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Les HornDogz débarquent avec #WOOOF

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On en parlait déjà il y a quelque mois de leur duo avec Benjamin Siksou, Cab Calloway Flow, les HornDogz ont débarqué le 31 mars sur la sphère du bon son avec leur album #WOOOF et ça envoie du très lourd.

Horndogz c’est trois musiciens avec un historique musical assez impressionnant. Etant trois des membres fondateurs de la Malka Family, groupe de funk à la française qui relie la fin des années 80 au 21° siècle, ils ont tournés un peu partout dans le monde et ont notamment accompagné sur scène des personnalité dont la notoriété n’est plus à prouver comme Alpha Blondy ou George Clinton, papa de la funk psychédélique.

Leur maturité musicale acquise aussi bien dans le temps que dans leurs collaborations, donne à leur premier album une richesse en style musicaux naviguant entre la P -Funk, et le Hip-Hop, flirtant avec la soul. C’est grâce notamment aux nombreuses collaborations vocales et instrumentales qu’on a ce rendu plein de diversités. On peut citer Fred Wesley et Marry Griffin qui reviennent sur plusieurs morceaux, mais également le rappeur Mike Larry. C’est un album avec un suivi, le fil conducteur est bien sûr la section cuivre qui sait s’adapter au style en prenant plus ou moins d’importance, en jouant avec les rôles instrumentaux traditionnels. Bref, qu’on aime les sons posés ou les morceaux délirants qui font sauter de la chaise dès qu’on les entend, on est servi.

On retient deux aspects sur cet album : on a des morceaux qui sonne Hip-Hop et qui auraient pu utiliser des samples de soul ou de funk comme c’est très courant de le faire, et on a des morceaux qui sonnent tellement soul et funk, avec plusieurs reprises de classiques,  qu’ils pourraient être samplés dans les albums Hip-Hop de demain. On vous propose d’écouter leur reprise de Move on Up de Curtis Mayfield.

Ecoutez : Horndogz – Move on up

On a donc une pluralité des genre, la différence de l’instrumentation et des voix sur chaque morceau donne plus une impression de compilation que celle d’un album créé de A à Z en studio, ce qui est un peu dommage dans le sens où on n’identifie pas chaque morceau comme étant un titre des Horndogz.

Si il y a bien quelque chose à retenir de cette expérience musicale, c’est la symbiose entre la french touch et les styles P-funk et hip-hop. Si vous n’êtes pas convaincu(e)s, écoutez donc Paris avec Mike Larry, véritable concentré de rap groovy et de fraicheur parisienne. On vous propose une vidéo d’un live au 114 à Paris en 2011, hélas de qualité moyenne mais il y en a bien assez pour vous convaincre de vous procurer le titre en version studio !

Regardez : Horndogz ft Mike Larry – Paris 

Non content d’un album qui envoie du lourd, les curieux ou les connaisseurs qui ont assisté à leur concert à la Bellevilloise le 11 avril ont pu assister à un vrai show – ils savent comment tenir une scène et plus d’un spectateur aura tenté un pas de Breakdance …

On vous conseille donc d’aller faire un tour sur leur page Facebook pour plus d’infos sur les dates à venir !

Chronique : Tutu & Amandla, big time with Miles Davis

Miles Davis est considéré à juste titre comme l’un des musiciens les plus influents du XXe siècle. Compositeur et instrumentiste d’exception, nous lui devons ce qui représente l’album de jazz le plus vendu de l’histoire avec Kind Of Blue (contenant le standard absolu So What), certifié à près de quatre millions d’exemplaires écoulés entre 1959 et 2008. Plus qu’un trompettiste, Miles Davis restera sensible toute sa vie à tous les genres musicaux, aux artistes d’avant-garde l’entourant et aux nouvelles explorations musicales. À la fin des années 1960, Davis se tourne vers ce qui deviendra rapidement sa marque de fabrique : la fusion du jazz avec des genres tels que le funk et le rock. Sombrant dans la drogue dans les années 1970, il ne revient sur scène qu’en 1981 avec l’électrique The Man With The Horn, accompagné d’un jeune et talentueux bassiste. Quelques années plus tard, sur la fin de sa vie, Miles Davis signera deux albums extraordinaires, produits et composés par ce bassiste, Marcus Miller. Deux explorations musicales singulières et aujourd’hui littéralement incontournables, autant pour leur apport musical que leur fond idéologique.

Regardez : Miles Davis & Marcus Miller – Mr. Pastorius (from Amandla)

Au début des années 1980, le retour de Miles Davis est retentissant et c’est avec le label Columbia que les affaires reprendront pour le trompettiste américain. Son nouvel album, The Man With The Horn, apporte une dimension particulièrement rock mais toujours funky, et ce retour à la musique sera illustré en 1982 par un album live au titre évocateur : We Want Miles.

Le jeune Marcus Miller, de son côté, fut contacté par le studio avec qui il commençait à travailler régulièrement, et qui l’incita à appeler une certaine personne pour un projet à venir. La rumeur courait : le maître faisait son comeback. À l’heure où Internet n’existait pas, d’aucuns pensaient qu’il pouvait ne plus être de ce monde. Il avait simplement disparu, ou presque, des écrans radars. Au téléphone, Miles Davis décrocha, au grand étonnement de Miller. Le rendez-vous fut pris dans la journée.

Après The Man With The Horn avec des lignes de basse à tomber à la renverse, après le live We Want Miles et après l’album Star People (1983), Miles Davis voulaient changer d’air. Faire des choses différentes. Il se tourna vers le label Warner Bros. Records et fit part de ses envies. Il s’agissait du label de Marcus Miller, où il produisit ses deux premiers albums (Suddenly en 1983 et Marcus Miller en 1984) et où il écrivit notamment pour David Sanborn et Al Jarreau. La prophétie se réalisa et le prochain album de Miles Davis – différent – sera composé, produit et majoritairement interprété par Marcus Miller.

Regardez : Miles Davis & Marcus Miller – Fat Time (from The Man With The Horn)

1986 : Tutu

Sobrement réalisé, l’album salue à la fois le combat de Desmond Tutu (dont il emprunte le patronyme), archevêque sud-africain prix Nobel de la Paix en 1984, et celui de Nelson Mandela, alors toujours emprisonné et mondialement soutenu pour sa lutte pour la liberté, recevant à son tour le prix Nobel de la Paix en 1993. Une nouvelle époque, un nouveau monde pour tout un peuple, symbolisé en musique par une véritable révolution musicale dans l’univers de Miles Davis.

Initié par George Duke (à qui nous consacrions un long portrait il y a quelques temps) avec le morceau Backyard Ritual offert à Miles Davis, l’album Tutu représente un défi pour le jeune Marcus Miller. Un morceau étonnant de modernité mais aussi de noirceur, aux percussions rythmiques très appuyées et aux nombreuses sonorités électroniques. Minimaliste dans son approche, Duke laisse Davis souffler la mélodie par petites touches, accompagné par le saxophone et encadré par la basse imperturbable de Miller. Une atmosphère étrange mais qui donne le ton d’un particularisme qui ne quittera pratiquement pas les années 1980. Saluons au passage l’extraordinaire composition Perfect Way, tiré de l’album Cupid & Psyche 85 du groupe Scritti Politti, reprise ici pratiquement trait pour trait par Miles Davis, admirant ce groupe et collaborant avec eux par la suite. Deux OVNI – Backyard Ritual et Perfect Way – dans la carrière crépusculaire de Miles Davis, au sein d’un album qui fut par ailleurs l’entière préoccupation de Marcus Miller, littéralement seul aux commandes et évidemment, libre dans ses choix.

Regardez : Miles Davis & Marcus Miller – Tutu (from Tutu)

Résolument moderne et dans l’air du temps, Miles Davis n’a jamais invité la nostalgie dans ses projets. Tutu, le premier morceau de l’album, s’amuse d’entrée avec les sonorités percussives, tantôt métalliques tantôt électroniques, renforcées par des touches synthétiques pleines de réverbération, le tout accompagné de bongos, de la trompette de Davis et de la ligne de basse de Miller, réglée comme une horloge. Nous frisons l’expérimentation électro-jazz tout en gardant une identité dans la plus pure lignée funk, qui sera d’autant plus flagrante avec les morceaux Tomaas et Splatch. Jouant sur la superposition de lignes de percussions et faisant intervenir à tour de rôle le saxophone, la trompette et même quelques petites touches de clarinette basse (l’autre instrument de Marcus Miller), l’album Tutu noue des liens très forts avec une certaine logique mathématique, où chaque sonorité tombe juste, inéluctablement, du début à la fin des morceaux. À son époque, cette « facilité » ne permettra pas à l’album d’obtenir de bonnes critiques de la presse spécialisée, mais sera tout de même salué d’un Grammy Awards en 1986.

Avec sa touche résolument rock tout en gardant les préceptes du jazz (silences, syncopes…), le morceau Splatch et ses sonorités électroniques déjantées ne seront qu’un aperçu de l’apothéose de fin d’album : Don’t Lose Your Mind et Full Nelson (saluant au passage le combat de Nelson Mandela) se paient le luxe d’être de véritables prouesses jazz-rock, soutenues par de longs phrasés à la trompette que Miles manie comme un diable, de rythmes effrénés et d’une énergie funk totalement débridée. Un monument absolu.

Écoutez : Miles Davis – Full Nelson (from Tutu)

1989 : Amandla

Après l’hallucination auditive Tutu qui, même si ce n’est en rien un passage obligé, ne laisse finalement pas transparaître son attachement à la cause sud-africaine dans sa musique, le duo Davis / Miller fit un passage au cinéma en 1987 avec le non moins étrange Siesta de Mary Lambert, aux consonances hispaniques. À cette période, Miles Davis s’ouvre définitivement à toutes les musiques. Hip hop, RnB, musique du monde et notamment africaine. Au milieu des années 1980, Davis se dit fasciné par le zouk caribéen et son groupe fondateur, Kassav. En 1984, l’album Aye du groupe antillais étonne par sa surprenante créativité, son avant-gardisme et son mélange des genres : rythmes explosifs, cordes classiques, synthétiseurs, basse à tomber par terre… avec parfois de vrais messages comme le titre Gorée en 1986, du nom de l’île sénégalaise tristement célèbre pour le rôle qu’elle aura joué à l’époque de l’esclavage.

Des thèmes porteurs, que l’on retrouve bien sûr chez des groupes africains comme Xalam, jouant avec un brio remarquable sur les mêmes préceptes musicaux que Kassav, sur des albums aux titres toujours aussi évocateurs : Gorée en 1983 ou Apartheid en 1986. Marcus Miller signera lui-même un « Gorée » dans son dernier album en date, Renaissance (2013). « Amandla », c’est le cri de ralliement Zulu, le premier nom de l’Afrique du Sud, et bien sûr un terme totalement indissociable de la lutte anti-apartheid. Comme pour Tutu, Amandla comporte une piste composée par George Duke (Cobra), se dote par ailleurs d’une composition de John Bigham (collaborateur assez discret de Miles Davis), et voit une nouvelle fois Marcus Miller à la tête du reste de l’album. D’entrée, l’influence de Kassav à la sauce jazz-fusion du duo Davis / Miller explose aux oreilles.

Écoutez : Miles Davis – Catembe (from Amandla)

Au premier abord, la musique d’Amandla s’inscrit parfaitement dans la lignée de Tutu. Très percussive, elle laisse Miles Davis s’exprimer par petites touches, privilégiant un message musical à portée minimaliste. Le premier morceau, Catembe, montre par ailleurs une richesse instrumentale (notamment dans ses percussions) bien plus élevée que celle de Tutu. Un peu à l’image de sa première participation, l’apport de George Duke tranche avec le reste de sa carrière, signant ici un morceau assez sombre, Cobra, qui témoigne aussi de la facilité d’écoute des productions Davis / Miller de cette période. Privilégiant les mélodies simples, les sonorités reconnaissables et les phrasés courts, ponctués çà et là d’interventions instrumentales se détachant du corps des morceaux (la clarinette basse dans Catembe, le steeldrum caribéen dans Hannibal, la guitare électrique dans Jo-Jo), l’album Amandla laisse par ailleurs bien plus la place aux saxophones de Kenny Garrett, Rick Margitza et Marcus Miller (oui, encore lui) dans des morceaux comme Jilli, et bien sûr aux rythmes empruntés tout droit à Kassav, dont le travail était donc une référence absolue pour Miles Davis.

Point d’orgue de l’album, Amandla arbore une mélodie à la trompette dans un environnement éthéré ainsi qu’une discrète mais superbe ligne de basse, l’intervention du saxophone de Kenny Garrett et du piano de Joe Sample dans des solos construits autour d’une seule idée, peut-être celle de l’improvisation, mais définitivement celle du pluralisme. L’album clôt son histoire avec un autre hommage d’actualité, saluant la mémoire du musicien Jaco Pastorius, génie de la guitare basse décédé en 1987, où Marcus Miller, compositeur du morceau, aura l’intelligence d’écrire une ligne de basse discrète pour privilégier la mélodie poignante interprétée par Miles Davis.

Regardez : Miles Davis – Jo-Jo ( from Amandla)

 2009 : Tutu Revisited

En 2009, une exposition exceptionnelle se tint à la Cité de la Musique de Paris : We Want Miles. À cette occasion, le directeur se rapprocha de Marcus Miller pour lui demander s’il pouvait tenir un concert des musiques de Tutu. Marcus Miller l’avouera : il n’était pas sûr que se replonger dans le passé aurait plu à Miles Davis, qui par ailleurs n’était « pas très fort pour se rappeler les choses ». Miller réfléchit à la meilleure façon de rendre cette musique à la fois authentique et actuelle. Pour cela, il s’entoura de jeunes musiciens, à peine nés à l’époque de l’album original. Le projet portera le nom de Tutu Revisited, donnera lieu à une grande tournée pendant deux ans et finalement une édition CD/DVD en 2011.

Regardez : Marcus Miller – Toomas (from Tutu Revisited)

L’album Tutu Revisited est certes un hommage reconstruit et moderne à Tutu, mais pas seulement. Avec l’exceptionnel trompettiste Christian Scott durant la tournée, l’âme de Miles Davis hante chaque morceau. Nous y retrouvons également d’autres grands titres du maître écrits dans les années 1980, tels que Jean-Pierre (We Want Miles), Aida (The Man With The Horn) et sa reprise de Human Nature de Michael Jackson (You’re Under Arrest).

En 2013, Marcus Miller reprends la plume pour lui-même (après des centaines de collaborations et d’albums en tant que sideman et seulement huit albums solo) et sort Renaissance. Un renouveau de sa musique, avec les mêmes jeunes musiciens de Tutu Revisited. Un album revenant aux sources : de la fusion jazz et rock, des origines africaines et latines, oubliant un temps la richesse parfois excessive de ses albums passés, avec leur horde de synthétiseurs et de musiciens. Simplement, la musique. C’est aussi ça, l’héritage de Miles Davis.

Regardez : Marcus Miller – So What (live)

Pour aller plus loin :

Portrait : George Duke, Funny Funk

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En août dernier, l’immense George Duke nous quittait à l’âge de 67 ans, moins d’un mois après la sortie de son tout dernier album. La plus célèbre coupe afro de l’histoire nous laissait en héritage un patrimoine extraordinaire fait de mélanges des genres, d’avant-garde musicale et de collaborations mythiques. Pour son dernier voyage, ce sont des noms aussi fameux que Stevie Wonder, Herbie Hancock, Marcus Miller, Chaka Khan, Jeffrey Osborne ou encore Stanley Clarke qui le saluèrent… et s’ils étaient encore là, Miles Davis et Michael Jackson auraient probablement fait de même.

Regardez : George Duke – Shine On

Né dans le milieu ouvrier californien, George Duke ne tarde pas à se découvrir une passion pour la musique, déclenchée par des artistes tels que Duke Ellington et Miles Davis. Pendant ses brillantes études de musique (il excelle au piano, trombone, contrebasse et à la composition), il monte un groupe avec le grand Al Jarreau dans les années 60 et commence une carrière de musicien de scène et de studio. Cela lui ouvre les portes de premières collaborations remarquables, comme avec le trompettiste Dizzy Gillespie. Mais la première grande opportunité vient d’un français, le célèbre violoniste de jazz Jean-Luc Ponty, que George Duke s’empresse de rencontrer lors de sa venue en Californie pour un enregistrement. S’en suit une courte mais intense collaboration, autour des albums The Jean-Luc Ponty Experience with the George Duke Trio en 1969 et King Kong: Jean-Luc Ponty Plays the Music of Frank Zappa, l’année suivante. Le George Duke Trio qui, à cette période, enchaîne les concerts et les tournées, se retrouvant aux côtés d’artistes confirmés comme Cannonball Adderley, Billy Cobham, Franck Zappa et l’immense Quincy Jones. Ce dernier, producteur du jeune Mickaël Jackson, le prendra avec lui pour le mythique album Off The Wall en 1979.

Regardez : George Duke Band & Billy Cobham – Hip Pockets

Rapidement, George Duke s’ouvre à tous les genres. N’y voyez aucun sectarisme musical : dans les années 70, la fusion domine tout. Le jazz et le funk s’entremêlent, appelant le rock en renfort et surtout les sonorités électroniques. Duke, à sa façon, fit avancer sa vision de la musique à cette période. Son travail auprès de Franck Zappa et du groupe The Mothers of Invention lui permet de prendre du recul et de faire abstraction du côté trop « sérieux » du jazz et de son exécution classique. La décennie 70 et le début des années 80 représentent la période la plus éblouissante de sa carrière. Nous y retrouvons tous les ingrédients incontournables de l’époque : jazz feutré où domine le piano de Duke, consonances souvent latines, rythmes modernes, apparition progressive du synthétiseur ou encore pédales d’effets donnant les célèbres wah-wah et transformant les guitares en véritables synthétiseurs à cordes grattées. Les plus belles années du renouveau du jazz – le « jazz » non pas comme un genre, mais comme un état d’esprit – ont vu les sorties des albums Faces in Reflection (1974), Fell (1974), Liberated Fantasies (1976) ou encore The Dream / Solo Keyboard Album (1976) chez MPS Records, où Duke sera plus prolifique que jamais, sans ne jamais altérer la qualité de ses prestations. En 1977, il signe avec le légendaire label Epic Records (The Jackson 5, The Isley Brothers, ABBA, Luther Vandross…) et dès le premier album, le ton est donné. From Me To You s’ouvre avec un tremblement sourd percussif, une véritable marche héroïque accompagnant la voix haut perchée du maître, pour s’enchaîner sur Carry On, un morceau résolument funk et emporté par des solistes fous furieux. L’album est par ailleurs entrecoupé de morceaux extraordinairement structurés, comme Seasons, auprès d’un certain Stanley Clarke à la contrebasse… sans transition, la période fabuleuse de Duke a débuté.

Regardez : George Duke – ‘Scuse Me Miss

Avec Epic Records arrive la reconnaissance du grand public et des albums merveilleusement funky ; le « vrai » funk, celui avec une touche de rock, des solos, de l’improvisation, des morceaux instrumentaux, des synthétiseurs programmés jusqu’à tard dans la nuit, des rythmes brésiliens, des chansons sans couplet ni refrain (ça serait trop facile !), des bassistes de génie et des titres emblématiques restés dans l’Histoire, comme Reach for It (1977), Dukey Stick (1978), Party Down (1979) ou encore le surprenant I Love You More (1979), repris vingt ans plus tard par le duo français Daft Punk (Digital Love, 2001). On en oublierait presque la boite à tubes que représente l’album Dream On (1982) avec son fameux Shine On, l’un des plus célèbres hymnes funk des années post-70, où le génie mélodique de Duke vous explose au visage et vous hante jusque dans votre sommeil.

Regardez : George Duke – I Love You More

Tout le long de sa carrière, George Duke aura également collaboré à une quinzaine d’albums avec l’incroyable et farfelu guitariste Franck Zappa, mais aussi avec Quincy Jones (notamment l’album « hall of fame » Back on the Block en 1989), Al Jarreau, Cannonball Adderley et bien d’autres : plus de cent albums en tant que « sideman », un héritage fait d’explorations musicales qui auront connues leurs heures de gloire auprès d’un des grands artisans du genre, Stanley Clarke. Certains, dont votre serviteur, le considèrent comme le plus grand bassiste de l’histoire ; compositeur surdoué (y compris au cinéma, tout comme Duke) et grand sorcier des expérimentations musicales. Leur rencontre date du début des années 70 dans un festival européen, où Clarke tournait avec Return to Forever, le groupe crépusculaire de Chick Corea. Les deux fameuses coupes afro se reconnaîtront l’un l’autre au détour d’un couloir et finiront par collaborer sur leurs albums respectifs, jusqu’à la production de l’album The Clarke/Duke Project chez Epic Records en 1981. Une perle du genre, avec son énième reprise de Louie Louie de Richard Berry, des morceaux « à la Clarke » (Winners), des morceaux « à la Duke » (dont l’un de ses plus grands succès, Sweet Baby) et bien sûr des morceaux quatre-mains exceptionnels (Wild Dog, Let’s Get Started). Un album incontournable s’il en est, et l’une des collaborations les plus importantes des années 80. Deux albums suivront en 1983 et 1990, explorant davantage les méandres de la musique électronique et flirtant toujours plus près des sonorités rock.

Regardez : George Duke, Stanley Clarke, Herbie Hancock – Improvisation

Les années 80 voient arriver un son résolument plus moderne, plus « fabriqué » où l’électronique règne en maître. Nous sommes dans la période « Future Shock » de Herbie Hancock et son tube planétaire Rockit (1983), où même des artistes comme Stevie Wonder sont critiqués pour l’emploi abusif de synthétiseurs. Des albums comme George Duke et Night After Night, malgré des pochettes plus sages et moins funky, ne seront pas moins perturbants musicalement mais pas dénués d’intérêt. Duke profite également de cette période pour signer une belle collaboration avec Miles Davis et Marcus Miller (Tutu en 1986) ou encore produire de très nombreux titres avec de nombreux artistes. L’album Snapshot (1992), premier d’une série de six chez Warner Records, représente l’apogée de cette période de transition, salué par un énorme succès. Suivra quelques temps plus tard l’incroyable album Muir Woods Suite, où les sonorités funk et soul laisseront place à la plus pure tradition du jazz écrit et structuré, enregistré au festival de Montreux en 1993 avec Stanley Clarke et L’Orchestre National de Lille, retravaillé en studio pour une sortie en 1996, et qui est probablement l’un des plus beaux albums jazz de cette décennie. Cette réflexion et cette évolution, George Duke ne cessera de l’avoir à partir de cette période. À 50 ans, il signe Is Love Enough?, renouant avec les sonorités acoustiques, le soul et les traits caractéristiques du jazz classique. Les albums suivants se font plus rares, plus posés, plus construits, et nous retrouvons même Sweet Baby en version piano/voix dans l’album In A Mellow Time en 2006. Signant parmi les plus beaux groove des années 2000 (Face the Music en 2002, Dukey Treats en 2008), son dernier album, Dreamweaver (2013), est probablement sa plus grande réussite : plusieurs années de gestation pour un mélange jazzy, funky, groovy, où l’électro-acoustique, par petites touches, n’a jamais aussi bien sonné, tout comme sa voix de tête toujours aussi dansante, et où nous retrouvons l’un de ses amis les plus chers en la personne de Stanley Clarke. L’album sera classé meilleure vente « jazz », même si cette classification fait de l’ombre au génie éclectique de cet album hors du commun.

Regardez : George Duke – Dreamweaver

Parti bien trop tôt, Duke est l’un de ces artistes qui marque autant par sa présence que par sa musique. Sur la fin de sa vie, entre deux sorties d’albums, il n’oubliait jamais de s’amuser sur scène, ne perdant pas de vue l’objectif de sa musique : George Duke est et restera l’un des plus grand musicien de cœur de notre époque.

Regardez : George Duke, Marcus Miller – Reach For It

Pour aller plus loin :

Découvrez : les One Night Stand Sessions

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Bon, tous les enfants dehors ! Nous allons parler de choses de grands là, de relations choisies et éphémères entre adultes consentants, alors il ne faut pas que cela tombe dans de chastes oreilles. En effet, nous voulions vous présenter le concept très intéressant des One Night Stand Sessions, dont le premier épisode a été dévoilé sur la toile le 23 septembre dernier. L’idée est simple vous l’aurez compris, des artistes se rencontrent pour une nuit, pour un titre sans lendemain et après chacun reprend sa route. Cette idée vient de Bad#Diez et Uptone Records : ils créent ces rencontres et de là naîtra un maxi vinyle en édition limitée, et ne dit-on pas souvent que c’est la rareté des choses qui en fait leur valeur ?

Pour la première édition, c’est Benjamin Siksou et HornDogz qui ont passé la nuit ensemble. Ces deux groupes auraient sans doute eu du mal à se croiser en temps normal mais la magie de One Night Stand Session en a décidé autrement. 20 ans d’écart les séparent et des histoires complètement différentes aussi, mais ils ont le même amour du vinyle, de la funk et de la soul alors le mix ne pouvait que fonctionner. Quand les HornDogz enflammaient avec la Malka Family les scènes de France comme messie de la funk française dans les années 1990, Benjamin fêtait à peine ses 10 ans et se destinait plus à une carrière de tennisman que de chanteur ! Pendant que les uns accompagnaient les plus grands artistes soul, reggae ou funk hexagonaux et internationaux, Benjamin aiguisait une énorme culture musicale, faisait ses armes dans les clubs de jazz parisiens comme auteur, compositeur et interprète avant de passer par la case Nouvelle Star où il se fera découvrir par le grand public. Nous vous avions bien dit qu’ils avaient des histoires complètement différentes ! C’est donc avec plaisir que nous vous laissons la possibilité de découvrir le résultat de cette collaboration sans lendemain dont nous vous laissons vous délecter sans plus tarder.

Regardez : Benjamin Siksou & HornDogz – Cab Calloway’s Flow

Pour aller plus loin :

Retour sur notre découverte d’Hyleen Gil

HYLEENGIL_HEADER-ARTICLESHier soir, nous étions au China, ce joli bar/restaurant qui offre une jolie scène pour de jolies artistes (oui tout est joli aujourd’hui). En l’occurrence la jolie artiste d’hier soir c’est Hyleen Gil et elle a plusieurs cordes à son arc. Elle chante, évidemment, joue de la guitare – elle en joue vraiment, pas seulement deux ou trois accords – elle écrit et compose aussi. Ce qui fait d’elle une artiste complète qui a déjà deux EPs à son actif et que nous avons eu le plaisir de découvrir.

Grande amoureuse de soul et de funk, elle a su appréhender ces styles musicaux pour les intégrer dans son monde à elle sans en faire de pâle copie. Son premier maxi, Welcome, sorti en novembre 2012 en fait une belle démonstration. Il est composé de deux de ses titres, Just A Smile et Believe que nous avons eu la chance d’entendre en live hier ; des chansons qu’Hyleen Gil défend aussi bien en digital que sur scène. Sur Just A Smile nous avons également la possibilité de l’entendre rapper et elle le fait très bien. Believe est hyper funky et vous donnera une pêche d’enfer c’est sûr. Nous avons également eu droit à un mashup entre deux chansons de Barry White et Lenny Kravitz. Là encore, on a adoré.

Ecoutez : Hyleen Gil – Welcome EP

Hier soir, nous avons également entendu des morceaux de son deuxième EP, Elusive, sorti en mars de cette année, moins dansant car beaucoup plus posé mais il n’en est pas moins bon, loin de là. Le maxi est composé de reprise telles qu’American Boy d’Estelle dans une grande douceur presque jazzy, de Georgy Porgy d’Eric Benét tout en retenue, de notre Javanaise qui est une chanson loin d’être facile a interpréter de laquelle ressort une belle émotion avec ce piano-voix et enfin Baby Love des Supremes revisité de façon très moderne mais qui reste toujours très soul. Bref, vous l’aurez compris du très joli travail et un très joli coup de cœur pour nous.

Sur scène, Hyleen Gil semble plus à l’aise derrière sa guitare que sans elle, mais l’artiste n’en est pas moins généreuse pour autant. Ses musiciens la portent également avec talent, au piano Philippe Arcostanzo, à la basse Ben Asnar et à la batterie (en format numérique réduit) David « Fingers » Haynes qui a pu nous montrer l’étendue de son talent et de sa dextérité sur son pad magique. Pas étonnant qu’il ait déjà joué pour des artistes comme Prince, Mary J Blige ou Frank McComb. Tous les quatre ont formé une formation géniale et nous ont offert une belle soirée. Nous garderons une oreille attentive à la suite des aventures d’Hyleen Gil et nous vous invitons à faire pareil.

Pour aller plus loin :

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