendu. En rap français c’est pareil, je veux dire à l’époque, quand on écoutait des radios, il y avait du bon rap sur les grandes émissions de radio ! Donc, le rap n’était pas mieux avant, par contre le rap qu’on nous diffuse sur les radios et les chaînes, oui c’était mieux avant, parce qu’il y avait moins de mauvais rap en 1996 qu’en 2013. À  l’époque, tu achetais une compile de rap, « un truc commercial » de chez Virgin ou de chez Sony, type best of machin de 1996, c’était quand même des bons titres. Alors qu’aujourd’hui, si tu achètes un best of rap 2013, je te souhaite bon courage, et prévois l’achat de boule quiès !

STO : L’auditeur aussi a changé, dans sa façon de consommer de la musique, non ?

Oui, l’auditeur a changé. Avant il fallait acheter ou copier sur cassette, puis il y a eu la solution de graver un disque parce qu’untel avait un graveur ! Les premiers qui ont eu un graveur, c’étaient les meilleurs potes de tout le monde dans le quartier. Tout le monde allait acheter des boites de 20 CD vierges et se pointait chez eux pour leur demander de graver. Maintenant, c’est MP3, c’est consommation un peu fast-food quoi. D’un côté ce n’est pas mal, il y a des gens qui jouent le jeu, qui vont télécharger illégalement un peu tous les albums qui sortent et après vont aller acheter les disques de ceux qu’ils ont vraiment kiffés et « tèj » les autres. Et je peux comprendre ce comportement. La dernière fois que j’ai acheté des CDs, c’est quand j’ai fait le petit trajet à la FNAC en me motivant à en acheter ! Du coup, j’ai pris le Ailleurs de Nemir, l’EP de Pand’Or, le 5 majeur, la Wojtape de Wojtek, le Dandyguel, tout ça en guise de soutien, et de remplissage de mon auto-radio. Mais disons que les gens ont changé, moi-même je télécharge beaucoup plus facilement… Maintenant il faut vraiment kiffer un artiste pour aller acheter son disque. Il y a 15 ans tu vois, tu te disais que tu avais envie de découvrir mieux après avoir écouté tel morceau, donc tu allais acheter le disque.

C’est d’ailleurs pour ça qu’on a fait des vinyles, pour les gens qui aiment toujours la bonne musique ! Des doubles vinyles gatefold, avec des belles photos à l’intérieur, au design fait par Oxide, que vous allez faire gagner sur ce génial site qu’est Soul Ton Oreille (rires) !

STO : Mais dis-donc tu n’aurais pas fait un peu de communication toi ?

Y : Figure-toi que j’ai fait deux ans de BTS Communication des Entreprises avec une option Administration et Gestion en audiovisuel, spectacle et loisirs et que je l’ai obtenu haut la main, malgré que ce soit les deux années (2005/2007) pendant lesquelles je taffais L’Eclosion. Donc j’étais un peu jamais en cours et tout le temps en studio ! Soit c’était des minuit-6h en studio, soit c’était des après-midi où je n’allais pas en cours. Mais j’ai quand même volé mon BTS, je suis ce qu’on appelle un malin ou plus communément un escroc (rires). J’ai toujours su bien m’en tirer ! J’avais fais des thèmes sur le hip hop : le hip hop dans la pub, l’arrivé du graffiti dans le monde de la télévision, via le Bigdil d’ailleurs (rires), je parlais de H.I.P H.O.P, de toutes ces choses. Et j’ai volé mon BTS, un bel escroc le gars !

STO : Quels sont les artistes qui t’ont mis une claque musical dernièrement ?

Y : Hum… Qu’est-ce qui me fait kiffer en ce moment ? Euh… C’est dur parce que je découvre rarement des nouveaux trucs justement. J’aime bien quand j’ai des potes, qui sont des gars justement à télécharger les nouveaux albums, les bons trucs et qui quand tu arrives chez eux, te disent : « Hey Yoshi je vais te faire écouter un truc qui défonce ». Parce que comme j’ai une mauvaise connexion WiFi, ça me décourage souvent d’écouter des sons et de mater des vidéos sur YouTube. Et comme ça, je ne fais de pub à personne, je suis un haineux (rires).

STO : Tu aurais pu dire toi ?

Y : Ah pour moi, il n’y a pas eu de meilleur album en 2013 que Hip Hop Momo, ni en 2012, ni 2011 ! Non (rires),  je dois dire que même si j’ai déjà cité son nom plus haut, je trouve que Nemir a fait un très bon EP et j’attends impatiemment son album. Je trouve que c’est un bon MC. Je suis obligé de dire que mon gars Gaïden, et ce n’est pas parce c’est mon gars, il me donne encore des claques quand il arrive avec des sales couplets. J’ai bien aimé l’EP de Pand’Or, qui est très… Je ne sais pas, ça me touche ! Ce n’est pas technique de fou, ce n’est pas flow de dingue, mais c’est écrit avec le cœur, c’est honnête et ça me touche, j’aime ça tu vois ! J’écoute ça comme un bon vieux ATK mélancolique ou un violon-piano. J’aime pas trop le rap violon-piano en général, enfin le rap un peu monotone mais en tout cas, je trouve que Pand’Or a réussi à m’emmener dans son univers. Après par exemple, l’album 5 majeur, c’est rythmé, ça s’enchaîne bien. Là, au contraire dans les textes ça me touche moins, c’est moins profond, mais au niveau du flow, de la dynamique, des techniques d’écriture, c’est carré. C’est des petits jeunes qui aiment ça, ils aiment rapper, ils aiment l’écriture, ils aiment le flow, ça se sent.

STO : Quels sont tes futurs projets ?

Y : Je n’ai rien de sûr, mais on taffe des trucs avec Faya Braz pour The Beat And The Voice, histoire d’avoir un projet qu’on peut aller défendre sur scène, parce qu’à la base quand on a créé le groupe, c’était pour aller faire des scènes directement, mais c’est mieux d’avoir un projet à aller défendre. C’est aussi plus facile de trouver des plans concerts quand tu as un projet, ça paraît plus logique pour un programmateur de te faire jouer. Sinon avec Gaïden on aimerait bien faire un petit projet ensemble histoire de renouveler un peu notre live, avoir des nouveaux trucs qui défoncent à aller jouer face à un public. Et puisque j’ai fait un album bien et long de 20 titres, et que ça m’a pris presque 3 ans en tout, là les projets futurs seront des choses un peu plus courtes, genre des petits 4 ou 8 titres avec des gars que j’aime bien. On voulait faire un maxi avec Kyo Itachi par exemple, pour le sortir en vinyle. Avec un mec comme Poska, la vibe passe bien humainement, musicalement également, donc j’aimerais bien faire un petit projet avec Poska à la prod et aux scratchs.

J’ai pleins d’idées mais je pense que je vais plutôt sortir des maxis, je n’ai pas envie de me relancer sur un album tout de suite en fait. Vu que je sais que je ne ressortirai pas un 15 ou 20 titres dans un an, je n’ai pas envie de me mettre maintenant sur les titres de l’album, je préfère faire des projets où tu fais quelques titres, où ils sont tous bien, où ils datent tous de la même période, ils sont tous opé, au même niveau et boom !

Regardez : Yoshi Di Original & Dj Poska – Di Original

STO : Où te retrouve-t-on sur scène prochainement ?

Y : Ces derniers temps on a pas mal tourné, dont la petite tournée en Afrique de 15 jours avec Gaïden et Oldjay, qui était mortelle ! En janvier et février je serais présent sur trois dates End of the Weak All Stars à Paris, Nantes et Issy-les-Moulineaux. Et nous sommes en négociation pour la Croatie en mars, Washington en mai… Pourvu que ça se fasse ! L’autre jour, j’ai mis une photo pour savoir où est-ce que les gens voulaient nous voir : j’ai reçu une centaine de commentaires et pleins de villes différentes, dont Lyon. Il faut nous faire jouer à Lyon, tout le monde nous réclame à Lyon bordel ! Donc si des programmateurs lisent cette interview, appelez-nous ! Tout le monde nous veut ! Sinon comment j’aurais mon statut d’intermittent si on ne joue pas en décembre (rires) ?

STO : Ça veut dire que tu es désormais dans le rap à temps plein ?

Y : Oui, ça y est ! Au premier septembre dernier j’ai arrêté de travailler entièrement et je ne compte pas re-travailler de si tôt ! En tous cas, en tant qu’autre chose qu’intermittent. Donc, on fait de la musique, il faut trouver des concerts, et pour avoir des concerts il faut aussi de l’actu. D’ailleurs on a des clips qui arrivent : le clip Les Cartes en Main, un morceau avec Wira, Dj Poska sur une prod de Kyo Itachi, il y a aussi le clip Digga (l’outro de l’album) qui est en train de se faire par une équipe du côté de Nantes, totalement en animation et d’autres titres qu’on aimerait bien clipper tels que Jolie Bouteille, Shake It avec Alpha et Nekfeu, et celui avec Gerard Baste, On Botte des Culs. Bientôt aussi le site internet, qui est en construction.

STO : Une dernière question, c’est quoi le délire Hip Hop Momo ?

Y : Ahhh ! Ça vient d’un film exceptionnel (rires) ! Les Frères Pétards avec Jacques Villeret et Gérard Lanvin, et c’est pour ça d’ailleurs que sur les tee-shirts Hip Hop Momo, on a fait un genre de Villeret remixé avec Spike Lee. Quand on a cherché le nom de l’album, ça a fini par s’imposer. Je n’avais pas envie de chercher un mauvais nom d’album de rap avec un jeu de mot pourri dedans, ou un double-sens moyennement bien. Du coup, ça a fini par s’imposer car j’avais déjà fait deux soirées Hip Hop Momo, j’avais déjà sorti des tee-shirts et puis il y a cette identité un peu festive. Pour moi Hip Hop Momo, c’est un peu une onomatopée qui veut dire, « ça va ». Si on te demande « comment ça va ? » tu peux répondre « hip hop momo », voilà tout. Les plus vieux avaient Cheech & Chong, les plus jeunes te diront How High, pour moi c’est Les Frères Pétards (rires).

STO : Le mot de la fin…

Y : Je voudrais faire un gros bisous à tous les lecteurs de Soul Ton Oreille (rires) et leur dire qu’il y a une photo de moi torse nu à gagner pour les lectrices ! Envoyez les candidatures directement via le site ! Enfin, je propose, on sait jamais, ça peut faire exploser l’audience du site peut-être !

Jeu concours : 

Chose promise, chose due ! Non, on ne vous parle évidemment pas de la photo mais bien du dernier album de Yoshi. En effet, deux double vinyles gatefold de Hip Hop Momo sont à remporter, en répondant à cette question : Quel est le nom du premier album de Yoshi ? Allez un petit indice, la réponse se trouve dans l’interview ! Répondez par mail à cette adresse : team@soultonoreille.com (vous avez jusqu’au 20 décembre 2013 à 23h59). Nous tirerons au sort deux personnes parmi celles qui répondront correctement. Bonne chance !

Merci à Yoshi d’avoir accordé cette interview à Soul Ton Oreille et à Laëtitia pour l’avoir organisée et retranscrite.

Album : Childish Gambino fait sa fête à internet

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On ne va pas y aller par quatre chemins : vous le savez, on l’a admis à maintes reprises. On aime Childish Gambino. On aime Donald Glover, qu’il soit habillé de son costume d’humoriste, de comédien, de rappeur, peu importe, on l’aime. Donc évidemment, quand on a su qu’un album sortait, on l’a attendu, tout excités en se demandant de quelle manière il allait nous surprendre pour finir l’année.

Il a nous a chauffé un peu, avec son court-métrage rempli d’extraits musicaux. Avec des singles, dont le très bon 3005. Et à quelques jours de la sortie officielle de because the internet, c’est avec le clip officiel qu’il a continué de dérouler son concept pour faire monter la pression. On regarde le clip officiel et on en reparle après.

Regardez : 3005 de Childish Gambino

Ce clip illustre en partie le contenu de l’album : support thérapeutique ou témoignage de son mal-être, because the internet est un album très intime sur lequel Childish Gambino se livre et aborde le thème de la dépression et de la solitude, avec ce visage figé et triste. Son mal-être, il l’avait aussi exprimé sur Instagram il y a quelques semaines, justifiant au passage son départ de la sitcom Community par une envie d’être seul. Articulé autour de 4 parties, chacune annoncée par une interlude instrumentale (The Library, Dial Up, Playing Around Before the Party Starts et Death By Numbers) et avec des intitulés commençant par des chiffres romains, la tracklist de because the internet a même des faux-airs de pièce de théâtre. Ça tombe bien puisqu’en parallèle de l’album s’est construit le site becausetheinter.net, scénario entrecoupé de scénettes et de morceaux musicaux…

Acte 2, scène 1 (The Worst Guys) featuring notre autre chouchou du moment Chance The Rapper est l’un des titres à nous taper dans l’oreille. Le morceau permet de combiner à merveille les voix et cette espèce de nonchalance et insouciance des deux rappeurs pour aborder les relations. Vulnérable, Gambino nous montre sa fragilité et la légèreté qu’on lui connait s’efface à mesure qu’on plonge dans le projet.

Ecoutez : The Worst Guys de Childish Gambino feat. Chance the Rapper

Acte 3, scène 1 : la fête commence et Party permet encore à Childish Gambino de raconter son isolement. Toujours entouré, toujours seul, le paradoxe que le rappeur décrit et vit au quotidien (dans l’industrie de la musique, sa vie de comédien/rappeur/people) prend à nouveau forme sur ce titre, qui monte en puissance pour exprimer sa colère. Scène 2, The Exit fait suite à cette soirée ratée : une atmosphère très lourde et une instru chargée en basses permettent à l’artiste de mettre en musique ce cauchemar dont il a du mal à se réveiller. 2 morceaux qui se répondent et s’enchaînent pour finalement ne faire qu’un.

Acte 4, scène 1 : le mélancolique et poétique Flight of the Navigator permet à Childish de mettre en parallèle vie et mort. Un très beau morceau, en décalage avec le reste de l’album dans sa sonorité et la paix qu’il apporte malgré la sévérité de ses paroles. Plus long et fourni, le dernier acte de because the internet accélère le rythme, en partie par ses productions, en partie par la manière dont Childish Gambino pose ses couplets et le contenu qu’il amène. Zealots of Stockholm (free information) se révèle comme l’un des morceaux les plus expérimentaux de cet album, long de 4 minutes et 51 secondes et composé de plusieurs parties. C’est sur sa dernière 1:30 qu’on retrouve le MC poser sur un rythme proche d’un battement de cœur. De quoi ajouter à la mélancolie ambiante et à l’entrelacement des rythmes et sentiments.

Acte 4 (ou 5 ? On ne saurait en être sûrs avec une numérotation qui repart de I.), scène 4 : Jhené Aiko revient accompagner Childish Gambino après leur joli duo sur Bed Peace. Une pépite que ce Pink Toes ! Mené par des cui-cui et la mention d’arcs-en-ciel et rayons de soleil, on sent Childish heureux et on se dit que le plus dur est derrière. Léger et gai, ce titre peut facilement prétendre au titre « réveille-toi-en-douceur-et-de-bonne-humeur » par sa tendresse. Un vrai gros coup de cœur.

Ecoutez : Pink Toes de Childish Gambino feat. Jhené Aiko

Raison de plus d’aimer Pink Toes ? La mention de C3PO (Star Wars FTW) ! Ce qui nous permet d’aborder le titre de cet album, enfin, à travers les dernières scènes. Earth: The Oldest Computer (Last Night) et Life: The Biggest Troll (Andrew Auernheimer) permettront de revenir sur cet intitulé énigmatique et pour les plus anglophones d’entre vous, notez la pointe d’humour dans ces titres. Pour info, le troll mentionné dans le dernier est plus connu sous le pseudo de Weev, auteur de quelques hacks célèbres. Eh oui il y a plus troll que notre troll à nous dans ce bas monde.

Beaucoup plus clair, le thème de l’internet résonne ici ouvertement, avec un rappeur nous expliquant comment la technologie a évolué et nous a influencés, pas forcément dans le bon sens. Nous rapprochant tous, nous connectant, nous dévoilant sur la toile, mais étant isolé chacun devant son écran. Toujours entouré, toujours seul ! La dépression, l’isolement, la solitude… Peu importe la quantité de technologie utilisée et l’addiction aux réseaux sociaux, Childish Gambino rappelle que tout ceci n’est que du vent et que la vraie vie se joue loin des écrans. En terminant avec un appel à l’aide, il finit de nous raconter son mal-être pour finalement entendre en conclusion les mêmes notes que l’acte d’ouverture, The Library.

Riche et complexe, sensible et vulnérable, sombre et coloré, cet album de Childish Gambino est une vrai réussite, lui permettant de se dévoiler et de nous embarquer dans son monde, aussi perturbé et douloureux soit-il, sans jamais être sinistre ou provoquer de gêne à l’écoute, tout en déroulant un concept depuis un court-métrage énigmatique jusqu’à cet album et ce scénario en ligne. Des sujets loin d’être légers et abordés avec le sérieux et la qualité qu’on connait à Gambino. On n’a qu’une envie, l’écouter encore et encore pour creuser le contenu et découvrir encore un peu plus cet univers qu’est le sien.

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