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Bigflo & Oli ont Le Trac

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Le mot « fraîcheur » est souvent utilisé à tort et à travers dans le rap, pourtant avec Bigflo & Oli incarnent pour de vrai le truc frais qui fait plaisir à nos oreilles. Originaires de Toulouse, les deux frères de 18 et 21 ans ont baigné dans un environnement musical grâce à un père chanteur et une mère fan de variet’… Oui. C’est donc sans surprise que Bigflo et Oli débutent la musique avec une formation classique. En plus du solfège, ils choisiront même de jouer de la trompette et du piano.

L’envie de faire du rap viendra plus tardivement en écoutant à la radio un titre de Sully Sefil, un déclic qui les amènera à participer à la compétition Rap Contenders de passage à Toulouse. Bien leur en a fait car ils iront jusqu’en finale ou leur prestation a été plus que remarquée (plus d’un million de vues sur Internet), ce qui leur permettra de remporter la compétition et de donner un coup d’accélérateur à leur jeune carrière. On les retrouvera d’ailleurs en première partie de concerts d’artistes comme Orelsan, qui les prendra sous son aile et s’invitera même sur le clip Pourquoi Pas Nous, tourné dans leur lycée.

Regardez : Bigflo & Oli  - Pourquoi Pas Nous

Sur ce morceau Bigflo & Oli nous explique joyeusement pourquoi ils veulent percer dans le hip-hop avec une introduction extraite du film Harry Potter et des textes où ils passent aisément du coq à l’âne dans leurs sujets. La suite on la connait, c’est un concert sur la scène du Printemps de Bourges cette année avec la sortie tant attendue de leur premier EP, Le Trac.

L’EP démarre sombrement sur le titre Atlantis  Bigflo & Oli mettent en scène un dialogue avec une sorte de diable ou de démon. Ils citent une prophétie, créée de toutes pièces, annonçant que Bigflo & Oli sont les messies qui vont redonner leurs lettres de noblesse au rap français. Sur ce titre qui nous rappelle dans sa construction La fin du Monde de N.A.P, on retrouve de multiples références historiques avec notamment Œdipe, Gandhi, la pierre de rosette, les papyrus tout comme un certain groupe IAM. Bigflo & Oli enchaînent ensuite plus légèrement avec Gangsta que nous apprécions pour son honnêteté et le son au piano aux faux airs de son de Dr Dre. Avec leurs textes désopilants, les deux frères avec nous jouent la carte de la présentation auto-parodique pleinement assumée. Le morceau dénote avec ce que l’on a l’habitude d’entendre grâce à son refrain « Je suis pas un gangsta, je suis comme toi » et des extraits dans les couplets comme  »…freestyle sous le préau… » ou « …rappeurs sponsorisés par Leader Price… ». De l’humour et de l’amusement en démolissant les clichés bling-bling tels que les grosses voitures, les flingues et le quartier, où il y a des morts… Parce qu’il n’ y a que des vieux.

Regardez : Bigflo & Oli – Gangsta

Sur le titre suivant Quand Même, c’est une critique de la banalité du quotidien que Bigflo & Oli nous proposent. Le fond lourd contraste avec la forme plus légère avec un son très « west coast ». Le message véhiculé est plutôt positif, l’ironie sur le quotidien, s’accrocher à ces petits riens… Ah et puis mention spéciale pour le titre Jeunesse Influençable qui vaut dix fois plus que tous les reportages bidons sur la jeunesse en France. Là encore, le quotidien des jeunes qui grandissent trop vite et subissent une société de consommation qu’ils n’ont pas choisie. Un regard d’adulte par des jeunesLe maxi s’achève enfin avec Monsieur Tout Le Monde que nous vous avions déjà présenté, un titre réalisé comme un reportage de fait divers, dont le clip comptabilise également plus d’un million de vues sur Internet .

 Bigflo & Oli n’ont pas de quoi avoir le trac, ils n’ont en effet pas à rougir de leur travail et peuvent justement se targuer d’avoir sorti un très bon EP. Le ton est juste, ils n’en rajoutent pas trop et on sent une certaine sincérité mêlée d’une envie indéniable de bien faire, au regard des nombreux hommages aux « anciens ». A l’instar d’Orelsan leur mentor, Bigflo & Oli rappent leur quotidien tout en s’amusant de leur jeune âge. Naturel et spontanéité contaminent, Oli n’hésitant pas à dire en interview que le duo s’inspire des discussions des gens à table ou dans les transports. Techniciens impeccables au micro et compositeurs de leurs propres morceaux, le sentiment d’un avenir radieux est là, pour nous comme pour eux. On a hâte d’écouter leur premier  album mais jusque-là  Bigflo & Oli ont réussi leur pari de s’imposer, la preuve avec le titre culotté Héritage sur lequel on peut entendre ces paroles :  » Je préfère avoir peu de vécu que de m’inventer une vie ». 

Regardez : Biflo & Oli – Héritage

Pour en savoir plus :

Lunikar, un pas de plus vers les étoiles du rap français

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Notre loup Lunikar est de retour depuis le début du mois de mai avec un nouvel EP dont nous vous délivrons des extraits très régulièrement depuis le début de l’année. Alors au lieu de vous livrer une simple et énième critique, nous allons vous donner de bonnes raisons de l’écouter et vous convaincre, si ce n’est pas encore fait, que ce jeune rappeur fait parti des étoiles montantes du rap français.

  • Conceptuel et original

Lunikar ne cesse d’évoluer dans sa musique, sa technique et son image. Il est donc normal de le voir encore entrer dans une autre dimension. Beaucoup plus conceptuel et mystique, chaque morceau nous emmène dans un univers planant à l’instar du premier titre qu’il avait dévoilé Comme Eux. Chaque clip reprend le concept et traduit l’atmosphère qu’il donne dans ses sons. Il ne donne même pas de nom a cet EP. C’est en cela que Lunikar est un artiste original et unique. Si selon lui, rien n’est calculé, au rendu tout est assez bien pensé pour amener de la nouveauté dans le monde du rap français.

  • Influences ricaines

Comme tout jeune artiste, l’influence des sons du moment se fait sentir. Ainsi, nous ne pouvons nous empêcher d’entendre des influences Drakienne dans le titre Luv & Barriere qui réuni 2 morceaux en 1, ou encore d’entendre du A$AP Rocky ou SchoolBoy Q dans Dreamin’. L’influence se voit aussi dans les vidéos réalisées par Banguipé ou Keezy 3 Years Old et dernièrement Steew, qui reprennent les codes artistiques et mystiques des clips actuels. Quant à la pochette de cet EP, elle aurait pu séduire un Kanye West ou un Jay Z.

Écoutez : Lunikar – Luv & Barriere

  • Rappeur mais aussi Beatmaker

Si, la plume de ce monsieur est très bien aiguisée, l’une des grandes forces de ce rappeur est la production. Lunikar ne se contente pas juste de poser sur des sons, il les produit. Sur l’ep, 5 des 9 titres sont produit par ses soins. Une belle performance qui permet encore une fois de le différencier des autres jeunes rookies et lui confère une indépendance totale. Cette particularité, lui permet aussi d’être très productif, peut être trop pour certains, et de sortir très régulièrement des sons de qualité et qui lui correspond parfaitement.

Regardez : Lunikar – Successeur, Sizzle

  • Sa tanière

S’il se sent libre de créer l’univers qui lui convient au grès de ses délires comme Bon Feeling, il y a bien une chose à laquelle Lunikar reste fidèle, c’est son image de loup. Véritable philosophie de vie, il travaille toujours avec les mêmes personnes comme ILLNGHT, Twenty9, Hatik ou encore Marcus. Fil rouge sur tous ses projets, Lunikar se construit une image de jeune rappeur mystérieux, indépendant, fidèle à sa meute comme il explique sur son titre Ma Team. Et bien évidemment, cela lui permet encore de se différencier des nouveaux rappeurs arrivant sur la scène française.

Regardez :  Lunikar feat Spaker, Kostan, Tony Karino -  Mudafucka (Remix)

Alors si avec ces quelques lignes, vous êtes toujours septiques, nous vous invitons grandement à aller télécharger gratuitement cet EP et de vous faire votre propre opinion. Et pour ceux qui comme nous sommes encore plus convaincu, Lunikar nous réserve encore bien des surprises et c’est prévu pour bientôt.

Découvrez : la vision urbaine de Beat Assailant

BEATASSAILLANT_HEADER-ARTICLES2Depuis la présentation de son nouveau single Run le 10 mars dernier, nous étions impatient de découvrir le nouvel album de Beat Assailant, City Never Sleeps. Mais faisons d’abord un petit retour sur ce qu’à fait Beat Assailant pour ceux d’entre vous qui le découvriraient.
De son vrai nom Adam Tuner, originaire de Miami et d’Atlanta il a décidé de poser ses valises à Paris. Entouré d’une équipe française pour produire son premier album, il est ainsi devenu le chef d’orchestre d’un groupe de musiciens éclectiques, géniaux et aux horizons divers. Débarqué en 2005 sur la planète musicale avec l’album Hard Twelve, il s’est fait une place sans pareille, tant est si bien qu’il nous est impossible de le mettre dans une catégorie précise ou de lui coller une étiquette sans se contredire sur le morceau suivant. Nous vous proposons de (re)découvrir son morceau phare : Hard Twelve.

Regardez : Beat Assailant – Hard Twelve

Les albums se suivent mais ne se ressemblent pas : Imperial Pressure en 2008, Rhyme Space Continum en 2009 et B en 2012.

Regardez : Beat Assailant – Rain Or Shine tiré de B.

Tous les talents réunis, élargissent, au fur et à mesure des albums, la palette musicale du groupe. Pouvant se permettre de jongler entre le jazz et l’électro en passant par les percussions africaines, le rock, la funk et sans oublier la dose de hip hop et de soul, qui nous est chère.
En 2012, le H12 Band  s’est désagrégé et tout le monde a pu se dire que c’était la fin de Beat Assailant. En effet, comment recréer l’univers qui nous a tant plu sans certains de ses membres ?
Adam a donc beaucoup travaillé (presqu’un an sur ce nouvel album) pour son retour, et il nous confirme qu’il est toujours là et que l’on peut compter sur lui. Vive Beat Assailant ! Le voici donc  avec son nouveau bébé l’album City Nevers Sleeps. Pour ce 10 titres, le ton est donné d’entrée de jeu avec Run le seul morceau composé et réalisé par les beatmakers Montmartre.

Regardez : Beat Assailant – Run

Nouvelle équipe resserrée autour de Nicolas Gueguen qui le suit depuis le début, nouveau souffle et nouvelle harmonie :  nous avons l’impression de retrouver le premier album par moment, comme un retour aux sources pour repartir du bon pied. La seule collaboration de l’album est faite avec son ami Ben L’oncle Soul sur One Wish. Cet album, c’est la City sous tous les angles et dans toute sa dimension. Arrangement, talent, flow, groove, tout y est ! Note spéciale pour notre coup de cœur Million$ qui finit sur des notes electro.
Nous vous recommanderons plusieurs écoutes pour vous immerger à votre tour dans cette ville, où Adam nous embarque. « Je voulais raconter une histoire urbaine, évoquer la pression, la solitude au milieu des millions, l’anonymat de la ville, son caractère congestionné, bruyant… », explique l’auteur.
Et pour faire durer le plaisir, plongez vous également dans la pochette de l’album, fruit d’une collaboration inédite entre Adam et l’artiste photographe Jean-François Rauzier. Il s’agit d’une hyperphoto (ou photo super détaillée) qui se veut la scénarisation par l’art contemporain de l’image de la ville que peut avoir Beat Assailant. Regardez la de plus près et vous y découvrirez des titres de chansons dissimulés ou encore Adam en personne. Bonne chasse !

Après cela, il ne vous reste plus qu’à le voir sur scène pour prendre toute la mesure de cet album. On espère que vous y retrouverez l’ambiance avec le H12Band. Voilà une excuse toute trouvée pour continuer l’immersion dans cette ville qui ne dort jamais, et courez les voir. La date parisienne à La Maroquinerie le 21 mai étant déjà passée (et était complète en plus), une seconde date est prévu le 26 novembre à la Gaîté Lyrique. N’hésitez pas à venir nous dire ce que vous en aurez pensé.

Nabuma Rubberband : nouvel album de Little Dragon

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En 2011, le hype et talentueux groupe d’électro-soul suédois, sortait son troisième album Ritual Union. Le titre éponyme ainsi que le reste de l’album fut un énorme succès. Rappelez-vous :

Écoutez : Little Dragon – Ritual Union

Ce printemps, Little Dragon revient avec l’album Nabuma Rubberband et laissez-nous vous dire que c’est du lourd ! Avant de vous présenter ce bel opus en détail, revenons sur ce groupe qui a réinventé la musique électro.

Tout a commencé par une rencontre dans un lycée de Göteborg en Suède. Cette rencontre s’est rapidement transformé en amitié et cette dernière a découlé sur une collaboration musicale : Erik Bodin à la batterie, Fredik Kallgren Wallin à la basse, Hakan Virenstrand aux claviers et la dernière, mais non des moindres, Yukimi Nagano la chanteuse d’origine Japonaise qui est également aux percussions. Sa voix est la griffe du groupe et ses colères lui ont valu le surnom de petit dragon. En effet, on raconte que lorsque les enregistrements studio ne se passent pas comme elle le voudrait Yukimi Nagano fulmine. Mais quand on entend le résultat, on lui pardonne tout car sa voix n’a pas d’égale : envoûtante, douce, puissance, juste, sensuelle et aérienne. Une pure merveille !

La première sortie de Little Dragon a été le single Twice en 2006 sur le label Off the Wall. L’année suivante le groupe signe avec le plus grand label Indie Britannique, PeaceFrog Records, avec lequel ils sortent leur premier album Little Dragon. En 2009, ils sortent leur deuxième album Machine Dreams et en 2011 Ritual Union.

Little Dragon, c’est également de nombreuses collaborations, notamment avec Gorillaz en 2010 lors de leur tournée mondiale Escape To Plastic Beach World Tour ou en 2011 auprès des londoniens SBTRKT sur leur album éponyme avec le titre Wildfire. Allez, regardons le clip Wildfire  pour le plaisir des oreilles mais également des yeux.

Regardez : SBTRKT feat Little Dragon – Wildfire

Lundi 12 mai dernier, le groupe suédois sortait leur, très attendu, quatrième album : Nabuma Rubberband. Mais qu’est-ce que ce titre peut bien vouloir dire ? Erik Bodin le batteur du groupe explique lors d’une interview pour Rollingstone que «Nabuma» est un prénom féminin d’origine Ougandaise et que «Rubberband» est une enseigne  de fournitures de bureau présente aux États-Unis et en Europe. Et là on se dit: «ok et quel est le rapport ?». Eh bien figurez-vous qu’il n’y en a pas, ils aimaient la sonorité de ces deux mots et ils les ont donc associés. Mais rassurez vous, «Nabuma Rubberband» n’est pas dénué de sens : «It means a lot of things. It feels free and hypermodern and it’s feminine and weird just like the album.». Que l’on traduira par «cela veut dire beaucoup de choses, c’est libérateur et ultra moderne, c’est féminin et étrange tout comme l’est cet album.». Une belle définition qui nous amène tout naturellement, au moment que vous attendez tous, la découverte de Nabuma Rubberband. Vous avez été patients, c’est bien.

L’album s’ouvre sur le titre Mirror, un morceau tout en douceur, comme si la voix de Yukimi Nagano nous murmurait à l’oreille «Bienvenue, mettez-vous à l’aise, vous nous avez manqué, êtes vous prêts ?». Après 2 minutes et 10 secondes d’écoute, le morceau se réveille à coups de batterie, on s’attend à ce que cela continue crescendo mais non le morceau s’éteint paisiblement sur la voix de Yukimi. Ce soudain roulement de batterie est un clin d’œil au pétillant que renferme cet album et qui est la marque de fabrique du groupe. Une énergie que l’on retrouve d’ailleurs dès le deuxième titre Klapp Klapp, où là il n’est plus question de se réveiller mais de bouger son corps. Allez hop hop hop !

Écoutez : Little Dragon – Klapp Klapp

Il y a cinq jours, on découvrait déjà sur les internets un remix de Klapp Klapp par Nosaj featuring Future. Cela faisait longtemps que Future et Little Dragon voulait collaborer, c’est désormais chose faite. Le voici rien que pour vous.

Écoutez : Nosaj Thing Remix featuring Future – Klapp Klapp

Pretty Girls, le troisième titre de cet album est un régal auditif c’est du Little Dragon dans toute sa splendeurOn aurait envie de vous parler de chaque titre mais ça serait vous gâcher le plaisir, retenez juste que Nabuma Rubberband est à peine sorti et il fait déjà parti des incontournables. En toute franchise,  il est difficile de choisir nos coups de cœur parmi les 12 titres de l’opus mais puisque vous insister on vous recommande Cat Rider, Pretty Girls, Let go, Klapp Klapp et Paris à la fin duquel Yukimi Nagano nous dit en français qu’elle pourrait bien se poser à Paris.

En ce qui concerne la venue de Little Dragon à Paris, les dates de la tournée européenne n’ont pas encore été annoncées mais vous pourrez les retrouver le 31 mai prochain au parc des Bagatelles à Paris pour le We Love Green Festival. On se quitte avec le clip vidéo de Paris dont le grain de folie vous mettra de bonne humeur. Peace !

Regardez : Little Dragon – Paris

 

 

Le rêve africain de Blitz the Ambassador

Blitz the Ambassador - Afropolitan Dreams

On peut souvent douter de l’impartialité d’un attaché de presse ou d’un label dans les communiqués qui précèdent la sortie d’un album. Et c’est bien normal après tout, quoi de plus humain que de défendre aveuglément son poulain. Pourtant, il n’y a aucun débat possible au sujet du papier qui a accompagné la sortie d’Afropolitan Dreams, le dernier album de Blitz the Ambassador, sorti dans notre petit pays le 28 Avril. « Avec lui, c’est toujours un peu plus que de la musique », est-il écrit. La lecture de cette phrase a provoqué en nous, ici à STO, l’irrémédiable envie de jeter le papier en l’air avec frénésie et, tels des Julien Lepers des grands jours, de lâcher avec ferveur ces quelques mots : « Oh oui oui oui, nous disons oui !! ».

Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Blitz the Ambassador est ce qu’on appelle un touche-à-tout. L’enfant d’Accra, au Ghana, est aussi bien rappeur, producteur, que penseur ou ambassadeur d’un monde unifié, comme il aimait à le dire en introduction de Stereotype, son premier album studio sorti en 2009. Révélation artistique dans son pays natal en 2000, Blitz partit ensuite étudier dans l’Ohio en 2001 avant de s’envoler à New York pour poursuivre son rêve, celui de changer définitivement la face du Hip-Hop en y injectant les sonorités de son continent de toujours.

L’histoire de Blitz the Ambassador est intimement liée à l’immigration. Native Sun, le second album studio du ghanéen, racontait déjà une partie de ce voyage, de cette histoire d’un homme qui part aux États-Unis pour vivre son rêve. Véritable album concept, Afropolitan Dreams poursuit ce récit et permet de suivre les pérégrinations d’un artiste qui, entre Accra et New York, a d’abord pensé au rêve américain avec ses moyens africains avant de succomber au rêve africain avec ses moyens américains.

La première partie de l’album, centrée sur les États-Unis, expose les concessions auxquelles doit consentir un immigré à son arrivée dans une métropole inconnue (The Arrival), lorsqu’il connaît des débuts difficiles sans un sou en poche (A dollar and a dream). L’expérience s’en trouve enrichie car Blitz retranscrit jusqu’aux sonorités qui ont accompagné cette aventure, des bruits d’aéroport et de salles d’embarquement, aux questions des douaniers à l’arrivée à New York (The Arrival) en passant par la cacophonie de la circulation et la voix monotone d’un répondeur téléphonique international (Call Waiting).

Cette première partie est clairement estampillée hip-hop. Blitz, qui écoutait Biggie dans sa chambre en 1995 (A dollar and a dream), a su venir puiser toute l’énergie du mouvement à son arrivée à New York. Comme il le dit lui-même au douanier qui l’accueille et lui demande le métier qu’il exerce : « [I’m] a rapper » (« Je suis un rappeur » - The Arrival). The Arrival est une introduction à l’image de l’album : puissante, documentée, riche. En un mot, réussie.

Le rêve se poursuit dans A dollar and a dream. Le « kid from Africa », qui n’avait qu’un sou et un rêve en poche joue sur deux tableaux : « The blogs said I wasn’t hip hop enough, while music heads said I wasn’t African enough » (« les blogs ne me trouvaient pas assez hip-hop, et les directeurs de label ne me trouvaient quant à eux pas assez africain »), et connaît de fait des débuts mitigés. Blitz s’accroche au hip-hop et à son rêve afropolitain. La flûte enchante et laisse supposer des lendemains qui chantent sur des rythmes d’afro-pop chers à son continent de cœur.

Success et Internationally Known complètent la première partie américaine de cet album remuant. Le message est clair « It’s the beginning of a new era » (c’est le début d’une nouvelle ère), mais Blitz change sur la forme, pas sur le fond : « Success means nothing if you lose dedication » (« le succès ne sert à rien si tu changes tes idéaux »). Success, le premier single de l’album, permet d’apprécier le flow impeccable du ghanéen, à la fois rapide et ciselé. Internationally Known enfonce le clou. Les plus sceptiques sont convaincus, Blitz baigne dans le hip-hop sans brassards et sans assistance.

Regardez : Blitz the Ambassador – Success

Enfin presque, car l’ambassadeur s’est fait beaucoup d’amis à force d’écumer les scènes hip-hop soul du monde. Sarkodie, de la vague hiplife ghanéenne, Seun Kuti, le plus jeune fils de la légende Fela Kuti, mais aussi Oxmo Puccino venu dire bonjour ou encore la superbe Nneka et la diva béninoise Angélique Kidjo. La liste est longue et confirme les habitudes de l’artiste : on n’est jamais seul aux soirées de l’ambassadeur.

Ce sont justement les deux dernières qui l’accompagnent sur le diptyque suivant. L’ambassadeur est en tournée à travers le monde et, tel le bien connu Blitz, manque toujours les bons moments, qu’ils soient amoureux (Love on the run) ou familiaux (Call waiting). Plus hybrides, ces morceaux amorcent un changement de continent qui intervient dès le titre suivant. Ce basculement se fait cependant tout en douceur grâce à la voie planante d’Angélique Kidjo.

Planer a toujours fait partie du vocabulaire de Blitz, lui qui se produit à travers le monde, mais il s‘agit cette fois-ci d’un aller simple pour revenir aux sources : « Buying a one way ticket, back to who I am » (« J’achète un aller simple, pour renouer avec mes racines »One way ticket). Les dialectes africains se font pour la première fois entendre, le spleen est perceptible et c’est avec plaisir qu’on accompagne l’artiste dans son Ghana natal (Traffic Jam Interlude).

La deuxième partie de l’album est ce que l’on appelle une déclaration d’amour, non seulement au Ghana, mais au monde tout entier. All around the world, en duo avec le brésilien Marcelo D2, est un pur régal, le type de morceaux que l’on passe pour réveiller des convives un peu trop endormis, ne serait-ce que pour sa fin endiablée. Cette énergie toute brésilienne introduit comme il se doit le morceau central de l’album, celui qui permet de réunir, enfin, l’Afrique et l’Amérique dans un seul morceau. Seun Kuti se charge d’injecter l’Afrobeat nécessaire à la réussite du morceau. La symbiose avec le hip-hop chéri de Blitz the Ambassador coule de source. De son propre aveu : « I needed something that sounded like home […] Finding that place where Ghanaian highlife, hip-hop, and Afrobeat intersect, it’s a sweet spot. That’s why Seun is perfect, this is what he does » (« Je souhaitais que le morceau me rappelle mes origines [...] Trouver le savant mélange entre la highlife ghanéenne, le hip-hop et l’afrobeat, c’est intéressant. Et c’est précisément pourquoi Seun est parfait pour ce morceau, il est au coeur de ce mélange »)

Regardez : Blitz The Ambassador ft. Seun Kuti – Make you no forget

La fin de l’album apparaît alors de façon limpide. Le message final ne peut être que celui-ci : Africa is the Future. Oxmo Puccino retranscrit le message en français au cas où cela ne serait toujours pas assez clair.

Vous l’aurez compris, ce dernier album de Blitz the Ambassador nous a conquis. Riche, universel, au carrefour de l’afrobeat, du mouvement hiplife, du hiphop et de l’afro-pop, Afropolitan Dreams s’apprécie après plusieurs écoutes et présente une unité rare pour un album hip-hop en 2014. Blitz documente encore davantage ses chroniques immigrées pour en montrer toutes les facettes, et offrir un pendant plus réaliste au glamour de l’American Dream : « The life that we’re living overseas, believe it, it’s never easy as it seems » (« la vie que l’on mène à l’étranger, crois-moi ce n’est jamais aussi simple que prévu »). Avec Blitz, c’est toujours un peu plus que de la musique.

Ecoutez : Blitz The Ambassador ft. Oxmo Puccino, Just A Band, Oum, Blinky Bill

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