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Chronique: Frank Ocean – Je zappe et j’écoute

Frank Ocean - Channel Orange sur Soul Ton OreilleFrank Ocean est plus populaire que jamais. Depuis ses récentes révélations sur lesquelles nous essayerons de ne pas trop revenir afin de vous éviter une overdose de sa vie privée, l’artiste dont on déplorait l’absence dans les médias est devenu en l’espace de quelques semaines l’un des sujets favoris des magazines. C’est dans cette agitation médiatique que le mystérieux crooner du collectif Odd Future délivrait Channel Orange, son premier opus.

Décidément Frank Ocean ne fait pas les choses comme tout le monde. Si l’on s’attendait à ce qu’un album soit délivré au cours de cette année, l’exilé de la Nouvelle-Orléans surprenait en annonçant l’arrivée de Channel Orange. Il faut dire que l’opus succédant à l’encensé Nostalgia Ultra qui élevait la barre à un certain niveau, était très attendu. En 2011 le projet avait fait l’exploit de gagner l’intérêt d’un public étendu sans l’appui de major, Frank Ocean étant signé chez Def Jam, il s’était alors bâti une réputation dans l’industrie musicale sans l’aide de son label. Mais il s’agissait à l’époque d’une mixtape, si ce projet avait rencontré un tel succès sans exposition de son auteur, cette fois l’enjeu est plus important. L’artiste bien que respecté par un public underground n’est pas encore établi, et prend un risque en annonçant à peine plus d’un mois à l’avance la date de sortie d’un album dont aucun extrait n’a été joué en radio en amont afin de préparer le terrain comme on peut le voir dans une campagne promo plus conventionnelle.

Frank Ocean Channel Orange sur Soul Ton OreilleCelui qui s’est fait tout seul continu dans sa lancée et organise une session d’écoute de Channel Orange. Dans un studio new-yorkais où il invite quelques journalistes, l’artiste projette l’opus en avant première sur son ordinateur portable. Les journalistes furent assez étonnés de cette manière de faire et se prêteront alors à un jeu de devinettes. S’ensuivit ensuite une floraison de chroniques imprécises où les critiques inventeront des titres de chansons (pour la défense de Frank Ocean la tracklist voguait sur la toile depuis plusieurs semaines) et partageront leurs interprétations approximatives des textes. Mais une chronique retiendra particulièrement l’attention des internautes. Une journaliste présente lors de la session conclue de sa première écoute, que Frank Ocean fait son coming out à travers Channel Orange. Les textes des titres Bad Religion, Pink Matter et Forrest Gump lui mettront la puce à l’oreille. La rumeur se propageant, l’artiste se sentira obligé de s’expliquer sur ses orientations sexuelles dans une lettre qu’il publiera dans son Tumblr. À partir de là il subit comme un regain d’intérêt général, la révélation a l’effet de multiplier sa base de fan. Comme l’a si bien dit Nas (dont une collaboration avec Frank Ocean prévue pour être intégrée à l’album Life Is Good, a malheureusement été perdue avant que le projet n’aboutisse et donc ne sera jamais entendu par nos oreilles déçues), « focalisons nous sur sa musique car il s’agit de musique avant tout ! ».

Regardez: Frank Ocean – Pyramids (Extrait)

Une première écoute nous permettra de constater qu’une structure semblable à Nostalgia Ultra a été dressée dans Channel Orange. Si dans sa mixtape le principal élément qui exprimait la nostalgie était ses interludes au cours desquelles on pouvait l’entendre rembobiner une cassette audio, sur Channel Orange les entractes nous laisse imaginer un personnage zappant les chaînes de son poste de télévision peut-être portable puisque certains indices sonores nous permettent de le situer dans un véhicule. Channel Orange démarre alors que le poste de télé se met en route, une partie de Street Fighter en cours introduira Thinking About You. Si l’on a découvert la démo de ce titre écrit à l’origine pour Bridget Kelly il y a près d’un an, c’est en avril dernier que Frank Ocean exploitait commercialement le morceau en tant que premier single de l’opus. L’artiste ressortait alors la vidéo à la cinématique mystique pour l’occasion.

Regardez: Frank Ocean – Thinking About You

Le court Sierra Leone qui suit Fertilizer, interlude qui aurait bien pu faire un morceau complet, retient notre attention. Si le titre porte le nom de ce pays d’Afrique célèbre pour ses mines de diamant mais aussi pour ses guerres, le texte semble cependant être une métaphore qui raconte la conception d’un enfant. Vient ensuite Sweet Life dévoilé comme le troisième extrait de Channel Orange, titre sur lequel Pharrell Williams apporta sa contribution. La première apparition d’un de ses confrères de Odd Future se fera sur Super Rich Kids. À l’époque où Frank Ocean présentait ce morceau sur scène, son intitulé restait encore incertain, aujourd’hui un couplet de Earl Sweashirt le plus jeune membre de OFWGKTA (aussi considéré comme le rappeur le plus brillant du collectif), est ajouté à la version finale. Place maintenant à Pyramids qui se fond bien dans l’opus, c’est un single de dix minutes qui se scinde en deux parties. La première sur un fond d’électro et de RnB narre à première vue les aventures de Cléopâtre, figure de l’Égypte antique, mais certaines interprétations viendront expliquer qu’il s’agit là d’une illustration des trahisons portées sur le continent africain par le monde occidental. Quant à la seconde partie elle se déroule dans un présent où la réincarnation de cette Cléopâtre dépeinte en début de titre, finira comme employée dans un club pour adultes.

Écoutez: Frank Ocean – Pyramids

Le titre White inclus à l’origine dans The Of Tape Vol. 2, premier album de Odd Future devient une interlude. Ici la voix de Frank Ocean laisse place à une version instrumentale où la guitare de John Mayer viendra prêter assistance. Le producteur Malay qui a travaillé sur l’intégralité de l’opus révélera que quelques sons de Channel Orange ont été joué à John Mayer afin qu’il s’en imprègne. Le guitariste inspiré par White et Pyramids choisi par la suite de collaborer sur ces deux titres. Nous enchainons sur Bad Religion sur fond de violon et d’orgue d’église qui nous présente un Frank Ocean en thérapie sur le siège arrière d’un taxi avec pour psy son chauffeur. Le texte ici fait ressortir un aspect anti-religion de l’artiste déjà constaté sur le titre American Wedding. Comme certains fans commencent à se révolter, il sera émit l’hypothèse que Frank Ocean fait usage du sens figuré. Bad Religion est alors interprété comme une métaphore où l’emploi du chauffeur de taxi en thérapeute représente le besoin du chanteur de confier ce lourd secret quant à cet amour non conventionnel dont il est épri et la religion servirait à dresser une image exprimant un amour unilatéral.

Regardez: Frank Ocean – Bad Religion (live)

Pink Matter forment avec Crack Rock et Forrest Gump nos coups de cœurs de l’album. On y retrouve un André 3000 dernièrement généreux en collaboration. On apprendra plus tard par Big Boi que Frank Ocean souhaitait à l’origine une participation des deux comparses d’Outkast sur ce titre au texte profond mais qu’André 3000 refuse tout apparition du groupe sur un autre projet que le leur. Succédera Forrest Gump qui nous démontre encore une fois les tendances perfectionnistes de Frank Ocean. Quand l’artiste fait référence au célèbre film des années 90, c’est pour illustrer une nouvelle histoire, il étonne par la précision des choix de détails qu’il incorpore dans le titre. Channel Orange se clôture sur l’outro sobrement intitulé End. On entend alors le titre Voodoo se jouer en fond lorsque le narrateur quitte son véhicule avant d’aller s’enfermer chez lui.

En bonus nous retrouvons Golden Girl sur lequel Frank Ocean nous amène le soleil qui nous boude cet été. Le titre qui sent bon Hawaii ou toute autre île, nous transporte le temps d’une écoute, et a pour invité Tyler, The Creator pour un couplet qui le fera évoluer dans une toute autre atmosphère que celle amenée par le crooner.

Écoutez: Frank Ocean – Golden Girl feat. Tyler The Creator

En conclusion la première impression que Channel Orange nous laisse est l’image d’un album conceptuel. L’opus apparaît comme cohérent grâce à sa musique travaillée de manière à ce que chaque titre s’imbrique pour former un même élément. On apprendra du producteur Malay que la base de Channel Orange, de ses textes à sa structure ainsi que sa tracklist actuelle, est prête depuis plus d’un an. Les neuf mois qui ont suivi ont permis à Frank Ocean d’enregistrer les pistes vocales et de peaufiner chaque détail. L’effort est appréciable, quand la musique et les mélodies dévoilent en surface un agréable divertissement, le lyricisme de l’artiste apporte de la profondeur au projet. Si Nostalgia Ultra faisait preuve d’éclectisme quant à ses sonorités, on retrouve ici des productions très jazzy, certaines plus funky, parfois l’électro se mèle au RnB et sa voix est utilisée comme vrai un instrument. Même lorsque l’ambiance est feutrée, les basses et percussions reste très prononcées. On ressent l’influence qu’a laissé sur le travail de Frank Ocean des artistes tels que Stevie Wonder notamment sur le titre Fertilizer, de D’Angelo ou encore de Pink Floyd. Il se démarque de ses homologues du RnB grâce aux sujets qu’il aborde, et le plaisir de décoder chaque titre redonnera ainsi un second souffle à l’opus, et pour ceux qui comprennent l’anglais sachez que l’intégralité de Channel Orange est étudiée sur Rap Genius.

Le choix de sortir Channel Orange sur Itunes une semaine avant sa date officielle afin de contrer le téléchargement illégal, selon les aveux de Frank Ocean, pousseront certains géants de la distribution à retirer de la vente la copie physique de l’opus de leurs magasins. Cependant le mouvement assure à l’album de débuter dans les charts US en seconde position.

Pour aller plus loin:

Retour sur celle que l’on appelle BeeKay

BRIDGET KELLY - EVERY GIRL sur Soul Ton OreileC’est un certain 11 Septembre 2009 que Jay-Z, en boss de Roc Nation, décidait de présenter Briget Kelly, sa toute nouvelle protégée lors d’un concert donné en l’honneur de la commémoration des événements tristement célèbres du 11 Septembre 2001. On parle là d’une sacré initiation pour la chanteuse jusque là inconnue au bataillon, qui se retrouve pour son premier show à assurer à la place d’Alicia Keys les refrains d’Empire State Of Mind, véritable carton de 2009 devant un Madison Square Garden plein à craquer. Tout le monde se demande alors qui est cette brunette au pommettes prononcées et à la frange symétrique qui accompagne la légende de Brooklyn. Sa performance ayant convaincu, elle sera alors embarquée en tournée par Jay-Z afin de l’assister sur le nouvel hymne de New York lorsque la virtuose du piano ne pourra faire acte de présence. Cette expérience sans doute inoubliable pour la récente signature de Roc Nation s’apparentant sûrement à un rêve, en particulier pour une native de Manhattan n’omet cependant pas d’estampiller Bridget Kelly de ce tampon de doublure officiel d‘Alicia Keys.

Regardez: Jay- Z – Empire State Of Mind feat Bridget Kelly (live)

Comme ses confères J. Cole et Rita Ora signés eux aussi chez Roc Nation depuis 2008, il faudra beaucoup de patience à Brigdet Kelly avant de délivrer un premier projet. Un public témoin, lors de ces scènes, de son potentiel peut être acquis de sa formation à LaGuardia (école d’art renommée dont elle est  diplômée et sur laquelle est basée la célèbre fiction Fame), est partagé entre les comparaisons inévitables avec Alicia Keys et l’attente d’en voir plus. Elle annonce précipitamment après son show au Madison Square Garden l’arrivée d’un album en 2010 et balance dans la foulée quelques teasers alléchants de ce qu’elle nous réserve, assez pour éveiller la curiosité sans trop en dévoiler. Citant parmi ses influences Alicia Keys, Pink ou encore Alanis Morissette, le premier opus de Bridget Kelly devrait prendre selon elle une direction musicale plutôt agressive, elle définie son style comme une rencontre entre le rock et le rnb. Et avec Jay-Z comme mentor on se doute que la chanteuse ne bénéficie pas des mêmes connexions qu’un bleu ordinaire. On s’attendra à retrouver sur l’album de la chanteuse des collaborations avec des personnalités respectées du milieu notamment Ryan Leslie mais aussi Linda Perry, No I.D. et David Hodges membre de Evanescence.

Regardez; Ryan Leslie & Bridget Kelly – Sound Of A Heartbreak

L’album ne sortira évidement pas en 2010. Bridget Kelly qui avouera l’avoir un temps jugé fin près, décidera de se replonger sur sa confection. Sur les conseils de son mentor Jay-Z, elle lui accordera plus de temps afin de le perfectionner. L’opus supposé être autobiographique prendra alors une direction plus émotionnelle que le rock agressif prévu puisqu’il se calquera sur l’humeur de la chanteuse qui a évolué depuis. Il sera donc question d’un Ep gratuit intitulé Every Girl afin de rendre l’attente plus agréable. Tout semble s’arranger pour Bridget Kelly, avant qu’un imprévu ne vienne perturber la sortie de ce nouveau projet, nous l’appelleront « l’Affaire Thinking About Forever« . Ce chef d’œuvre posté sur Life + Times, blog de Jay-Z, accompagné de quelques mots afin de présenter l’artiste et signé de son « modeste » pseudonyme Andy WarHov, aurait déjà été publié la veille sur le blog du collectif Odd Future mais cette fois chanté par leur crooner Frank Ocean. Tout cela fini par semer la confusion et ce n’est que des mois plus tard qu’une Bridget Kelly amère acceptera de révéler ce qu’il s’est passé. On apprendra alors que l’équipe de la signature Roc Nation a en effet engagé les services de Frank Ocean qui écrira Thinking About Forever pour elle. Malheureusement, pendant que l’on peaufinait les derniers détails de l’Ep Every Girl sur lequel le titre figurera, le chanteur choisissait de revenir sur son contrat en dévoilant sa démo ici nommée Thinking About You, allant alors classer la version de Bridget Kelly au rang de reprise. Le public ensuite ne pourra s’empêcher de prendre partie pour le meilleur interprète qu’il aura défini.

Regardez: Bridget Kelly – Thinking About Forever (version acoustic)

En octobre dernier sortait finalement Every Girl propulsé par le titre Seek and Destroy. La première chose qui frappe à la vue de la jaquette de Every Girl, c’est le nombre de nom apparaissant au crédit de la composition de l’Ep. Bridget Kelly n’est l’auteur d’aucun titre de son projet. Every Girl réuni les écrivains les plus en vogue du moment, parmi eux Ne-Yo, Ester Dean, James Fauntleroy II, Frank Ocean ou encore The Dream. L’emploi de ces noms qui seront placé en évidence en tant qu’unique élément de promo pour le projet, supposé être personnel de surcroît passera mal auprès du public. Peut être est ce le facteur qui empêchera l’auditeur de lui donner une écoute juste et cela sera bien dommage. Every Girl est un projet de qualité. À mis chemin entre le rock et le rnb, on y sera agréablement surpris par les capacités vocales de Bridget Kelly. Sur les morceaux Seek and Destroy, Every Girl et Love You After All on retrouvera notamment grâce à sa voix rocailleuse l’aspect agressif que la chanteuse avait auparavant prédit. Puis sur les balades Thinking About Forever et Stranger To Love elle fera démonstration de ses qualités d’interprète. La mention coup de cœur sera attribuée à In The Morning et White Lies pour leur écriture soignée. Ses deux titres prennent même des allures de story telling, Whites Lies nous évoque un peut la saga Trapped In The Closet de R. Kelly.

Regardez: Life +Time présente Bridget Kelly

Vous l’aurez compris nous somme séduit par l’Ep Every Girl de Bridget Kelly. La combinaison des genres rnb et rock lui assure un style singulier et on espère que l’album toujours en préparation se jouera sur ce terrain. Si nous avons relevé un bémol, il s’agira du fait que les titres n’aient pas été écrit par elle. Cette pratique plutôt courante est, peut être à tord, diabolisée par les puristes, voilà pourquoi les plus grands chanteurs qui y ont recours auront tendance à ne pas le mettre en avant. C’est peut être ici que l’équipe de Bridget Kelly aurait peut être fait un faux pas, se servir de ces grands noms n’est pas la meilleure stratégie de campagne. Après l’épisode Thinking About Forever, c’est un autre scandale qui viendra entacher l’image de Bridget Kelly et il implique cette fois la chanteuse de Young Money, Shanell Woodgett. La protégée de Lil Wayne qui est en effet l’auteur du titre White Lies affirmerait ne pas avoir été consultée pour l’utilisation de son morceau et comme toute adulte mature c’est via son compte Twitter qu’elle fera part de son mécontentement. Et plus tard lorsqu’en pleine interview radio il sera demandé à Bridget Kelly le nom de l’auteur du titre Stranger To Love celle-ci se verra dans l’incapacité de répondre.

Regardez: Bridget Kelly – Interview

Depuis sa sortie, Every Girl ne semble pas suffisamment exploité, on déplore une réalisation de clip quasi inexistante. Le travail de promo autour de ce projet de qualité est difficile à comprendre, néanmoins Bridget Kelly se produit sur scène, ce qui devrait lui être bénéfique. La chanteuse de Roc Nation était dernièrement à l’affiche de l’Essence Music Festival à la Nouvelle Orleans où elle décidait de dévoiler deux titres inédits. Le public eu donc l’honneur de découvrir en avant première This Is Love premier single de son album à venir ainsi qu’un second extrait intitulé Special Delivery. Bridget Kelly annonçait dernièrement que son opus était bouclé. Bien que charmé par la nouvelle nous préférons ne pas nous emballer, qui sait, nous seront peut être prochainement surpris par une livraison spéciale.

Regarder: Bridget Kelly -Special Delevery

Pour aller plus loin:

Fr. Ocean : l’homme mystérieux et sa plume

FRANK OCEAN - NOSTALGIA ULTRA sur Soul Ton OreilleSi nous choisissons d’être franc avec vous, nous vous avouerons que tout ce buzz autour de Frank Ocean a un peu freiné notre envie de donner une chance à sa musique, et l’affiliation de ce personnage complexe au collectif controversé Odd Future n’a rien arrangé. En passionnés de musique que nous sommes, il nous était impossible d’ignorer plus longtemps celui qui était qualifié de génie par les critiques. Après plusieurs mois de résistance, c’est avec prudence que nous nous sommes lancés et il faut dire que nous avons été agréablement surpris par sa charmante voix mais surtout par cette plume subtile, atout faisant défaut au rnb aujourd’hui. Et si nous n’avons pas trouvé plus tôt l’occasion d’aborder le très encensé Nostalgia Ultra, la sortie imminente du premier album de Frank Ocean intitulé Channel Orange est un bon prétexte pour passer en revue les œuvres précédentes de celui qui compte parmi les espoirs du rnb.

 Regardez: Frank Ocean – Acura Integurl

 Frank Ocean est ce que l’on appelle une antistar. Même lorsqu’il commence à prendre en notoriété et que son nom se murmure sur toutes les lèvres, l’apparition du chanteur, avec en guise de bandana son drapeau japonais enroulé autour de la tête, se fait rare dans les médias. Si bien qu’il recevra de l’animatrice radio Angie Martinez le surnom de « l’homme mystérieux ». Ce que l’on sait de lui c’est que sa carrière débute quand il se voit forcé d’évacuer sa ville de New Orleans par l’ouragan Katrina. Pris de cours il décidera alors de visiter L.A afin de trouver un studio où il pourrait reprendre les sessions d’enregistrement brusquement interrompues. Le voyage supposé durer quelques semaines se prolongera, Frank OceanChristopher Lonny Breaux ne rentrera finalement jamais. Comme bon nombre d’artistes, il fera ses marques en écrivain de l’ombre, collaborant ainsi avec Brandy, John Legend ou plus récemment Bridget Kelly (dont nous vous parlerons très prochainement). Lonny Breaux rejoint le collectif Odd Future Wolf Gang Kill Them All (OFWGKTA) en 2009 et bien que certains de ses fans déplorent son appartenance à ce groupe provocateur, il en parle comme d’une famille liée par la créativité, et confie que le groupe a ravivé son écriture. C’est la même année qu’il fait la rencontre de Tricky Stewart qui le découvrira aux travers de démo destinées à sa clientèle circulant ça et là. Il décidera de lui donner sa chance en tant qu’artiste solo et voilà l’exilé de New Orleans devenu signature de Def Jam. Le dernier membre du OFWGKTA un contrat en major en poche pourra désormais interpréter lui même ses compositions mais voilà, rien ne se passe. Il expliquera qu’aucune relation ne s’établira jamais entre lui et son label, et bien qu’il se sente négligé par Def Jam dès le début de leur aventure, il considérera cela comme une bénédiction.

Il est donc temps pour Lonny Breaux de prendre en mains sa carrière. Pour son 23ème anniversaire en 2010 il s’offrira le plus improbable des cadeaux. En personnage complexe il ne se contente pas de prendre un pseudonyme mais engage une procédure judiciaire. De Christopher Lonny Breaux il deviendra Christopher Francis Ocean par voie légale. De la naîtra le nom de scène: Frank Ocean. Dès lors, l’artiste publiera seul son travail grâce aux réseaux sociaux. Il faut dire que Frank Ocean est productif, il postera une quantité de morceaux principalement via tumblr. Avec l’appui de Odd Future dont le nom commence à prendre de l’ampleur à cause de leur conduite immorale, il bénéficiera d’une exposition conséquente. La majorité (du moins une bonne partie) de ses titres voguant librement sur le web seront réunis sur The Lonny Breaux Collection, une mixtape non officielle composée de 64 plages.

 Regardez:  Tyler The Creator – She feat. Frank Ocean

 Frank Ocean délivre Nostalgia Ultra en février 2011. Son premier projet officiel, que le public recevra comme une véritable baffe, devra sa popularité principalement au bouche à oreille. Plus tard, la mixtape gagnera l’acclamation des critiques et on observera un phénomène étrange et assez récurrent se mettre en place. En effet, dans les classements d’albums de l’année réalisés par différents magazines, Nostalgia Ultra se disputera à plusieurs reprises les trois premières places avec House Of Balloons de The Weeknd, avec lequel la comparaison restera inévitable puisqu’ils sont tous deux considérés comme les nouveaux espoirs du rnb, ainsi qu’avec Section 80 de Kendrick Lamar. Quel est ce phénomène étrange, vous demanderez-vous ? Eh bien, ces trois projets dont nous ne remettrons pas en cause la qualité, appartiennent à des roockies et ne sont techniquement pas de réels albums, c’est dire le niveau élevé de la relève.

 Novacane sera le premier single de Nostalgia Ultra et bien qu’il n’a pas le profil ordinaire du hit de l’été, il assurera à Frank Ocean une entrée et pourquoi pas un squattage en radio.

 Regardez: Frank Ocean – Novocane

 C’est la structure de Nostalgia Ultra qui retiendra notre attention dans un premier temps. Frank Ocean y développant un thème : l’opposition de sa nostalgie à la modernité, la mixtape nous fera penser à un projet hip hop, le concept de thème étant rarement exploité dans le genre rnb. L’aspect nostalgique sera alors exprimé sur la jaquette et par ses interludes aux noms de jeux vidéo tels que Street Fighter ou encore Soul Calibur, qui auront vite fait de nous communiquer la mélancolie de l’artiste. La modernité quant à elle, se trouvera dans les productions. Si les instrumentales, sa voix séduisante et ses mélodies se chargeront de capter l’intérêt de l’auditeur, la signification des textes viendra donner du poids au travail de l’artiste. Le choix de samples éclectiques (Coldplay, Eagles, Mr Hudson, Radiohead ou encore MGMT), additionné à son écriture subtile feront quitter à Frank Ocean l’état d’artiste rnb conventionnel. Son évolution depuis l’époque « Lonny Breaux » est évidente. Il traite au travers de sa musique de ses réflexions sur la société ou alors de sujets tels que les relations humaines et se base principalement sur ses propres expériences. Se considérant avant tout comme un narrateur, il puisera dans des émotions éprouvées à partir desquelles il réinventera de nouvelles histoires. Il illustrera une sorte de fiction sur Lovecrimes ou Novacane. Le titre There Will Be Tears à contrario sera plus personnel. C’est sur Swim Good, Nature Feels ou encore Dust que son écriture imagée se révèle. Frank Ocean explique essayer avec sa musique de créer des images non visibles par l’œil, ce dernier titre reflétera ce concept, certes un peu ambigu au premier abord. La poésie de ses textes utilise le sens figuré comme un outil qui poussera l’auditeur à participer en faisant jouer son imagination.

 Regardez: Frank Ocean – Swim Good

 Aux réactions du public le label décidera de réaliser une version commerciale du projet. Celui-ci se présentera cette fois sous forme d’un Ep qui s’intitulera Nostalgia Lite. Plusieurs mois après que la date de sortie annoncée soit passée, les fans attendront toujours avec un mince espoir de voir l’Ep de leur vivant, Def Jam ne le distribuera jamais. Il apparaît donc évident que les relations entre l’artiste et le label ne se soient pas améliorées, il retournera donc à son habitude de divulguer sa musique sur la toile et pas forcément dans le contexte de projet. En plus de sa participation aux albums de Odd Future, il dévoilera des morceaux tels que Voodoo, Pyrites, Tears (4 Tears) ou encore Whip Appeal.

Écoutez: Frank Ocean – Voodoo

Heureusement pour Frank Ocean, la mixtape Nostalgia Ultra parle d’elle même. L’artiste est désormais courtisé par les stars. Il contribuera au quatrième album de Beyoncé sur lequel il écrira I Miss You. Il sera aussi l’un des rares avec Mr Hudson,et bien sur la femme du patron, à prêter sa voix sur l’album Watch The Throne de Jay- Z et Kanye West.  Ce succès lui permettra aussi d’effectuer une petite tournée de quelques dates. Elles l’emmèneront jusqu’en Europe où il se produira à Londres, mais pas à Paris car il était tombé malade. Frank Ocean parlera de ce qui lui arrive comme d’un film dont la fin peut surgir à tout moment, étant conscient de la réalité du marché, il préfère garder le contrôle sur son image.

En ce qui concerne les points négatifs que nous avons relevés, l’artiste en live ne maîtrise pas sa voix. Pour sa défense, il donnera son premier show en solo seulement en fin 2011 devant le public de la Nouvelle Orleans. Aussi son assurance peut parfois être irritante. Lorsque Don Henley le menace de porter plainte contre lui s’il rejoue sur scène le titre American Wedding, celui-ci rétorque que le membre des Eagles se sent certainement intimidé par sa reprise. Le titre en question sample Hotel California le classique titre du groupe sans leur autorisation, mais surtout sans qu’aucune modification n’ait été apportée par Frank Ocean, mis à part le texte inséré. Pour pouvoir jouer le titre lors de son passage au Festival de Coachella, il devra en changer l’instrumental, c’est une toute nouvelle version de American Wedding qui sera entonnée par Frank Ocean et son orchestre.

 Regardez: Frank Ocean – Interview BBC

 Channel Orange le premier album de Frank Ocean sera disponible le 17 Juillet prochain. Si nos voisins américains peuvent déjà se procurer une version digitale de l’opus via Itunes, Frank Ocean nous permet de faire une première écoute de Channel Orange sur son Tumblr.

 Pour aller plus loin:

 

 

Mixtape: Les chefs-d’oeuvre du marchand d’art

Art Dealer Chic Vol.3 sur Soul Ton OreilleAvec la série Art Dealer Chic Miguel avait exprimé le désir de revenir à l’origine du concept de l’EP. Le crooner choisit de concentrer dans un petit format un échantillon de sa créativité artistique en sélectionnant le meilleur de sa musique sans y ajouter de fioriture afin de nous servir un contenu de qualité. ART DEALER CHIC Vol. 3 vient donc compléter la trilogie de micro EP. Le maxi qui se compose comme pour les volets précédents de trois titres, reste dans cette ambiance de rnb expérimental et privilégie l’aspect artistique de la musique. Et pour ceux qui possèdent la mixtape Mischief de Miguel, le titre Ooh Ahh! vous sera certainement familier puisqu’il était inclus dans le projet de 2008. Procurez vous ART DEALER CHIC Vol. 3 sans plus attendre, de la musique de qualité et gratuite dont on aurait tort de se priver.

Écoutez: Miguel – Art Dealer Chic

Pour aller plus loin

Chronique : Le hip-hop façon… Philadelphie

Le hip hop façon PhiladelphieSurnommée Philly, Philadelphie (traduire du latin « amour fraternel ») est la 6ème plus grande ville des États-Unis, située dans l’état de Pennsylvanie, pas très loin de New York. Ça, c’est pour la géographie. Musicalement, la ville est à l’origine de nombreuses innovations dans plusieurs domaines musicaux comme l’opéra, le RnB, la soul, le jazz, le hip hop mais aussi la musique classique (avec son célèbre Philadelphia Orchestra qui, en 1940, réalisera la musique de Fantasia de Walt Disney, entre autres.)

Dans les années 1960, Philly développe son propre son. C’est ici qu’est né le « Philly Sound», cette soul caractérisée par des arrangements influencés par la musique jazz et surtout funk, très riches en cordes et en cuivres. C’est l’émergence d’artistes comme Teddy Pendergrass, Billy Paul, Patti La Belle… Le « Philly Sound» c’est aussi un son riche en percussions et batteries. Le batteur légendaire Earl Young inventera d’ailleurs au cours des années 1970 le fameux rythme disco 4/4 avec la charley jouée à contre temps.

  • L’arrivée du hip hop

En 1979, Lady B, de son vrai nom Wendy Clark et qui anime l’émission WHAT, sort son premier titre To The Beat Y’All influencée par Kurtis Blow et Grandmaster Flash. Un hommage à cette lady du rap en passant, car c’est quand même une des premières (sinon la première) à avoir enregistré un morceau hip hop en studio. Lady B a aussi permis d’ouvrir la voie à d’autres rappeuses de la ville, dont Bahamadia, Lisa Lopes, Ms. Jade ou encore Eve.

Ecouter : Lady B – To The Beat Y’all


En 1984, Lady B anime Street Beat sur Philadelphia’s Power 99 FM. L’émission durera jusqu’à fin 1989 et verra passer tous les grands noms du moment, notamment DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince (Will Smith), autres pionniers de la ville. Pour l’anecdote, en 1988, DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince sortent leur deuxième album He’s The DJ, I’m The Rapper. Ce projet sera le premier double album de l’histoire du hip hop et la chanson Parents Just Don’t Understand remportera en 1988 le premier Grammy de l’histoire du rap. Et là, vous ne voyez plus Will Smith du même oeil !

Regarder : DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince – Parents Just Don’t Understand

Deux ans plus tard, Hollywood fait les yeux doux à Will Smith et l’aventure Le Prince de Bel Air commence. Vous connaissez la suite ! Mais restons tout de même dans les 80′s avec Schooly D. Son nom ne vous dit peut-être rien mais ce rappeur est souvent considéré comme le créateur du Gangsta Rap un peu avant ceux de la vague West Coast et des NWA, Ice T… « Pur produit » des rues de Philadelphie, les textes de Schooly D reflètent une réalité composée de violence, sexe et drogue… Voici ce qui serait donc le premier titre Gangsta Rap de l’Histoire :

Ecouter : Schooly D – PSK, What Does It Mean ? (sorti en 1986 sur l’album Schooly D)

Le côté « Street Parolier » est toujours bien présent à Philly : ici, il est de rigueur de manier la plume aussi bien que le mic et des artistes comme Freeway, Beanie Sigel, Peedi Crakk, Gillie Da Kid, Kurupt (eh oui, il est de Philly !) Cassidy ou Meek Mill en sont les meilleurs exemples.

  • L’exemple The Roots

The Roots1987. Black Thought et Quest Love qui se sont rencontrés sur les bancs de la Philadelphia High School for Creative Performing Arts décident de former The Roots. Influencés par la soul, le jazz et le funk, d’autres membres viendront se greffer à ce noyau dur et formeront ainsi l’un des premiers groupes rap à utiliser les instruments sur scène. Sobre et musical, The Roots fait figure d’ovni dans le paysage hip hop de l’époque et ils commenceront à faire parler d’eux en tournant dans la région de Philly dès le début des années 1990, puis avec la sortie de leur premier album, Organix fin 92.

Il faudra attendra 1999 et la sortie du 4ème opus du groupe Things Fall Apart pour qu’ils obtiennent la reconnaissance mondiale en se classant #4 au Billboard 200. En vrac, The Roots, c’est 4 Grammy Awards et des collaborations avec des artistes tels qu’Erykah Badu, Common, Talib Kweli, D’Angelo, Guru, J Dilla, Jill Scott… Tiens, et si on jouait l’excellentissime The Next Movement là tout de suite ? On parle évidemment de la chanson et du clip :

Regarder : The Roots – The Next Movement

Donc pour résumer de manière (très) grossière le hip hop façon Philly, on a d’un coté « La Street » et de l’autre l’école « The Roots ». Entre les deux, on trouve la catégorie alternative : les inclassables parmi lesquels le duo Jedi Mind Tricks – Army of the Pharaohs, Spank Rock ou encore Chiddy Bang, par exemple.

Du coté soul et RnB, Philly peut se vanter d’avoir de dignes héritiers du « Philly sound » avec des artistes tels que les Boys II Men, dont on vous parlait à l’occasion de leur semaine leur étant consacrée, Jill Scott, Musiq Soulchild, Jaguar Wright, Jazmine Sullivan, Vivian Green

  • Et maintenant ?

Globalement, le hip hop de Philly se porte bien. La scène est productive, quelques rappeurs sont parvenus au succès mondial comme The Roots bien sûr, et d’autres ont fait disque d’or, de platine ou ont gagné quelques Grammys… Mais comme il y a toujours un « mais », il semblerait que malgré ces succès et en comparaison aux artistes soul et RnB de la ville, le rap de Philly ait du mal à s’exporter à l’échelle mondiale et ne connait pas de réelles réussites au niveau mainstream.

Est-ce vraiment un mal direz-vous… Pas forcément. Certains rappeurs rapportent qu’il est très difficile de « sortir » de cette ville et que grand nombre de carrières sont souvent compromises à cause des conditions de vie par toujours évidentes (Philadelphie fait partie des villes les plus dangereuses des Etats Unis). Cet aspect commercial mis à part, Philadelphie regorge de talents hors du commun et de grands lyricistes. La bonne nouvelle, c’est que la vague émergente de rappeurs comme Meek Mill, Gilbere Forte, Asher Roth, Chiddy Bang… commence à attirer les regards. On vous laisse avec un gros son de Meek Mill, Lean Wit It en souhaitant une longue vie au rap de Philly !

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