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Chronique : Le hip-hop façon… Philadelphie

Le hip hop façon PhiladelphieSurnommée Philly, Philadelphie (traduire du latin « amour fraternel ») est la 6ème plus grande ville des États-Unis, située dans l’état de Pennsylvanie, pas très loin de New York. Ça, c’est pour la géographie. Musicalement, la ville est à l’origine de nombreuses innovations dans plusieurs domaines musicaux comme l’opéra, le RnB, la soul, le jazz, le hip hop mais aussi la musique classique (avec son célèbre Philadelphia Orchestra qui, en 1940, réalisera la musique de Fantasia de Walt Disney, entre autres.)

Dans les années 1960, Philly développe son propre son. C’est ici qu’est né le « Philly Sound», cette soul caractérisée par des arrangements influencés par la musique jazz et surtout funk, très riches en cordes et en cuivres. C’est l’émergence d’artistes comme Teddy Pendergrass, Billy Paul, Patti La Belle… Le « Philly Sound» c’est aussi un son riche en percussions et batteries. Le batteur légendaire Earl Young inventera d’ailleurs au cours des années 1970 le fameux rythme disco 4/4 avec la charley jouée à contre temps.

  • L’arrivée du hip hop

En 1979, Lady B, de son vrai nom Wendy Clark et qui anime l’émission WHAT, sort son premier titre To The Beat Y’All influencée par Kurtis Blow et Grandmaster Flash. Un hommage à cette lady du rap en passant, car c’est quand même une des premières (sinon la première) à avoir enregistré un morceau hip hop en studio. Lady B a aussi permis d’ouvrir la voie à d’autres rappeuses de la ville, dont Bahamadia, Lisa Lopes, Ms. Jade ou encore Eve.

Ecouter : Lady B – To The Beat Y’all


En 1984, Lady B anime Street Beat sur Philadelphia’s Power 99 FM. L’émission durera jusqu’à fin 1989 et verra passer tous les grands noms du moment, notamment DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince (Will Smith), autres pionniers de la ville. Pour l’anecdote, en 1988, DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince sortent leur deuxième album He’s The DJ, I’m The Rapper. Ce projet sera le premier double album de l’histoire du hip hop et la chanson Parents Just Don’t Understand remportera en 1988 le premier Grammy de l’histoire du rap. Et là, vous ne voyez plus Will Smith du même oeil !

Regarder : DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince – Parents Just Don’t Understand

Deux ans plus tard, Hollywood fait les yeux doux à Will Smith et l’aventure Le Prince de Bel Air commence. Vous connaissez la suite ! Mais restons tout de même dans les 80′s avec Schooly D. Son nom ne vous dit peut-être rien mais ce rappeur est souvent considéré comme le créateur du Gangsta Rap un peu avant ceux de la vague West Coast et des NWA, Ice T… « Pur produit » des rues de Philadelphie, les textes de Schooly D reflètent une réalité composée de violence, sexe et drogue… Voici ce qui serait donc le premier titre Gangsta Rap de l’Histoire :

Ecouter : Schooly D – PSK, What Does It Mean ? (sorti en 1986 sur l’album Schooly D)

Le côté « Street Parolier » est toujours bien présent à Philly : ici, il est de rigueur de manier la plume aussi bien que le mic et des artistes comme Freeway, Beanie Sigel, Peedi Crakk, Gillie Da Kid, Kurupt (eh oui, il est de Philly !) Cassidy ou Meek Mill en sont les meilleurs exemples.

  • L’exemple The Roots

The Roots1987. Black Thought et Quest Love qui se sont rencontrés sur les bancs de la Philadelphia High School for Creative Performing Arts décident de former The Roots. Influencés par la soul, le jazz et le funk, d’autres membres viendront se greffer à ce noyau dur et formeront ainsi l’un des premiers groupes rap à utiliser les instruments sur scène. Sobre et musical, The Roots fait figure d’ovni dans le paysage hip hop de l’époque et ils commenceront à faire parler d’eux en tournant dans la région de Philly dès le début des années 1990, puis avec la sortie de leur premier album, Organix fin 92.

Il faudra attendra 1999 et la sortie du 4ème opus du groupe Things Fall Apart pour qu’ils obtiennent la reconnaissance mondiale en se classant #4 au Billboard 200. En vrac, The Roots, c’est 4 Grammy Awards et des collaborations avec des artistes tels qu’Erykah Badu, Common, Talib Kweli, D’Angelo, Guru, J Dilla, Jill Scott… Tiens, et si on jouait l’excellentissime The Next Movement là tout de suite ? On parle évidemment de la chanson et du clip :

Regarder : The Roots – The Next Movement

Donc pour résumer de manière (très) grossière le hip hop façon Philly, on a d’un coté « La Street » et de l’autre l’école « The Roots ». Entre les deux, on trouve la catégorie alternative : les inclassables parmi lesquels le duo Jedi Mind Tricks – Army of the Pharaohs, Spank Rock ou encore Chiddy Bang, par exemple.

Du coté soul et RnB, Philly peut se vanter d’avoir de dignes héritiers du « Philly sound » avec des artistes tels que les Boys II Men, dont on vous parlait à l’occasion de leur semaine leur étant consacrée, Jill Scott, Musiq Soulchild, Jaguar Wright, Jazmine Sullivan, Vivian Green

  • Et maintenant ?

Globalement, le hip hop de Philly se porte bien. La scène est productive, quelques rappeurs sont parvenus au succès mondial comme The Roots bien sûr, et d’autres ont fait disque d’or, de platine ou ont gagné quelques Grammys… Mais comme il y a toujours un « mais », il semblerait que malgré ces succès et en comparaison aux artistes soul et RnB de la ville, le rap de Philly ait du mal à s’exporter à l’échelle mondiale et ne connait pas de réelles réussites au niveau mainstream.

Est-ce vraiment un mal direz-vous… Pas forcément. Certains rappeurs rapportent qu’il est très difficile de « sortir » de cette ville et que grand nombre de carrières sont souvent compromises à cause des conditions de vie par toujours évidentes (Philadelphie fait partie des villes les plus dangereuses des Etats Unis). Cet aspect commercial mis à part, Philadelphie regorge de talents hors du commun et de grands lyricistes. La bonne nouvelle, c’est que la vague émergente de rappeurs comme Meek Mill, Gilbere Forte, Asher Roth, Chiddy Bang… commence à attirer les regards. On vous laisse avec un gros son de Meek Mill, Lean Wit It en souhaitant une longue vie au rap de Philly !

Que devient : Anastacia ?

Quelle est la première chanson d’Anastacia (et non pas Anastasia) qui vous revient en tête, sans réfléchir ? Pour moi à brûle-pourpoint, c’est Not That Kind qui apparaît. Ce morceau qui fut son deuxième single après le lancement de sa carrière et le célèbre I’m Outta Love, a le mérite de vieillir comme le bon vin mine de rien. Et pourtant qu’est-ce qu’on nous avait s(a)oulé l’oreille à l’époque de sa sortie en 2000, année ou le monde (et surtout l’Europe) découvrira une chanteuse blanche avec une voix évoquant les chanteuses soul noires américaines, ce qui n’était pas si courant à l’époque. Et bien que son style ait évolué tout au long de sa carrière entre soul, pop et rock (elle définit elle même son style en tant que « S.P.Rock » sound, tout un programme), la singulière voix d’Anastacia se trouve à mi-chemin entre une Tina Turner (le côté rauque en moins) et une Joss Stone blonde et talentueuse, son héritière quelque part. Après pas moins de 30 millions d’albums vendus et une carrière en forme de pic montagneux, qu’est devenue Anastacia ? Avant de répondre à la question avec notre petite enquête, revenons sur ses débuts.

Regardez : Anastacia – Not That Kind

D’abord danseuse, l’américaine se révélera être une chanteuse remarquable dans un des télé-crochets locaux au début des années 90, mais son premier album, Not That Kind (comme la chanson du même nom), n’arrivera que bien plus tard comme vous l’avez compris. Après les deux singles nommés plus haut, Anastacia nous aura marqués avec des titres comme Paid My Dues, One Day in Your Life (extrait de son deuxième album Freak of Nature sorti en 2001) et, coup de coeur tout personnel, le morceau One More Chance, à retrouver quant à lui dans son tout premier opus. Ainsi, les deux premiers albums s’arrachaient comme des petits pains, jusqu’à ce que les soucis de la vie la rattrapent.

Ecoutez : Anastacia – One More Chance

Côté perso, Anastacia n’a pas été épargnée avant et durant sa carrière de chanteuse, avec de lourdes maladies qui l’ont poursuivies, comme la maladie de Crohn (une maladie intestinale rare) durant son adolescence ou encore un cancer du sein qu’elle a découvert en 2003, maladie dont elle guérira après de lourds traitements. Un an plus tard, son troisième album intitulé sobrement Anastacia sera également un beau carton. Un best-of, un parfum et une ligne de vêtements plus tard, Anastacia sortira son quatrième album studio, Heavy Rotation, en 2008 : un bide commercial. Après cette débâcle et même durant la vie commerciale de son dernier album et ses shows européens, on n’entendra plus beaucoup parler d’Anastacia de par chez nous. Alors qu’en est-il vraiment pour elle ?

Aujourd’hui, Anastacia a 43 ans et n’a pas renoncé à sa carrière. Elle serait même bientôt de retour puisque début 2011, lors d’une interview donnée pour le soutien d’une marque de voitures, Anastacia annonçait qu’elle se lançait dans l’écriture d’un nouvel opus musical. Pour l’avancée du projet, le mystère reste entier, mais tablons sur un retour avec un vague 2012-2013. Car de l’autre côté, Chartsinfrance a annoncé il y a quelques mois qu’Anastacia pourrait sortir un single d’ici à l’été 2012, mais cela reste à confirmer vu que depuis cela, c’est silence radio sur la communication officielle de l’artiste. Ceci dit entre 2010 et 2011, nous la trouvions aux côtés d’une chanteuse belge du nom de Natalia Druyts, artiste avec qui elle se produisit sur scène durant un temps du côté de la Flandre, pour un spectacle musical nommé Natalia meets Anastacia. On pouvait alors les entendre en duo sur une sélection de leurs titres respectifs, avec à l’appui un single original pour les oreilles belges allemandes et autres européens pas trop chanceux, la douteuse chanson Burning Star.

Ecoutez : Natalia meets Anatacia – Burning Star

Voilà les dernières nouvelles d’Anastacia que nous avons pu recueillir. Si cet article vous a plu et que vous souhaitez avoir des nouvelles d’autres artistes, il n’est pas exclu que nous partions à la recherche des nouvelles d’autres chanteurs et chanteuses disparus. Faites-nous signe et n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et propositions d’investigation.

Pour aller plus loin :

Retrouvez Anastacia sur son compte Twitter plutôt actif et sur son site officiel aussi. Et comme il n’y a pas de raison, voici de quoi suivre la chanteuse belge, Natalia.

Chronique : Le hip-hop façon… Chicago

Certains l’appellent « The Windy City », Chicago dans l’Illinois est la plus grande ville de la région du Middle West et la 3ème des Etats Unis. Contrairement à ses grandes sœurs New York ou Los Angeles, son style n’est pas aussi facile à distinguer comme la singularité de la musique « East Coast » face à la « West Coast. » on parle ici de « Midwest », mais tout de suite, c’est moins clair…

Le Midwest aux Etats-Unis

Le Midwest en tant que territoire géographique, c’est ce qu’il y a en rouge sur la carte (Wikipedia) ci-contre. Côté musique, il n’y a pas vraiment de règles prédéfinies car chaque artiste apporte sa pierre à l’édifice, sa touche. On pourrait appeler ça la diversité ou on pourrait y voir aussi un manque de constance : les deux fonctionnent. Du coup, il est extrêmement difficile de déterminer ce qu’est un typique son Midwest, notamment parce que le style varie selon les villes, et même selon les quartiers ; ce qui est d’ailleurs le cas pour « Chi-Town ». Penchons-nous sur la richesse et la diversité de ce courant à travers un petit rappel de l’Histoire de la ville.

Connue pour être la capitale du crime du temps de la prohibition (Al Capone, ça vous parle ?) Chicago est aussi devenue un des berceaux du jazz et du blues avec la Nouvelle-Orléans au début du XXème siècle suite à la grande migration d’ouvriers d’origines afro-américaines venus du sud du pays. Aujourd’hui encore, la ville connait une scène jazz dynamique, notamment avec le festival annuel Chicago Jazz Festival. En parallèle, la ville a développé ses propres genres : Le « Chicago blues », « Chicago jazz » ou encore « Chicago soul. »

Dans les années 70, le groupe Earth, Wind and Fire révolutionne le monde du funk en mélangeant de façon inédite des éléments issues des musiques traditionnelles à une section de cuivre de grande qualité et des arrangements empruntés aussi bien au jazz qu’à la musique symphonique. Dans les années 80 naît également la « Chicago house » ou house music, (rien que ça) ainsi que ses variantes telles qu’acid house, deep house, ou le hip house dont voici un exemple avec Fast Eddie :

Ecouter : Fast Eddie – Yoyo Get Funky (1988)

Durant cette même période, Chicago était un centre majeur du mouvement punk et de la new wave. Et comme l’Histoire suit toujours son cours, nous arrivons naturellement aux années 90 et à l’émergence de la scène hip-hop à Chicago aussi appelée (allez c’est facile) « Chicago hip-hop » ; nous y voilà enfin. Dans le hip-hop d’un point de vue hors Midwest, Chicago a longtemps été sous-estimée, voire rejetée par le reste du pays sans doute de par son emplacement géographique mais aussi parce qu’elle a été cataloguée comme « ville de la house. » Et pourtant à l’instar de Detroit, notre précédent dossier « le hip-hop façon… », Chicago a pourtant énormément contribué à l’héritage hip-hop et peut se vanter encore aujourd’hui d’avoir une des meilleures scènes rap du pays.

Les pionniers du Chicago Hip-Hop

Dans les années 90, les groupes Crucial Conflict ou Do or Die (associé au rappeur Twista) commencent à se faire connaitre avec un style bien particulier, appelé « fast rap. » Flow ultra rapide, productions aux influences G-Funk, la sauce prend rapidement. Cela n’était pas sans rappeler le style de leurs voisins de Cleveland Bone Thugs N’ Harmony, groupe qui connaissait un certain succès à la même période. Le titre Po Pimp de Do or Die en featuring avec Twista sera classé #22 au Billboard Hot 100.

Regarder : Po Pimp feat Twista & Johnny P – Do or Die (1996)

Autre révélation en 1992 et dans un genre à l’opposé du fast rap, l’homme que l’on appelait à l’époque Common Sense débarque avec un premier opus produit par No I.D., Can I Borrow A Dollar? Le style est conscient, jazzy, sobre. Il sortira définitivement de l’ombre en 94 avec son single désormais légendaire I Used to Love H.E.R., extrait de son deuxième album Resurrection.

Regarder : Common – I Used To Love H.E.R (1994)

J.D. et Da Brat

Autre date, autre consécration, nous sommes en 1993 et voilà que Shawntae Harris a.k.a Da Brat originaire de la banlieue sud de Chicago se fait repérer lors du concours Yo! MTV Raps. Tout s’enchainera alors : une rencontre avec Jermaine Dupri et une signature dans la foulée sur son label So So Def. L’année suivante, elle sort son premier album Funkdafied, savant mélange de sonorités funky et de lyrics gangsta, le tout produit par Dupri évidemment. L’album rentrera directement premier des charts et Da Brat deviendra ainsi la première rappeuse à obtenir un disque de platine avec un million d’exemplaire vendus.

Regarder : Da Brat – Funkdafied (1994)

R. Kelly, l'album 12 Play

Chicago peut se targuer d’avoir vu naître des légendes dans chacun des styles musicaux. Dans les années 90, R.Kelly enflamme les classements d’album avec son premier opus solo 12 play, la suite, on la connaît. 50 millions d’albums plus tard, R.Kelly a définitivement gagné son titre de « King of R&B » en ayant beaucoup influencé le monde du rap, de la soul et du gospel.

En 1996, Kanye West avait tout juste la vingtaine lorsqu’il commence à produire pour des groupes locaux comme Grav et nous livre huit morceaux sur leur seul et unique album Down to Earth. Du bon son parfaitement hip-hop, je vous laisse juger par vous-mêmes.

Ecouter : Grav – Down To Earth

Après avoir composé pour des artistes tels que Jermaine Dupri, Foxy Brown, Goodie Mob entre autres, il signera le deal parfait avec Roc-a-Fella Records en 2000 et sortira son premier album en tant que rappeur en 2004, le désormais classique The College Dropout dont sera extrait le single Jesus Walk, co-écrit par le génial Rhymefest.

La nouvelle vague

Le dynamisme de la ville en matière de musique en général est assez bluffant, que ce soit du côté des artistes connus et reconnus comme de la scène underground (avec des artistes comme Bump J, Sly Poloroid, Pyscho Drama etc. C’est sûr, nous entendons moins parler de Chicago aujourd’hui si l’on compare aux 10 ans passés, mais le hip-hop façon Middle West ne s’essouffle pas, bien au contraire, même s’il semble plus difficile pour les nouveaux rappeurs de se faire un nom.

Mis à part Lupe Fiasco ou GLC qui sont apparus dans les années 2000 non sans une certaine reconnaissance, cette nouvelle vague un peu moins connue est pourtant très productive : Shawnna, Paypa, Yung Berg, The Cool Kids, Kidz in the Hall, Chief Keef, Ca$his, Add-2, Nikki Lynette (dont nous vous parlions il y a quelques temps), Rockie Fresh ou le très prometteur BJ The Chicago Kid dans un registre plus soul/r&b font honneur à cette nouvelle génération. Les « chicagoans » sont de grands adeptes de blogs musicaux et pour eux plus que pour d’autres, être chroniqués régulièrement dans l’un d’eux est un passage obligé vers la quête de leur public. Du coup, vous ne serez pas surpris de tomber sur l’un de ces blogs influents au détour d’une de vos recherches. Par la force des choses, il ne serait pas non plus étonnant qu’après la suprématie sudiste de cette dernière décennie que le rap de Chicago et plus globalement du Midwest deviennent le nouvel eldorado du Hip Hop aux Etats Unis, une postérité des plus salutaires.

A surveiller entre autres de près cette année : Chase N Dough, la rappeuse Psalm One, Kembe X, King Louie, LEP Bogus Boys, mais aussi les tout jeunes Kids These Days, huit ados vraiment talentueux mélangeant tous les styles. Avant de se retrouver pour une prochaine étape à travers les États-Unis, on se quitte avec ces garnements qui représentent parfaitement la diversité made in Chicago.

Regarder : Kids These Days – Darling

Chronique : Le hip-hop façon… Detroit

Ville à la population diversifiée, Detroit peut se vanter d’un patrimoine musical exceptionnel dans divers styles musicaux tels que le gospel, le jazz, le Rhythm and Blues, la soul, le rap ou encore le rock et l’électro. Entre 1900 et 1940, de nombreux afro-américains arrivèrent du Mississippi et commencèrent à travailler dans les usines automobiles de la ville. Ils portaient avec eux le triptyque gospel, jazz et blues, si bien que dès le début des années 30, le quartier noir-américain Black Bottom (aussi appelé Paradise Valley) situé à l’est de la ville est devenu peu à peu un lieu incontournable de la scène jazz & blues : John Lee Hooker, Duke Ellington, Billy Eckstine, Pearl Bailey, Ella Fitzgerald, Count Basie et bien d’autres s’y produisirent régulièrement dans les nombreux clubs situés le long de Hastings Street et dans le renommé Paradise Theatre (l’équivalent de l’Apollo Theatre de New York.)

En 1959, Berry Gordy, qui s’était fait un petit nom en tant qu’auteur dans le milieu du jazz, crée le label Tamla Records, puis quelques mois plus tard Motown Records, installé dans une modeste maison qu’il baptisera « Hitsville USA. » D’ailleurs et pour l’anecdote, le nom « Motown » est l’abréviation de Motor Town faisant allusion à Detroit, qui était alors la capitale de la production automobile.

Berry Gordy, grâce à son talent avisé en matière de stratégie du marché du disque et par le biais de Motown va offrir la possibilité à beaucoup d’artistes afro-américains déjà présents de se faire un nom. La Motown connait alors pendant plus de dix ans un succès sans précédent avec des artistes tels que (attention, la liste est longue) : Marvin Gaye, The Temptations, Stevie Wonder, Diana Ross & The Supremes, Smokey Robinson & The Miracles, The Four Tops, Martha Reeves & the Vandellas, Edwin Starr, Little Willie John, The Contours, The Spinners, The Jackson 5… Carton plein pour Detroit qui marque le monde de la musique comme jamais.

Regarder : The Supremes – Where Did Our Love Go

Alors qu’en est-il en 2011 ? Les artistes originaires de Detroit ont bien évidement hérité de toutes ces richesses musicales et la ville fait aujourd’hui figure de référence. Le son de Detroit est en quelque sorte le « premier » de la classe. Eh oui, être héritier de l’époque Motown, ce n’est pas toujours facile, alors à Detroit plus qu’ailleurs la musique se met la pression. Aujourd’hui, il est devenu un savant mélange de soul, de hip-hop et de sonorités électro subtilement dosées. Vous voulez peut être un exemple ? Alors écoutons un son de son meilleur ambassadeur, le regretté rappeur/producteur James Dewitt Yancey, plus connu sous le nom de J Dilla ou encore Jay Dee (membre de Slum Village), un air instrumental composé pour The Pharcyde en 1995 et qui a donné Runnin’.

Dans la lignée d’un Jay Dee, on retrouve Elzhi (un autre membre de Slum Village) Black Milk, 14KT, Nick Speed, Kareem Riggins, “Mad Mike” Banks, Waajeed, Apollo Brown… Là encore, leurs productions sonnent définitivement « hip-hop » démontrant une fois de plus une certaine qualité, créativité, musicalité et innovation. Cette vidéo d’Apollo Brown en train de travailler sur un beat illustre parfaitement la « D Touch. »

Detroit connait aujourd’hui un grand nombre d’artistes talentueux et reconnus dont Royce da 5’9’’, Insane Clown Posse, Big Sean, Guilty Simpson, Eminem, Proof, The Cool Kids, Danny Brown et Obie Trice parmi les grands noms, mais ce son venu du Michigan a cependant parfois des allures d’OVNI : cette volonté des artistes de travailler chaque titre dans le détail, la chasse constante à « l’exactitude sonore » font qu’ils sont bien sûr extrêmement respectés dans le milieu, mais c’est aussi pour ces mêmes raisons qu’ils restent souvent dans l’underground et loin de la reconnaissance mondiale (hormis son meilleur ambassadeur, Eminem et plus récemment Big Sean.)

L’autre aspect du rap de Detroit, c’est la compétition : les battles. Ces joutes vocales ont longtemps été le seul moyen pour les rappeurs de la ville de se faire connaitre. Em’ disait d’ailleurs à ce sujet lors d’une interview dans le cadre des Red Bull EmSee : « Quand je suis arrivé sur la scène hip-hop à Detroit, le seul truc c’était les battles. Si tu voulais te faire un nom, fallait commencer par ça. Les battles étaient importantes. Chaque mois des gens y allaient et essayaient de se faire un nom (…) Je crois que le film 8 Mile, a un peu éclairé le monde sur ce qui se passait ici à Detroit. »

Voici un extrait des Red Bull EmSee Freestyle Battle 2010 :

Ce que l’on souhaite donc pour Detroit, c’est une meilleure exposition dans le futur et qu’en parallèle, elle parvienne à garder son authenticité (les productions, la verve des paroles, les battles) qui font vraiment du bien au hip-hop. Voilà ce que nous pouvons vous dire pour ce tour d’horizon du rap issu du nord-est des Etats-Unis, mais avant de vous laisser, voilà STO à la sauce Detroit avec Black Milk, Royce Da 5’9″ & Elzhi pour un Deadly Medley. On se retrouve très vite pour explorer le paysage musical d’une autre ville.

Chronique : Vicelow, entrez dans la danse

C’est avec I Love This Dance All Star Game 2011 que Vicelow nous a fait signe tout récemment : il était là en tant que maître de cérémonie le 13 novembre dernier à la Cigale (Paris) pour l’un de ses projets nés après l’épopée Saïan Supa Crew. Revenons alors sur les pérégrinations de l’artiste depuis la séparation du collectif il y a bientôt 5 ans jusqu’à ILTD en passant par son nouveau projet musical.

L’après SSC a dû être comme un lendemain de fête : des images pleins la tête, cette caboche qui devait encore tourner de l’ivresse et des tribulations de la veille. C’était en 2007 et il a fallu redescendre sur terre et se concentrer sur ce qu’il savait faire : pour Vicelow, le hip hop passerait désormais par la conjugaison de la danse et du rap, pour le meilleur et pour le pire.

En 2008 sortira la Blue Tape première du nom, un projet solo de 14 titres avec quelques sons propulsés par soFly, un beatmaker qui travaille des sons entre hip hop et électro (et qui a le vent en poupe puisqu’il a été signé par Atlantic Records à Los Angeles). Le projet Blue Tape sera sanctifié dans la foulée  par le Blue Tape Show, un spectacle dansant et chantant qui a pris forme comme pour illustrer cette envie indéfectible de création scénique : ainsi sont mis en lumière le R.A.F Crew (des b-boys qui n’en ont « Rien A Foutre« ), la garde rapprochée du rappeur que certains ont découvert via le clip du Lieutenant, un titre qui se trouve au confluent des envies de Vicelow. On a ici un solo percutant, un beat lourd et puis encore la danse pour rythmer tout ça.

Regarder : Vicelow (avec R.A.F. Crew) – Lieutenant

En 2010, l’association I Love This Dance est créée pour continuer sur la lancée. Ainsi sont mis en place ces concours amicaux de danse hip hop et un site internet. D’ailleurs pour ILTD All Star Game 2011 (la 3ème édition de l’évènement), les personnes présentes ont pu voir 20 danseurs se déchaîner lors de duels de haute volée dont les vidéos sont publiées au fur et à mesure depuis la semaine dernière. ILTD, c’était aussi l’occasion pour Vicelow de faire sa promo pour BT2 (comprenez Blue Tape 2), son prochain opus musical. Il devrait sortir en version digitale durant le premier semestre 2012 si tout va bien.

Si vous êtes des fidèles de STO, vous connaissez déjà sans doute le premier morceau qui annonce l’arrivée de l’album : il s’agit de Welcome To The BT2 (dont le clip a été tourné avec le danseur Mar20 des R.A.F.), un titre assez proche de ce qu’on avait déjà entendu sur Blue Tape première du nom par ailleurs. Sur ce futur CD avec encore du soFly dedans, vous aurez droit à des featurings d’Akhenaton et de Rachel Claudio entre autres, une artiste que je vous invite à découvrir à travers son album Claudiography sorti en septembre 2011.

Pour finir sur le sujet initial, souhaitons tout plein de réussite à Vicelow, homme à tout faire qui ne démérite pas tant il rend honneur au hip hop avec aujourd’hui une vraie tribune d’expression pour des artistes côté chant et danse. Décidément, l’après SSC continue de nous ravir. Outre Vicelow, Féfé et Sly, c’est Sir Samuel qui a également sorti son projet solo, Gallery. Perrine de Soul Ton Oreille, fan de l’artiste, a récemment donné son avis sur le disque : l’avez-vous lu ?

Pour aller plus loin :

- Le compte Twitter de soFly
- Vicelow sur Facebook

http://www.soultonoreille.com/2011/01/25/specta-leeroy-et-vicelow-saian-supa-crew/