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Throwback Thursday : Eminem avant Slim Shady

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En novembre 1996, la 206 n’a toujours pas conquis le cœur de la capitale mondiale de l’automobile. Les ouvriers du bassin technologique ne s’attaquent pas encore à la tôle française mais la French Touch elle, est en train de révolutionner la techno locale. Les platines vibrent et les MPC bouillonnent car Détroit, confluent de styles, en pince aussi pour le hip-hop.

A une époque où le regretté J Dilla s’encanaille dans son studio et s’apprête à abreuver le monde entier de son talent, la Rolls Royce locale Xzibit tente de fuir les paparazzi à l’anglaise sur un sample de classique français. Au passage, il n’oublie pas de concocter un duo aux petits oignons avec Mobb Deep, dont la prod inspirera les plus lunatiques des frenchies. Le petit Royce, haut de 5,9 pieds, tente quant à lui de percer mais n’a toujours pas fait boom. Ailleurs, d’autres rappeurs explosent : Snoop Doggy Dogg, Warren G et feu Nate Dogg enchaînent les groupies et squattent le top 100 avec leur groupe 213, mais à Détroit, c’est le 313 qui retient l’attention en cette fin d’année.

Il n’est ici question ni de G-Funk, ni de French Touch. L’album qui passe sous le manteau en cette fin d’année est l’œuvre d’un petit gars blanc qui vit dans un camping avec sa mère. Celui qui ne s’appelle pas encore « tchiki-tchiki Slim Shady » enregistre ainsi son premier album, Infinite, en 1996.

L’accueil réservé au LP est rude. Seulement 1 000 copies s’en écoulent et les critiques reprochent à Eminem de manquer de personnalité en raison d’un flow jugé trop proche de celui de AZ et de Nas. Un comble quand on connaît la carrière du garçon par la suite. Pour faire court, Eminem est à l’époque à l’image de l’industrie de sa ville : en pleine recherche et développement, et c’est justement là que se trouve tout l’attrait de cet album. 18 ans plus tard, celui-ci fait figure d’ovni dans la carrière du rappeur.

Le choc se produit dès la première écoute, où deux morceaux attirent plus particulièrement l’attention. Le premier, Tonite, est loin d’être mauvais. Clairement estampillé dancefloor, il séduit l’oreille immédiatement. Peu étonnant quand on sait que le but du morceau était d’être diffusé en radio. Eminem ne fait qu’une bouchée du sample disco, mais les paroles tombent parfois dans la facilité : “Cause we came here to do this tonight / ‘Til the mornin’ light, hope that everyone’s feelin’ alright”.

Ecoutez Tonite d’Eminem :

Searchin’ est nettement plus choquant, du moins vu de 2014. Eminem déclare sa flamme à une femme comme un chanteur de soul à l’approche du printemps : “Ain’t no one special, special like you / I have been searching, but you’re the one I want in my life baby”. Jusqu’ici, rien d’anormal. Après tout le MC ne manque pas d’amour et sa fille peut en témoigner. Le seul hic, c’est que la femme en question semble être Kim, qu’il épousera en 1999, avant de la détruire de façon quasi systématique sur chacun de ses albums suivants.

Passées ces deux bonnes surprises, Infinite recèle son lot de bons moments qui lui donnent tout son charme, notamment It’s OkEminem s’extraie l’espace d’un instant de son triste quotidien avec une coolitude étonnante : “It’s a broke day, but everything’s ok”. Le morceau fonctionne comme une immense liste d’envies où Eminem parle du futur qui doit être le sien, même si le présent est compliqué : “It may be early to be planning this stuff / Cause I’m still struggling hard to be the man, and it’s tough”. Ces plans ambitieux ont au final pratiquement tous abouti … ! Là encore, le morceau est très optimiste, à l’opposé de ce qu’Eminem a pu faire par la suite.

Ecoutez It’s Ok d’Eminem :

Cette même ambition se retrouve sur Never Too Far : “You know what I’m saying, see what I’m talking about man? Cause that’s it. Yeah. A million dollars ain’t even that far away man”. La production sonne encore une fois très années 1990, comme avec l’excellent Infinite, sur lequel un Eminem technique et rimeur ouvre l’album. Ce pur produit d’egotrip, avec ses nombreuses allitérations et sa production très minimaliste, trouve facilement sa place dans les morceaux les plus marquants des 1990s.

Ecoutez Infinite d’Eminem :

Intéressant mais moins marquant, Maxine a pour sujet une fille facile qui vend son corps contre des MST. Le sujet, mi-drôle mi-grave, permet au MC de Détroit de s’amuser dans un style qu’il affectionne, à savoir la discussion rappée. Il récidivera plusieurs fois au cours de sa carrière, notamment sur Guilty Conscience ou What’s the Difference en collaboration avec Dr Dre et Xzibit.

Le reste de l’album se détache nettement moins. 313 décrochera un sourire aux fans du film 8 Mile mais ne restera pas dans les annales. Idem pour Open Mic, qui frôle la limite du soutenable sur le refrain. Ces quelques coups de moins bien n’altèrent cependant pas la bonne tenue de l’ensemble.

En définitive, Infinite n’a pas besoin de carbone 14 pour être daté : tout ici, des prods aux flows en passant les thèmes abordés, nous ramène dans les années 90. L’album ne bénéficie pas de la production du Docteur et cela se voit par moments. Malgré tout, son petit côté vintage et son décalage avec le reste de la discographie du MC de Détroit le rend particulièrement intéressant et suffisamment atypique pour être classé au rang de classique par de nombreux fans. Finalement, cet Eminem, s’il n’avait pas encore trouvé son style, possédait déjà une technique bien au-dessus de la moyenne. Papa Doc aurait dû le savoir.

Chronique : dans la peau d’un Casseur Flowter

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08h00, 18 novembre, le réveil sonne. Mal à la tête, j’ai un article à faire sur l’album des Casseurs Flowters qui vient de sortir, dix pompes mentales, motivation extrême… Je me dis : « en 2013 qui achète encore des disques ? » mais j’y vais c’est quand même mieux pour en parler, en plus c’est ma première chez Soul Ton Oreille.

10h30, je pars dans la caisse plus d’essence. A la pompe j’aide un vieux perdu avec la machine, plus de caissière tout est automatisé. Je me dis qu’Orelsan a raison, on vit vraiment une drôle d’époque. Cerise sur le gâteau, au supermarché la caissière me regarde d’un air bizarre.

Regardez le teaser de l’album Casseurs Flowters :

12h00, j’arrive chez moi, je commande une pizza en bas. J’allume la console, ouvre une bière et met le CD des Casseurs Flowters sur Play. Et là le premier mot qui me vient à l’esprit c’est un acronyme du genre MDR : pour commencer, une intro improbable fallait oser ! Ensuite arrive le premier morceau, une espèce de générique rock FM digne de Starsky & Hutch qui annonce le début  d’une journée dans la vie mouvementée d’Orelsan et Gringe.

C’est donc parti pour des titres dignes d’un bon gros délire, à prendre au 3ème degré et sous la ceinture ! Des barres de rire, des grosses vannes, des lyrics à la fois provocateurs et légers. C’est ça le programme, peu de fond mais beaucoup de forme, quoique. De la parodie, du détournement, de quoi rendre l’équipe assez dithyrambique sur cette galette. Ajoutez aussi un max de références, du paquet de céréales en passant par les jeux vidéo, la télé ou le ciné, ce qu’Orelsan appelle notre sous-culture.

Mentions spéciales à 16h22 – Deux connards dans un abribus, 18h30 – Bloqué, le premier single rétro-futuriste, et le sublime 03h53 – Manger c’est tricher. Le duo fonctionne bien, les productions de Skread sont électrisantes voire électroniques faisant penser à l’écoute à The Streets pour le côté fait à la maison, ou même à du Chiggy Bang.

Regardez : Bloqué de Casseurs Flowters

16h00, je me dis qu’en fait ils ont copiés ma vie d’ado mais je me décide à vous conseiller cet album régressif  à souhait.

Gregory Porter : Le peintre aux toiles mélodieuses

GREGORYPORTER_HEADER« Des toiles ». Voilà ce que nous évoque la musique de Gregory Porter, à l’image de Painted On Canvas, choix d’ouverture pertinent de Be Good, son second opus. Ayant pourtant rallié à son bord quelques têtes d’affiches plaidant brillamment sa cause, parmi elles Melody Gardot, Robert Glasper et autres Esperanza Spalding parvenant à le populariser auprès d’un large public, le jazz rencontre cependant des difficultés pour s’assurer quelque méga-octet dans nos lecteurs mp3. La faute peut-être à cette image de style monotone voire redondant dont le jazz ne parvient pas à se défaire, un genre sacralisé et considéré comme réservé à une élite ou à un groupe de gens d’un certain âge ? Une chose est sûre, le jazz souffre d’un réel manque d’exposition. Dans sa tenue de scène composée d’un costume coloré et de cette cagoule surmontée d’une casquette en toute saison, Gregory Porter est aussi de ceux qui viennent démontrer que les a priori sont fait pour être ignorés. Tel un peintre, le chanteur dresse « des toiles » révélant des sujets et des sonorités nuancées reflétant là toute l’hétérogénéité du jazz.

Regardez : Gregory Porter – Be Good (Lion’s Song)

Une première écoute, pareille à l’intrusion dans la galerie qui exposerait son travail, et nous voilà face à une multitude de mélodies. Ici, les productions informatisées efficaces, bien que souvent éphémères, laissent place aux bons vieux instruments. En studio, chanteur et musiciens se rencontrent pour des sessions communes. Dans la même pièce, Gregory Porter enregistre alors que les musiciens sont en action. L’auteur compositeur originaire de Los Angeles confie se considérer comme membre de l’orchestre. Son instrument à lui : une voix forte. Chacun des éléments composant ses œuvres est mis sur un même pied d’égalité pour un résultat riche, aux sonorités harmonieuses mais surtout intemporelles. De « ces toiles », on dénote alors des nuances de blues, de gospel, de soul et de RnB. Puisant ses influences dans la vaste palette disposant de ces différents styles, dont il souligne d’ailleurs l’appartenance à une seule et même famille, l’artiste attire l’attention sur le fait qu’il ne s’agit au final que de musique. Il n’accorde pas grande importance aux classifications.

Écoutez : Gregory Porter – Black Nile

« Faites donc un pas en arrière et admirez la vue », sentez-vous ce calme ambiant ? Si aux premiers abords on est plongés dans cette atmosphère reposante, on aura guère le temps de s’y acclimater. L’ambiance contrastée de ces œuvres nous transporte de la douceur d’une Illusion à un plus rythmé Black Nile ou encore un Bling Bling dont la composition peut être quelque peu déroutante pour une oreille non initiée comme la nôtre, ou encore de l’a cappella d’un Feeling Good où la voix puissante de Gregory Porter se passera d’instrumental pour transmettre l’émotion voulue à l’enjoué Magic Cap.

Par le message que véhicule ses œuvres on dira que le style de l’artiste se rapproche du mouvement naturaliste. Sûrement d’après ce conseil reçu très tôt de sa mère : « peu importe le texte, chante le comme si tu le pensais réellement », Gregory Porter aborde la musique d’une démarche qu’il veut  honnête. Son ambition : toucher, transmettre des émotions, être pertinent et pourquoi pas provoquer la réflexion. La prose alors dénoté dans ses toiles est ici instrumentalisée, elle raconte de manière poétique les racines de l’auteur. Comme l’auraient fait Archibald Motley ou Romare Bearden que l’artiste qualifie de maître de vie et de paix, 1960 What aux accents de funk et de soul narre l’histoire, la sienne, et la culture d’un peuple longtemps tourmenté, le peuple afro américain. On reconnaîtra un hommage aux plus grands de New York grâce à On My Way To Harlem, dévoilant l’admiration qu’il porte au mouvement The Harlem Renaissance. « Des toiles aux textes » polychromes.

Et que serait l’art sans son sujet principal, l’amour ? Le passionnel, l’infidèle, l’unilatéral ou encore le sublime, ce dernier dépeint sur Real Good Hands qui, en parfaite ouverture de bal à un mariage nous présente son auteur en gendre idéal.

Regardez : Gregory Porter – 1960 What (Live)

On retiendra certainement tout l’éclectisme de l’œuvre de Gregory Porter et qu’importe le genre, le thème ou le tempo, un élément reste constant : il s’agit de bonne musique. Liquid Spirit fait l’annonce de la sortie d’un nouvel opus éponyme. En attendant le prochain vernissage de Gregory Porter pour le 2 septembre, on vous défie de résister à l’envie de taper dans vos mains au rythme de cette nouvelle toile.

Regardez: Gregory Porter – Liquid Spirit (Live)

Critique : retour sur les Arts Martiens d’IAM

IAM Arts MartiensÉternel problème quand vient le moment de chroniquer l’album d’un artiste qu’on connait, qui nous tient à cœur, dont on connait la carrière et les précédents opus sur le bout des doigts : prend-on l’album dans la continuité des précédents en ne s’empêchant de comparer ? Oublie-t-on tout ce qui vient avant et focalise sur cet opus uniquement ? Pour le cas IAM, impossible de préférer la seconde option…

On attendait d’abord un hommage à Ennio Morricone, idole du groupe et maître ès bandes originales. Projet enthousiasmant quand on connait la passion d’IAM pour le compositeur, on l’attendait d’oreille ferme mais il ne verra finalement pas le jour. C’est donc après une attente certaine que les membres d’IAM minus Freeman, qui est redevenu un homme libre, ont finalement proposé en avril un 6ème album à la suite des récents mais déjà datés Revoir un Printemps et Saison 5. Avec ces deux derniers opus, IAM n’a pas su ni pu faire oublier ses précédents essais et la classique Ecole du Micro d’Argent. Ces nouveaux Arts Martiens arrivent-t-il à faire pardonner les petites erreurs de parcours présentes sur ses prédécesseurs et nous rapprochent-t-ils de cette fameuse école ? La preuve par 4 :

1 – Les visuels : clairement, la pochette de l’album rappelle sans concession la mythologie entourant le groupe et nous fait immédiatement penser à ces références asiatiques chères à IAM et à Shurik’n en particulier. Le groupe nous rappelle quelle est son identité, celle-là même qui lui a donné son originalité il y a déjà plus d’une vingtaine d’années. A noter aussi le retour du logo « original » du groupe, qui a évolué progressivement au fil des sorties pour devenir trop sophistiqué sur Saison 5. Un retour aux sources visuelles bienvenu.

2 – La composition : retour aux manettes de l’architecte musical du clan, Imhotep, et aux platines de Khéops qui nous régale de ses samples et scratchs particulièrement bien dosés (mention spéciale aux échantillons de Comme Un Aimant, qui rappellent à quel point cette bande originale est superbe !). Après l’Ecole, Akhenaton avait pris une importance grandissante à la production des titres du groupe, non sans talent mais la touche des deux autres musiciens du groupe est peut-être ce qui manquait tellement depuis. Une qualité de production sur Arts Martiens telle que le groupe a fait le choix de proposer une édition deluxe de l’album contenant deux disques, le second renfermant uniquement les versions instrumentales des 17 titres de l’album. Un choix audacieux et vrai hommage aux qualités de production de l’opus. Mixé par Charles Alexander, celui déjà présent au mix de l’Ecole, le retour aux sources cette fois sonores résonne là encore, pour le plus grand bonheur de nos oreilles.

3 – La mythologie : Marvel, Spartiate Spirit, Benkei et Minamoto… A grand renfort de sonorités qui nous emmènent au Japon en première classe, Shu et AKH déroulent l’histoire de la construction du groupe et rappellent la force du duo qu’ils forment en prenant les traits de ces deux guerriers légendaires. « Quand on portait haut l’étendard », « on ira batailler côte à côte », « nos deux lames inséparables », « déjouant les pièges et les complots on a dû évoluer »… Les références au parcours du groupe et à son esprit « toujours vif » comme le répète le sample de Samouraï sont légion. Marvel, titre qui figure sur la bande originale du prochain Wolverine et lui vaut un clip hollywoodien, offre au groupe l’occasion d’utiliser les ingrédients de quelques unes de ses meilleures recettes et rappelle sans détour L’Empire du Côté Obscur, avec un peu moins de succès mais une qualité tout de même présente, notamment pour la mise en scène du morceau à grand renfort d’extraits made in Khéops. Comme l’indique Spartiate Spirit, le groupe est « toujours là » et ces trois titres remplissent leur mission en offrant un retour aux sources mythologiques et en mettant l’accent sur ces éléments qui ont contribué à faire la légende du groupe.

Regardez : IAM – Spartiate Spirit

4 – Les textes : c’est bien avec eux qu’IAM a su imposer sa patte sur la scène française. Si ces dernières années on avait du mal à retrouver les plumes à l’origine d’un Demain, C’est Loin, d’Un Cri Court dans la Nuit ou même d’un Aimant, force est de constater que ceux qualifiés parfois de papys du rap n’ont pas tout perdu de leur talent et ont retrouvé l’encrier. Debout les Braves et son refrain guerrier, Sombres Manœuvres / Manœuvres Sombres et sa narration en vis-à-vis qui montre une nouvelle fois la complémentarité d’Akhenaton et Shurik’n, Les Raisons de la Colère desquelles on retiendra entre autres « J’ai du rater un truc : « Peace, love et having fun » sont devenus « Bitch, drug et heavy gun » », Notre Dame Veille et son couplet unique qui permet au pharaon Akhenaton de revenir sur le visage de la cité phocéenne… Une certaine qualité est présente dans l’intégralité des textes quand par le passé on pouvait se plaindre de rimes faciles et de punchlines manquant justement de punch.

Regardez : Les Raisons de la Colère d’IAM :

Pain au Chocolat restera le titre qui met mal à l’aise : pas en raison de son sujet, puisque c’est sur ce genre de polémiques qu’IAM sait si bien être percutant, mais pour son exécution et en particulier son introduction complètement ratée. Si le groupe avait par exemple su jouer la carte de la finesse avec 21/04 suite au séisme politique que la France avait connu en 2002, Pain au Chocolat perd une grosse partie de son efficacité à cause de son titre et son intro. Dommage. En clôturant sur un Dernier Coup d’Eclat, IAM évoque une dernière fois son parcours exceptionnel, ses succès et son évolution, laissant l’auditeur dans le doute d’un dernier morceau sur cet album ou en tant qu’entité du rap français.

Le bilan : pas résigné et moins déprimé, sans rancœur et plus conquérant, un brin mélancolique mais jamais triste, vous aurez compris qu’IAM revient aux sources avec Arts Martiens et les qualités d’écriture ainsi que de production qui nous avaient cruellement manqués depuis des années sont bien là au long des 17 titres de l’album. Malgré quelques bons projets diffusés entre temps (notamment Revoir un Printemps, qui bien que souvent décrié contient quelques pépites) et surtout parce qu’un grand nombre souffre d’un blocage psychologique et auditif depuis 1997, cet album est un retour presqu’inespéré des cinq phocéens et on ne peut que s’en réjouir, en dépit des craintes qu’on avait pu émettre quelques mois et semaines avant sa sortie. CQFD.

Chronique : RZA – The Man With The Iron Fists

Le Wu-Tang Clan a marqué toute une génération d’oreilles par son originalité et son amour de la culture orientale nous a fait voyager au coeur de l’univers des arts martiaux qui passionnaient le groupe. Aujourd’hui, RZA, le génial producteur du Clan est en passe de réaliser son rêve après avoir participé durant des années à l’élaboration de diverses bandes-sonores pour des films tels que Ghost Dog de Jim Jarmusch, Kill Bill de Quentin Tarantino, ou encore pour l’animé Afro Samurai qu’on vous présentait il n’y a pas très longtemps. Aujourd’hui Quentin Tarantino et Eli Roth ont décidé de produire le premier film de RZA en tant que réalisateur. Le pitch est simple et le préquel animé réalisé pour l’occasion saura vous plonger dans l’ambiance de The Man With The Iron Fists :

On attendra néanmoins encore un peu pour se faire un avis sur le film qui ne sort en France qu’en janvier, porté par un casting prestigieux : Russell Crowe, Lucy Liu, et bien sur RZA qui s’est offert le premier rôle de son film. On peut par contre dès à présent vous donner un avis sur la bande originale du film qui est déjà disponible. Là aussi le casting est remarquable, mais nous le détaillerons au fur et à mesure pour ne pas risquer l’overdose et essayons de répondre à la question : l’homme aux poings de fer transforme-t-il ce qu’il touche en or  ?

The Black Keys est à l’ouverture avec The Baddest Man Alive, titre sur lequel RZA s’autorise un très bon couplet qui ne dénote pas une seconde avec le blues-rock du duo. C’est le genre de collaborations que l’on aimerait voir plus souvent. À la clé, un clip dans l’esprit du film avec au menu un bel affrontement entre les trois artistes.

Regardez : The Black Keys & RZA : The Baddest Man Alive

Ce disque signe aussi le retour d’un Wu-Tang Clan en pleine forme. Dès Black Out, le second morceau de l’album, on retrouve Ghostface Killah, Pharoahe Monch et M.O.P sur une instru comme on n’en fait plus énormément depuis que le Wu-Tang a quitté le devant de la scène. Le flashback que nous offre cette chanson ne vient pas seul, l’album complet ne fait que nous pousser à la nostalgie. Preuve à l’appui, Kanye West débarque tout de suite après avec un White Dress qui nous rappelle ses meilleures années, quand College Dropout frappait un grand coup sur la scène hip hop. Vous ne nous croyez pas ? Qu’à cela ne tienne, voici le clip de cette ballade contée par le rappeur de Chicago.

Regardez : Kanye West – White Dress

Evidemment la soul n’est pas en reste. Quoi de plus normal quand on se remémore Shaolin Soul porté par le même RZA et qui offrait une place de choix à ses inspirations dans ses samples. Ici, c’est The Revelations et Tre Williams, d’abord, qui nous font frissonner avec I Forgot To Be Your Lover. Talib Kweli et RES prennent le relais avec une chanson différente de celles qu’ils ont l’habitude d’offrir via Idle Warship. Beaucoup moins légère, Get Your Way permet de voir le duo différemment grâce à une RES qui délivre une soul de grande qualité. Rien de mieux pour ouvrir la voie au Wu-Tang Clan au complet, qui débarque alors sur Rivers of Blood, une chanson dans la plus pure tradition, entre samples et sonorités asiatiques. Kool G Rap vient épauler le groupe pour 5 minutes de bonheur arrosé d’hémoglobine.

Vous commencez probablement à le comprendre, le déchet n’a pas sa place sur ce disque construit à la perfection par RZA, qui maîtrise réellement l’exercice, faisant passer le micro entre les mains des plus grands rappeurs. Ils se retrouvent tous à suivre la même ligne directrice, offrant un liant agréable à l’oeuvre.

Regardez : Method Man feat Freddie Gibbs et Streetlife – Built For This

Avançons un peu plus vite pour retrouver la douce Corinne Bailey Rae sur Chains, qui nous a littéralement bouleversés. La chanteuse est méconnaissable. Héritière des plus grandes chanteuses soul de l’histoire, sa voix déborde d’émotion et elle semble venir d’une autre époque. Là, entre Etta James et Aretha Franklin, l’anglaise se place sans le moindre souci. Une performance remarquable dont on se souviendra longtemps.

Pusha T, Raekown, Joell Ortiz et Danny Brown passent juste après, et si la transition est difficile elle n’est pourtant pas ratée et permet aux rappeurs d’offrir 6 minutes de belles rimes sur Tick, Tock avant de laisser place à un son totalement différent. Ce titre nous rappelle alors qu’on est sur la bande-son d’un film de kung-fu et la belle voix de Frances Yip, chanteuse de Hong Kong, nous fait voyager un peu avant de retrouver le Wu-Tang Clan, au sommet de son art sur Six Directions of Boxing qu’on vous propose en version live avec The Roots. Non vous ne rêvez pas.

Regardez : Wu-Tang Clan feat The Roots – Six Directions of Boxing

Viennent ensuite encore un peu de soul, un peu de Wiz Khalifa, Ghostface Killah, Boy Jones, Inspectah Deck, Sheek Louch… Mais tout ça et le reste de l’album, vous pouvez l’écouter gratuitement juste là.

Ecoutez : la bande originale de The Man With The Iron Fists

On en est maintenant sûrs, RZA est un chef d’orchestre hors du commun, capable d’amener les meilleurs rappeurs à collaborer dans le seul but d’offrir une oeuvre cohérente. Un exemple que d’autres devraient suivre pour leurs projets à venir. Espérons également que ce disque sonne le retour d’un Wu-Tang qui n’a rien perdu de son talent. En attendant de voir le film et de savoir si RZA est aussi bon derrière la caméra qu’à la composition, nous vous laissons faire un tour sur le site du film qui regroupe de nombreux bonus et bandes-annonces.

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