Après son premier album en solo, Jeune à la retraite, récompensé par un disque d’or, l’ancien du Saïan revient avec un nouvel opus. Une galette dans lequel il semble régler beaucoup de comptes.
Égal a ce qu’il nous disait lorsque nous l’avons interviewé, Féfé annonce la couleur dès le morceau d’ouverture de l’album, Lalala Song (Ou Le Chant D’Une Etoile). Il n’est pas là pour donner ce que veut la masse mais bien pour faire ce que lui plait, ce qui le touche. L’album est clairement porté par ses ballades, la première parmi toutes est clairement Parodie, un morceau très entraînant que l’on imagine aisément repris en chœur par son public en concert. Une chanson optimiste sur les difficultés de la vie, bien loin des clichés du « star system », il fait définitivement réaliser que Féfé a une vie normale et paie des dettes comme tout le monde.
Ecoutez : Féfé – Parodie
Amours, patrie, amitiés sont autant de thèmes qui semblent inspirer Féfé. Dans Nous, il pointe du doigt tous nos travers qui nous empêchent de nous remettre en question. Une introspection, bonne si elle ne nous conduit pas au formatage, une chose qu’il refuse en l’exprimant dans Cause toujours.
Et comme pour beaucoup d’hommes, la paternité lui tient à cœur dans sa vie de jeune à la retraite, alors il dédie une chanson à ses enfants, chanson touchante et pleine d’humilité.
Ecoutez : Féfé – La Somme
Ailleurs est un morceau qui tranche avec le reste de l’album. Sur une sonorité reggae, Féfé parle du fait que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs et que notre bonheur est souvent là, juste devant nous. L’album se finit sur Doux Pays, énième et douce ballade mais pourtant très agréable a écouter et qui confirme que l’artiste est doué pour créer des mélodies et refrains efficaces, que l’on se surprend a fredonner dès la première écoute.
Pour résumer, ce Féfé-là est bien loin de celui que l’on a connu à l’époque du Saïan, un artiste qui a fait du chemin et qui semble donner un peu plus de sa personne à chaque nouveau projet pour se dévoiler toujours un peu plus par la même occasion.
Près de sept ans après son magnifique Futuresex/Lovesounds, Justin Timberlake revient enfin sur le devant de la scène. Qui aurait parié que le gamin du Mickey Mouse Club deviendrait un tel artiste ? The 20/20 Experience nous promet de jolies choses. D’abord parce que Justin Timberlake sait s’entourer. Un album toujours produit par son acolyte Timbaland et un premier single en featuring avec Jay-z dont le clip est réalisé par David Fincher. C’est ce qui s’appelle un carnet d’adresse. Un titre-phare où Timberlake joue les Barney Stinson : en costume et toujours le bon mot pour parler aux femmes. Un morceau qui ne manque pas de sensualité et qui donne envie de bouger le bassin sur le dancefloor. On vous en a déjà parlé mais on ne s’en lasse pas…
Regardez : Suit & Tie de Justin Timberlake
Cet album est de ceux faits pour être écoutés de A à Z, sans pause pipi autorisée. Comme dans un film, tout s’enchaîne sans poser de questions. Des chansons a écouter jusqu’à la dernière seconde, en dehors de l’habituel format radio. Ici, comme dans Futuresex/Lovesounds, les morceaux ne durent pas moins de cinq minutes pour notre plus grand plaisir. Les deux « Tim » réussissent encore un coup de maître puisqu’il est impossible de ranger cet album sous une étiquette spécifique. Une sorte d’OVNI où Timberlake fait l’équilibriste entre R&B, soul et pop. Et, ô surprise ! enfin un artiste qui ne surfe pas sur la vague du « tiens, si je mettais un peu de dubstep pour voir ». Amen ! Clairement, Justin Timberlake ne démord pas de son statut de lover invétéré. Il remet une couche de sexe et de sensualité partout où il passe. Futuresex/Lovesounds n’était finalement qu’un préliminaire musical façon JT. Cette fois-ci, Justin nous montre toute son expérience et en grande pompe. Un album qui pourrait être une sorte de déclaration d’amour à sa belle, Jessica Biel. Cependant, certains lyrics de l’opus ne trompent personne et le double sens est parfois omniprésent. Par exemple, dans des morceaux comme Spaceship Coupe où il dit simplement « I’m going to take you to the moon » (littéralement « je vais t’emmener sur la lune ») avec un fond sonore plus qu’explicite ou encore dans Strawberry Bubblegum où vous pourrez vous faire votre propre avis sur ce qu’il compare à une sucette à la myrtille ou à un chewing-gum à la fraise. Rassurez-vous, cet album n’oubliera pas de vous faire danser. Au cas où vous n’auriez pas eu envie de bouger sur Suit & Tie, on continue avec un morceau rythmé par des percussions et un refrain qui font bouger la tête et où l’on retrouve d’ailleurs la voix de Timbaland.Don’t Hold The Wall est un véritable ordre à aller se déhancher. Un peu plus loin Let The Groove Get In nous rappelle quelque peu la voix et les sons enivrants de Jamiroquaï. Ce titre nous envoie sur une autre planète où l’on voudrait rester pour la vie avec sa prod aux airs latinos (Lorie, sors de cet article) qui groovent dès la première seconde du morceau.
Écoutez : Let The Groove Get In de Justin Timberlake
La romance, sujet principal de tout cet album, est particulièrement bien relevée lorsqu’il s’agit de That Girl où la musique nous emmène dans l’univers de la soul. Un peu dommage que ce soit la chanson la plus courte de l’album (qui fait tout de même près de cinq minutes), on en aurait bien demandé un peu plus. Dans un lointain mirage on aperçoit l’influence d’un artiste emblématique tel que Prince, autant dans le son que dans la voix du chanteur. L’album se conclut sur deux morceaux plus posés avec d’abord Mirrors, le second single extrait de The 20/20 Experience qui tourne sur toutes les radios. Ici, on retrouve un peu de l’ancien Timberlake, avec un beat comme Timbaland sait si bien les faire. Une prod rythmée par le beatbox auquel sont alliés des cordes et un refrain qui rentre en tête pour ne pas en sortir avant longtemps. Une chanson pleine de jolies surprises qui se dégustent au fur et à mesure de l’écoute. La fin du morceau se délie entre un fond rapé de manière assez robotique et la voix perchée de Justin Timberlake qui charme encore une fois ses proies.
Regardez : Mirrors de Justin Timberlake
Suit Blue Ocean Floor, un titre onirique qui clôture l’album à merveille. Plein de mélancolie avec une mélodie un peu entêtante, on échappe aux codes habituels de la chanson avec les couplets entrecoupés de refrain. Cette chanson vient nous porter comme dans un rêve, doucement. The 20/20 Experience s’écoute comme une histoire d’une heure dix pleine de sensualité. A l’image d’une soirée qui commencerait doucement (avec Pusher Love Girl) et qui au fur et à mesure deviendrait de plus en plus énergique à l’image de Let The Groove Get In pour finir dans un lit, des rêves pleins la tête au son de Blue Ocean Floor. On ne donnerait peut-être pas 20/20 à cet album mais ce retour de Justin Timberlake est plus que réussi. On ne peut, bien sûr, pas nier le très bon travail de Timbaland dans tout ça, c’est un duo qui fonctionne encore et toujours. Reste à attendre vos avis sur la question. Disons qu’on se retrouve dans six ans pour le prochain album ?
Au coeur d’un hiver en tous points londonien, c’est bien d’Angleterre que viennent les premiers rayons de soleil de cette année 2013. Lady s’accorde au pluriel, puisque la dame est en fait duo, deux ladies que l’on découvre dès l’aube d’une année nouvelle. Nous n’allons pas les présenter à nouveau, mais on peut d’ores et déjà vous dire que Nicole Wray et Terri Walker sont complémentaires. L’album qui vient tout juste de sortir porte le nom de cette alliance des plus efficaces. Lady donc, se compose de 11 pistes et vous allez vite comprendre pourquoi nous avons adoré.
Le ton est donné dès les premières secondes, puisque la soul transpire de chaque note. Les deux voix se mêlent rapidement à la symphonie lancée par Tell The Truth, chacune avec ses subtilités, l’une plutôt dédiée aux choeurs quand l’autre s’attribue des couplets plus rythmés. Les deux se rejoignent sur un refrain qui ne laisse aucun doute sur le talent des Lady. C’est Money qui prend la suite avec la même formule, cette fois appliquée à une chanson plus légère et fraîche que la précédente qui lorgnait du côté de la mélancolie romantique. Cette chanson a presque tout d’un classique, intemporelle, on peut facilement la dater du siècle précédent, tout en appréciant la modernité de l’enregistrement.
Ecoutez : Money – Lady
Cette impression de nostalgie appliquée aux méthodes des temps présents se fait en fait ressentir sur la totalité du disque, tout en laissant une place à la diversité apportée par les voix du duo, mais également par des orchestrations de grandes qualités. Il est en fait difficile de croire que nous sommes face à un premier disque, à l’écoute de certaines chansons comme Hold On, mais quand on s’intéresse aux parcours solo des deux dames, il n’y a franchement rien d’étonnant.
Si on se complait dans notre amour de la vieille soul remise au gout du jour par Lady on se rend bien compte que les deux chanteuses sont bien ancrées dans leur époque. Pour preuve le clip de Get Ready qui les montre bouger au rythme de leurs voix dans un quartier du sud de Londres, habillées comme de vraies dames modernes. Un vrai plaisir pour les yeux et les oreilles.
Regardez : Get Ready – Lady
C’est en fait bien le but affiché dès la création du duo par le label de Brooklyn, Truth & Soul, que de faire revivre cette soul qui manque à beaucoup de monde. Celle des années 60, qui alternait sans problème entre la légèreté et la tristesse d’une histoire d’amour. Par exemple, Karma fait parti de ces chansons à la tristesse lancinante qui se rapproche parfois du jazz dans sa musicalité, tout en laissant toujours le leadership aux voix. Parce que si les voix sont exceptionnelles, il faut louer la qualité des musiciens et des compositions qui tissent la toile de fond sur laquelle les chanteuses ont tout le loisir de venir s’exprimer. Sweet Lady démontre par ses changements de ton et de rythme, la virtuosité des musiciens qui alternent sans discontinuer entres les différentes émotions que veulent faire passer les chanteuses. Parfois une certaine ironie s’empare de la composition des chansons, comme sur Please Don’t Do It Again qui pourrait faire croire à une chanson guillerette, alors que les mots chantés sont assez durs derrière cette légèreté.
Les faux pas sont rares, mais comme il faut un peu contrebalancer la réussite de Lady, on peut regretter certaines chansons un peu moins marquantes comme Good Lovin qui peine à nous atteindre quand Waiting On You, la conclusion de l’album,en fait un peu trop dans le déversement d’émotions, sans que les instruments rattrapent le fil à cause d’un mixage sonore un peu raté. Entre ses deux chansons on trouve la plus moderne mais néanmoins plaisante Habit qui délaisse un peu la vieille soul pour ressembler un peu plus aux premières chansons d’Alicia Keys, ou encore à certaines sonorités qu’on retrouve chez Lauryn Hill.
C’est l’avant dernière piste que l’on retient pour conclure notre critique, car If You Wanna Be My Man se place assez bien entre les deux époques, à l’image de ce duo qu’on prend un vrai plaisir à découvrir. Vous l’avez bien compris, le premier contact avec Lady est plus que concluant car elles se placent sur un segment un peu oublié par les nouvelles chanteuses de soul. Cette soul ancienne que l’on retrouve avec le plus grand plaisir grâce aux méthodes d’enregistrements modernes qui confèrent encore plus de charme à cette musique. Enfin soulignons le talent des deux chanteuses, à qui nous souhaitons toute la réussite du monde, et pour les soutenir il ne faut pas hésiter à rejoindre leur page Facebook.
Le grand jour est arrivé : celui de faire profiter vos oreilles d’un album qu’on considère chez STO comme l’un des immanquables de l’année et qu’on attend impatiemment depuis 2012. Pili Pili sur un Croissant au Beurre, premier album solo de Gaël Faye est dorénavant disponible et on vous le recommande vivement. Après son EP sorti en juin dernier, cet album 15 titres est l’occasion de prendre une nouvelle fois conscience des qualités d’écriture de Gaël Faye. Introspectif, dynamique, poétique… Les qualificatifs sont nombreux pour parler de Pili Pili sur un Croissant au Beurre, un album axé sur plusieurs thèmes.
Son métissage et son histoire personnelle d’abord : le Burundi, l’Afrique, la France, l’Europe. De l’ouverture de l’album avec A France au titre éponyme, en passant par Petit Pays ou Président, Gaël utilise sa plume affûtée pour faire passer le message : celui qui était « en recherche chromatique » sur Metis fait le bilan des évènements qui ont marqué sa vie jusqu’à aujourd’hui. Il n’oublie pas de dénoncer les politiques, entre coups d’état et démocratie discutable, tout en gardant cette once d’espoir que la situation changera bientôt. Sur Bouge à Buja, Gaël Faye relâche la pression et avec ce titre dynamique et dansant, il rend hommage à sa ville, Bujumbura. Avec Blend featuring Tumiou Charivari, l’album nous propose des titres plus légers et très rythmiques, sur lesquels le MC se fait plaisir et ne joue pas qu’avec les mots mais aussi avec son flow.
Sur son album, Gaël Faye se livre énormément et avec Isimbi et Ma Femme, il laisse l’auditeur entrer dans son cocon familial. Isimbi, pleine de douceur et appuyée par les refrains chantés de Ben l’Oncle Soul, laisse la paternité prendre une place visiblement indispensable, véritable révolution ou évolution dans la vie du couple qu’il forme avec « Ma Femme ». Plus que le coup de cœur de la rédaction de Soul Ton Oreille, Ma Femme est une déclaration d’amour comme on n’en a rarement entendu : avec un instrumental puissant, on regrettera presque que le morceau ne dure que 2:39. Mais quelles 2:39 !
Du début à la fin, Gaël fait l’éloge de sa muse, sa moitié, sa femme et on ne saurait choisir une mesure pour exprimer tout ce que le titre contient, mais si on devait en retentir une, on s’arrêtera peut-être sur « ma femme j’en ferai des disques, des films et des bouquins, c’est la goutte de sang dans l’océan qui rend fou les requins ».
Sur Qwerty, Gaël revient sur son passé d’expatrié à Londres et les choix à faire, à travers le personnage principal de son morceau : prendre la décision du métro-boulot-dodo en toute sécurité financière face à un clavier et un ordinateur, ou celle de la vie de bohème avec l’envie d’être un artiste derrière un piano. Avec Fils du Hip Hop et son instru presqu’oppressante, Gaël Faye se questionne sur la place et l’évolution de ce genre qu’on affectionne tant, d’une musique underground qu’on aurait presque cachée ou bannie à un genre auquel on accorde quelques lettres de noblesse mais qu’on laisse toujours de côté, par peur ou par méconnaissance de ses qualités.
Avec une moitié de Milk, Coffee & Sugarcachée pas très loin à la production de plusieurs morceaux, cet album est dans la continuité du travail du duo, que ce soit dans le contenu ou les productions. Travaillé et diversifié (donc pas forcément à 100% homogène), rythmé et percutant, Pili Pili sur un Croissant au Beurre donne un résultat comme on l’aime : métissé. Si vous n’êtes pas encore convaincus (mais on vous voit déjà chanter là-bas dans votre coin et avec entêtement « Pili pili pili pili… »), on laisse le dernier mot à Gaël Faye, que Soul Ton Oreille a pu rencontrer avant la sortie de l’album.
Alicia Keys est un mirage. Apparue parfaite dans un genre musical légèrement désert il y’a de cela une décennie, elle insuffle un vent nouveau de par la simplicité de sa musique. Un piano, une voix et une plume, c’est tout ce qu’il faut à la chanteuse prodige pour se hisser en haut de tous les sommets à la sortie de son premier album Songs In a Minor. Cette perfection elle l’atteint grâce une sincérité et un talent que l’on retrouve deux ans plus tard dans The Diary of Alicia Keys.
Malheureusement Alicia Keys se lance ensuite dans divers projets (cinéma, livres…) qui l’éloigneront quatre longues années des studios. Quand elle revient avec As I Am, la magie musicale n’opère plus, on en a fait une reine de beauté superficielle à l’écriture anodine, les ventes suivent forcément avec une telle réputation mais le mirage s’est dissipé, sa musique n’innove plus (en dehors de quelques chansons remarquables) et durant son absence d’autres chanteuses se sont placées sur le même créneau avec succès, rendant la musique d’Alicia Keys presque banale et plus commerciale.
Avec The Element of Freedom, elle tente à nouveau d’imposer sa musique, en essayant de la rendre plus massive, plus pop, elle touche un public toujours plus large, mais les productions étouffant sa voix elle ne connaît pas un réel succès critique. Pourtant engagée dans de nombreuses causes humanitaires, on ne ressent pas non plus vraiment cette envie de se battre dans ses chansons. Son talent est loin d’être exploité.
On a donc fini par imaginer Alicia Keys perdue après l’éclosion de chanteuses comme Adèle, qui rafle toutes les récompenses avec une musique très proche de celle offerte au commencement par Alicia Keys. Pourtant, aujourd’hui encore, quand on me demande de fredonner une chanson, ce sera toujours les quelques notes de Fallin’ qui feront vibrer mes cordes vocales, et son disque Unplugged tourne toujours de temps à autres dans nos lecteurs de musique.
C’est pourquoi un peu plus d’une dizaine d’années après les débuts d’Alicia Keys, on s’interroge sur ce Girl On Fire qui s’annonçait entre retour aux sources et réelle introspection vers une nouvelle évolution. Alors nous l’avons écouté, pour mieux vous le raconter.
Subjugués par sa voix, on oublie souvent qu’Alicia Keys est avant tout géniale au piano. C’est pourquoi elle s’évertue à introduire chacun de ses albums par une courte mélodie dénuée de toutes voix. Ici le titre latin De Novo Adagio suggère la nouveauté, pourtant les notes poussent à la mélancolie. Rapidement les notes s’accélèrent, une voix apparaît pour nous confirmer un changement avec Brand New Me, une nouvelle Alicia Keys affirme avoir trouvée une nouvelle liberté. Bien aidée à la conception par Emeli Sandé, on arrive à apercevoir la touche de douceur explosive apportée par la britannique. Une fracture est établie verbalement avec le passé, pourtant Alicia Keys passe la totalité de la chanson à rassurer son interlocuteur, estimant ce changement pas si grave. En tout cas c’est avec une nouvelle coupe de cheveux qu’elle se montre dans un clip assez classe.
Regardez : Brand New Me – Alicia Keys
Malgré cette belle introduction, Alicia Keys retrouve la cacophonie décriée lors de la sortie de son dernier album. When It’s All Over est beaucoup trop bruyante, la voix croule sous le poids de la musique et des effets sonores. On n’a même pas envie de se concentrer sur ce qu’elle dit, on veux juste passer à la chanson suivante. Jamie XX, à la production, nous avait pourtant habitué à mieux. Enfin passons à la fin de la chanson le temps d’entendre le fils d’Alicia Keys, Egypt, rendre sa mère heureuse. Seul moment agréable d’une chanson épuisante.
Ça ne va pas s’arranger tout de suite puisque le piano reste au placard sur un Listen To Your Heart qui se présente dans un style qui ne sied absolument pas à la chanteuse, incapable d’exploiter sa voix sur cette mélodie trop pesante et rapide. Les paroles toujours totalement anodines vous disent d’écouter votre coeur, comme un million d’artistes l’ont déjà fait. Et puis vient le massacre de Swizz Beatz et Dr. Dre, qui semblent vouloir faire d’Alicia Keys la nouvelle Rihanna le temps d’un New Day qui nous exaspère au plus au point, mais qui plaira surement aux fans de cette nouvelle soupe qui nous accable.
Pire, Nicki Minaj s’invite sur une version Inferno de Girl on Fire et si on avait pas déjà entendu la version originale c’est à ce moment précis que l’on aurait stoppé notre écoute et tiré un trait sur Alicia Keys. Pour se rassurer on se met le clip de la version originale tout de suite, largement moins bruyant, Alicia Keys arrive à exprimer la puissance de sa voix.
Regardez : Girl on Fire – Alicia Keys
Arrivés à la moitié du disque, la flamme d’espoir tend à s’éteindre, c’est pourtant là que le bruit cesse et commence à faire place aux douces mélodies qui vont si bien à Alicia Keys. Fire We Make est un échange sensuel entre la belle et Maxwell, qui viennent légèrement raviver la flamme. Suit Tears Always Win et l’on retrouve définitivement la voix puissante qui nous a abandonné depuis Brand New Me. Écrite par Bruno Mars, la chanson triste sur le papier ne l’est pas vraiment musicalement, on a alors du mal à croire en la sincérité du propos mais passons.
Not Even A King nous permet de retrouver Emeli Sandé à l’écriture, et on peut dire que la présence de la chanteuse lors de l’élaboration de ce disque semble salvatrice. Ici le piano reprend sa place de choix, la voix d’Alicia Keys se remet à s’amuser avec les différentes octaves. Les paroles signalent que l’argent ne fait pas le bonheur avec un certain style dans l’écriture qui s’avère très plaisant puisqu’abordant l’adage avec une réelle émotion amoureuse. L’amour, quasiment toujours au centre de cet album, ne déroge pas à la règle sur la ballade That’s When I Knew.
Peut-être la seule fausse note de cette seconde partie d’album, Limitedless vient lui s’aventurer sur les plates-bandes de Béyoncé, mais force est de constater qu’Alicia Keys est limitée quand elle s’aventure en dehors de ses ballades. La chanson qui suit était attendue. Frank Oceanà l’écriture de One Thing arrive à rendre les paroles de la chanteuse un peu plus travaillées qu’à son habitude, et malgré une voix qui n’exploite pas sa puissance, elle arrive à séduire sur cette ballade très douce et surtout intéressante à l’écoute grâce à des mots qui s’écoulent sans tourner en boucle comme trop souvent sur ce disque.
Vient la conclusion, qui s’avère également être la chanson la plus belle de ce disque. Vous ne serez pas étonnés de retrouver à nouveau Emeli Sandé à l’écriture de 101. Une chanson qui laisse pour la première fois transparaître une tristesse sincère et au combien magnifique pour conclure.
Ce Girl On Fire est un album qui nous laisse un sentiment plus que mitigé, sans la présence d’Emeli Sandé et quelques autres artistes en soutient à l’écriture, Alicia Keys fonçait droit dans le mur, jouant avec le feu en s’essayant à des choses qui ne lui vont pas. Swizz Beatz doit comprendre par exemple que sa femme n’est pas Rihanna ni Beyoncé, elle est bien plus talentueuse au piano que n’importe quel autre artiste de la scène R&B. C’est bien sur ce point qu’il faut insister à l’avenir et arrêter de vouloir la placer dans l’air du temps. Alicia Keys est une artiste hors norme qui n’a guère besoin de s’adapter à la soupe moderne pour vendre. Peut-être aussi faudrait-il déléguer l’écriture des chansons un peu plus souvent quand on s’aperçoit que la plume d’Alicia Keys a tendance à tourner en rond, peut-être trop heureuse pour écrire avec sincérité aujourd’hui comme il y’a dix ans. Oui, souvenez-vous quand Alicia Keys n’était pas encore un sex-symbol.
Regardez : Fallin’ – Alicia Keys
Cet album se divisant en deux parties, l’une exécrable et l’autre agréable, on va devoir encore attendre un peu avant de savoir la direction choisie par Alicia Keys pour son avenir musical. En attendant, pour tout connaître sur les dates de sa tournée et puis sur tout ce qui concerne la chanteuse en général, rendez-vous sur son site officiel très réussi.