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Critique : Grems contre les suceurs de sang

VAMPIRE_HEADERNe vous inquiétez pas, le titre du sixième album de Grems n’a aucun rapport avec Twilight. Il aurait pu l’appeler Sangsue ou Tique mais c’est vrai que Vampire envoie plus de lourd. Oui, parce que les suceurs de sang auxquels il fait référence sont apparemment bien réels. Cet album est une sorte de résumé de ce qu’il pense, offert aux « 92% de bâtards » qu’il a croisé dans la musique en quelques quatorze années de carrière (cf : l’interview qu’il nous a accordé, que nous vous conseillons vivement d’aller lire, si ce n’est pas déjà fait). Ce qui, par A + B, fait quand même un sacré nombre de vampires dans le milieu – tant est qu’il les ait tous croisés.

En attendant, le bonhomme sait tout de même sacrément bien s’entourer. On le retrouve donc avec ses amours musicaux et, accessoirement, ses potes : Le Jouage (Husla), Noza, Entek et Mim (PMPDJ) et bien d’autres. Des artistes qui sont chers au cœur et à la musique du Supermicro.

En écoutant les treize titres de l’album, s’il vous arrive d’en oublier le thème principal, ne vous en faites pas, il vous reviendra rapidement aux oreilles. D’abord, parce que Grems sait jouer avec les mots et que, d’entrée, la tracklist vous emmène bien loin du pays des bisounours. Ensuite, parce que chaque morceau amène son flot de claques. Les unes après les autres, elles arrivent par vague de quinze dans ces phases. Il dépeint un bilan assez médiocre de ce qui l’entoure, au-delà du simple milieu artistique dans lequel il a évolué jusqu’ici mais dans la société en général.

Cet album regorge de morceaux signés (de son sang) « Grems ». On le comprend assez vite en écoutant des morceaux comme Charogne ou Full HD. On ne s’étonne même plus de ces prods complétement dingues qu’il assomme avec un flow fou. Il fait littéralement monté la pression. En plus de sa technique, il prouve une fois de plus sa maîtrise des mots. On dirait que ça lui prend comme une envie de pisser et qu’il pose ses phases sur le papier aussi vite qu’il les rappe. Entre figures de style et jeux de mots (oui, nous sommes des littéraires chez STO), on retrouve une écriture rythmée et explosive avec des lignes lourdes de sens. Savourez donc paisiblement Pieu ou Cimetière, des titres cuit à point.

En somme, ce dernier album solo de Grems est un ovni comme toujours – ou devrait-on dire un UFO (Unidentified Flying Object) ? Du moins, c’était clairement le titre parfait pour ce son avec Foreign Beggards et Micro Coz. Un morceau suivi du sublime, que dis-je, du magique Pince Moi Je Rêve. Sans aucun doute le meilleur morceau de l’album à nos yeux, qui définit autant la qualité musicale que les idées de l’artiste. Une pépite musicale qui nous emmène loin, très loin. La prod de Rose Ryot (a.k.a Son Of Kick) est simplement démente et impossible à définir, elle se ressent. Un titre qui clôt l’album à merveille et qui nous donne envie d’une seule chose : le réécouter.

Regardez : Shlag Music de Grems

Découvrez : Les Rap Quotes de Jay Shells

RAPQUOTES_HEADERJay Shells est un artiste vivant à New-York et qui a décidé d’exposer son oeuvre au plus grand nombre, sans aucune restriction, donc directement dans la rue. Mais qu’est-ce que c’est ? Tout simplement des panneaux d’informations officiels américains contenant non pas des annonces de la ville mais des citations tirés de morceaux de rap. Evidemment, les morceaux n’ont pas été choisis au hasard et chacun parle d’un quartier de New-York bien précis. Histoire de coller au thème, chaque citation a été placée dans le quartier qui lui correspondait.

Parmi la trentaine de panneaux affichés on retrouve des citations telles que :

  • « Used to ride with him to brooklyn, Lewis and Hasley, cop chocolate thai, Vernonstyle and burn it down » – NAS
  • « I’m blacker than midnight on broadway » – Mos Def
  • « No interruptions, stereos pumpin from the dungeon, coming live from Flastbush junction » – Capital Steez

et plein d’autres que vous pouvez découvrir si dessous :

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Pour aller plus loin :

 

 

[Souvenir] Klub des Loosers – Volutes

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Des souvenirs nous en avons tous, mais rares sont ceux qui sont aussi étranges que ceux appartenant au groupe du Klub des Loosers. Et aujourd’hui c’est un souvenir de ce groupe que nous voulions partager avec vous.

Le Klub des Loosers c’est pas mal de gens et très peu à la fois. Nous pensons même qu’il est possible de le résumer avec un seul nom : Fuzati. Créateur et seul membre « d’origine » encore présent, c’est ce personnage masqué qui représente clairement le Klub. Ayant débuté l’aventure en 2003, la formation a vu passer des membres que nous connaissons plus ou moins tels que Gravité Zéro, Tekilatex ou encore Para One. Certains sont restés plus longtemps que d’autres mais ce n’est pas eux qui ont fait du Klub ce qu’il est aujourd’hui.

C’est donc Volutes qui nous intéresse et dont nous sommes un peu nostalgique. Ce titre nous a été dévoilé au mois de février 2012 pour annoncer à l’époque, la sortie de l’album La Fin de l’Espèce. Dans ce morceau on retrouve l’esprit fataliste de Fuzati. On retrouve également son côté revanchard sur la vie, celui qui le rend proche de nous. Heureusement pour notre moral l’instru contraste grandement avec le texte. Elle propose un sample de trompette un soupçon jazzy et une boucle de basse très marquée.

Regardez : Klub des Loosers – Volutes

Pendant les coupures qui font office de refrains, c’est une voix féminine qui nous rejoins pour nous mettre un petit rythme sympa en tête (you-you-you-you-youuuu). Enfin, le clip du morceau est lui aussi fidèle au style de ce à quoi le Klub des Loosers nous a habitué avec un scénario minimaliste et une bonne réalisation.

Enfin, bien qu’ils ne soient pas tout le temps en couverture de tous les magazines, Fuzati et ses acolytes ne sont pas moins actifs pour autant. La preuve en est, un nouvel album est prévu pour par plus tard que demain. Samedi 1er juin se tiendra une soirée de lancement pour officialiser la sortie de Last Days. Bien que nous ne sachions pas encore grand chose de cette galette nous avons hâte de pouvoir poser nos oreilles dessus afin de voir dans quelle direction le Klub a évolué cette fois.

Nous souhaitions partager avec vous ce petit souvenir. Comme quoi parfois il n’y a pas besoin d’attendre 10 ans avant d’être nostalgique.

Pour aller plus loin :

 

Vos Choix Musicaux #57 : l’alphabet Soul, L comme

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Nous sommes à mi-chemin dans l’alphabet, que le temps passe vite ! Pour Vos Choix Musicaux, la formule évolue un peu tant qu’à faire. Désormais sur la fanpage de Soul Ton Oreille, nous vous proposerons des artistes. Ainsi ce sera à vous de nous donner vos meilleurs clips concernant ces chanteurs qui marquent ou ont marqué le monde de la soul music en leur temps ; on retiendra deux artistes, un de la nouvelle scène, l’autre qui est une légende. Voyons tout cela ensemble pour voir de quoi il en retourne.

L comme Lauryn Hill :

Vous la connaissez tous Lauryn Hill, ex-Fugees qui est allé au firmament avec son album solo The Miseducation of Lauryn Hill et qui tente un come-back en ce moment-même. C’est vrai que se sont avant tout ses anciens morceaux qui nous ont marqué au fer rouge, mais nous espérons qu’elle reviendra très vite au top !

Regardez : Lauryn Hill – Ex-Factor

L comme Lionel Richie :

Incontournable, c’est un des premiers artistes auxquels on pense dès qu’on parle soul. Voici un des morceaux cultes du chanteur, pas le plus connu mais incontournable tout de même !

Regardez : Lionel Richie – Dancing On The Ceiling

Interview : un moment en compagnie du vrai Grems

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En pleine promotion pour son dernier album Vampire, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions au bien nommé Grems. Si vous ne le connaissez pas encore, malgré sa carrière artistique entre graff et rap, cette interview est l’occasion de découvrir un artiste multi-talents qui a la tête sur les épaules. Bien loin de tous les aprioris qui circulent sur l’artiste, on a rencontré Michaël, de son vrai nom, qui nous a parlé de son travail, de ses débuts et de ses idées.

Soul Ton Oreille : Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots si certains ne te connaissent pas encore ?

Grems : Je m’appelle Grems.

STO : Parfait. Tu es connu dans le milieu musical pour avoir fait pas mal de collaborations, est-ce que tu peux nous expliquer comment elles se mettent en place ?

Je collabore depuis longtemps avec les gens de mon crew. Depuis le début, je fais des featurings avec des potes et je suis aussi, souvent invité sur des projets à plusieurs ou des albums solos. De manière générale, j’ai souvent été celui qui motivait les troupes via mon label et via mes projets parce que je kiffe donner un coup de main, je kiffe l’entente, je kiffe le mélange. Après, il y a des collaborations qui sont plus ou moins voulues et il y en a énormément où je suis déçu donc je ne préfère pas trop citer de noms de gens avec qui j’ai collaboré à part ceux que j’estime et que j’aime à savoir Disiz, Le Jouage, Starlion, Entek, Foreign Beggars, la famille quoi, et puis récemment 20syl. Ceux qui me connaissent depuis un peu plus que les quatre dernières années. Parce que, finalement, depuis ces quatre dernières années, c’est souvent des jeunes et des nouveaux rappeurs qui sont venus, qui parfois se greffent à toi. Quand tu es l’Abbé Pierre, tu ne le vois pas forcément.

STO : Du coup, les collaborations tu comptes continuer ?

Plus trop. On va dire que je compte rester avec ma famille, rester avec les gens avec qui je fais du Rap et faire des petites collaborations comme celle avec 20Syl où là c’est carrément du challenge artistique. Cette collaboration elle s’est faite un peu parce qu’il a fait les Beaux Arts, et que j’ai fait les Beaux Arts aussi. Ça donne un peu : les deux rappeurs des Beaux Arts qui font un truc ensemble, qui touchent tous les deux à tout et qu’il fallait le faire. Il y a un respect mutuel via le travail mais aussi parce que sa meuf m’a exposé à Nantes et qu’on s’est connu comme ça dans un contexte assez hospitalier où tu apprends à connaitre les gens d’un peu plus près. Aussi parce que j’ai un bon pote qui arrêtait pas de m’en parler et qui me disait : « Faut que vous fassiez un truc ensemble ! » et comme on arrêtait pas de croiser C2C sur scène, ça a fini par se faire. Mais faut savoir que toutes les collabs que je fais, ça prend toujours du temps, c’est pas à la va-vite.

STO : Donc dans tes collaborations, c’est plutôt une relation d’amitié qui se crée ?

Non, il n’y a pas d’amitié dans le rap, il faut le savoir. Tu t’en rends compte après des années et des années d’expérience. Tu te rends compte que les gens, parce qu’ils ont une passion commune, ils donnent l’impression de s’aimer tout de suite, de se comprendre tout de suite mais ça n’est pas aussi simple que ça. Pour la plupart des jeunes générations, c’est du « snakage » comme j’appelle ça, c’est à dire que ce sont des gens qui se placent là, qui se mettent derrière untel, qui utilisent. C’est pas la manière dont moi je vois les choses.

STO : C’est un peu du vampirisme…

Tout à fait. Moi, je ne le vois pas comme ça. Moi, je suis là, je fais péter, on est des potos, on est une famille, on bosse ensemble, on est un crew. Et on est un crew parce qu’on se dit qu’on est un crew et que les gens ont prouvés qu’ils étaient du crew. Alors que pour certains, du jour au lendemain, la veste elle se retourne et ça fait mal au cœur donc ça te casse les couilles au bout d’un moment. Donc il ne faut pas croire qu’il y a que des amis dans le rap. Tous les gens qui font ça, faut vraiment qu’ils comprennent qu’ils vont pas se faire des amis dans le rap parce que vraiment, après tout ce que j’ai fait, ma première réponse par rapport à ça c’est de te dire que j’ai croiser 92% de bâtards dans la musique, de gens sans valeurs et sans honneur.

Mais j’ai quand même croisé 8% de gens qui sont devenus mes amis, mes amis à vie. Quand je te parle d’un Entek, je te parle d’un mec qui m’a suivi lorsqu’il a commencé et qu’il n’avait rien, qui en est là où il est aujourd’hui et sur qui je peux toujours compter. Quand tu vois Le Jouage qui est là depuis Hustla, c’est à dire : depuis le début. Quand tu vois Disiz qui a été carrément une relation d’amour artistique, l’entente artistique de ouf qui fait que plus on se revoit plus on s’apprécie. Ce qui fait qu’à la fin on devient des amis. Mais il faut faire très attention au mot « ami » parce qu’un ami tu ne le connais pas uniquement parce que tu le connais dans la musique et qu’il rappe bien. Ce n’est pas aussi simple que ça.

Regardez : Klub Sandwich – KSW

STO : Tu dis souvent que tu fais du rap par passion et pas pour gagner de l’argent. A côté, tu as ton job de graphiste donc est-ce que justement, tu ne t’es pas offert cette liberté dans ta musique ?

Si, depuis le début. Mais c’est même pas que je me la suis donnée cette liberté artistique, c’est qu’il faut être un abruti fini pour penser qu’on va faire de l’oseille avec de la musique à notre époque. Ou alors tu fais de l’oseille pendant trois/quatre ans, tu fais le tour de France, c’est super, chanmé pour toi… Mais, est-ce que tu as réfléchi à ton avenir ? Est-ce que tu as réfléchi au moment où tu auras 25 ans et que tu en auras marre de faire du rap ou que tu n’auras pas le succès que tu as eu juste avant. Qu’est-ce que tu vas faire comme métier puisque tu as lâché tes études pour le rap ? T’as l’air con maintenant, trou d’balle.

Moi je l’ai fait parce que je savais depuis le début que mon métier c’était être designer. J’ai découvert la musique et le dessin par le hip-hop, par le graff et le rap. A l’époque – et même maintenant – tu n’arrivais pas en disant « J’vais être graffeur/rappeur », ça paraissait même impossible. Donc je cachais mon côté graff, je le faisais à côté, c’est ce qui m’a enrichi personnellement, c’était mon champ d’actions libres. Puis, tu scannes le truc parce qu’il faut bien que tu manges et qu’il faut que tu te trouves un métier. Moi le métier que j’ai trouvé c’était en allant aux Beaux Arts, je suis parti faire « design graphique » pour être pris dans une agence et apprendre sur le tas. Je ne savais pas trop où j’allais. Mon délire c’était d’apprendre à être designer et quand je sortais, je graffais et je rappais parce que c’était ma liberté, c’est tout. Mais c’est devenu cyclique, omniprésent, si je ne rappais pas ou si je ne graffais pas je commençais à devenir malade. Je me disais « putain, j’évolue pas artistiquement », tout en apprenant à côté le métier de designer. Puis, quand je suis arrivé à la fin de mes études, j’avais commencé à bien évoluer en graff et j’avais déjà mis un pied à l’extérieur en faisant des pochettes – au delà des miennes – c’était de l’amusement. Je me suis dit que je pourrais peut-être gagner de l’oseille en m’amusant un petit peu plus que je ne pouvais plus me faire chier dans le design. Par la suite, je suis rentré en agence, j’ai fais de la merde toute la journée, j’ai compris ce que voulait un client et un jour, j’ai monté ma boîte corporate pour finalement me rendre compte que ça me saoulait. Au même moment, en parallèle, je faisais des flys « à la Grems« , j’avais de plus en plus mon style. Et comme par hasard, le jour où je me dis « Nique sa mère, j’vais me mettre au RMI et faire des graffs », on m’appelle pour faire la campagne de pub de la RATP.

STO : D’ailleurs, ça nous a beaucoup fait rire que la RATP choisisse un graffeur pour faire une de leurs campagnes.

Je ne pense pas que la RATP choisisse. En vérité, ça marche exactement de la même manière pour tous les trucs comme ça. La RATP, elle fait appel à une agence, en l’occurrence Havas, parce qu’elle est en galère d’idées pour sa prochaine campagne. A l’époque j’avais un pote qui bossait comme Directeur Artistique pour cette agence, son job c’était de protéger le boulot du graphiste. Si le client commence à te dire « met ça là, change ci, change ça », ta création elle est pétée. Donc mon pote a défendu mon taff, il a argumenté pour que je sois le plus libre possible. Donc la RATP n’a pas fait appel spécialement à un graffeur, ils ont fait appel à une boîte qui leur a montré une idée qui leur a plu. Quand ils ont vu ce style, ils ne se sont pas dit que c’était du graff, comme plein de gens d’ailleurs, alors que c’est totalement du graff. Mais je crois qu’ils s’en foutent en fait.

STO : Est-ce que tu peux nous parler un peu de tes influences en ce qui concerne le graff et le graphisme ?

En fait, je n’ai pas d’influences de graphiste, parce que j’ai fait les Beaux Arts donc forcément c’est beaucoup plus large. Même quand tu fais du graphisme en étant aux Beaux Arts, tu es un peu livré à toi-même, on ne t’apprend pas à faire les choses. Tu es avec tes potes et c’est eux qui t’apprennent. Bien sûr, au début, je faisais des trucs à la plume, super figés, super modernes. J’apprenais ça, je comprenais : « magnétisme de la grille, magnétisme du point » [ndlr : seuls les graphistes comprendront] et un jour j’ai découvert mon style. Sauf qu’au final c’est un mélange de plusieurs mélanges. A voir des trucs comme Keith Haring, Jean-Michel Basquiat mais aussi De Kooning, les grottes de Lascaux, les peintures murales, les fresques à l’ancienne : ta tête, elle pète un plomb. Puis tu essayes des trucs, tu testes et un jour, bam, tu trouves ton style. Et là, tu te dis que c’est évident, que c’est ce que tu cherches depuis des années et tu y vas.

Mon médium c’est ma main. Quasiment tous mes designs je les fais à la main même si on ne s’en rend pas compte. Et maintenant, je m’influence de tout. Franchement, je crois que je vois les choses exactement de la même manière que Picasso. Je ne me compare pas à lui, je regarde juste comment il procède, comment il peint. Il y a beaucoup de gens qui ont dit qu’il copiait mais il ne copiait pas ce mec là. Il regardait une seconde un truc, il voyait l’image et l’interprétation qu’il en avait, à sa manière. Moi c’est exactement pareil. Comme par hasard, je suis né le même jour que lui, chanmé !

Regardez : Grems featuring Starlion – Toast

STO : Et tes inspirations du côté du rap ?

Là, il y a clairement des influences. C’était dans les année 90, j’ai écouté un peu tous les raps. Je suis parti du côté Gangstaar, Tribe Called Quest ou de New York Fonky Rap, ça défonce. Ensuite j’ai écouté le Wu-Tang, je me suis dit « c’est quoi ce bordel ? » mais là, j’étais plus un fan, mais plutôt un mec qui écoutait le truc. Un jour, je me suis mis à rapper et au niveau du flow, j’étais dans les débuts d’Eminem, quand il était chez Rawkus. Un album d’Eminem, je trouve ça inaudible, mais par contre quand le mec il freestyle, je tombe dans les pommes parce qu’il est trop fort. J’ai compris en écoutant ce mec là et en écoutant Wildchild, j’aimais le style Stones Throw (ndlr : label de Wildchild entre autres).

Puis je me suis rendu compte que tout ce que je kiffais ça venait de deux mecs : Jay Dee et Madlib. J’écoutais tout, j’étais à fond dans le Boom Bap, dans le Fonky Clap. Avec mon producteur Steady, le premier Algèbre, c’était Fonky Clap et c’est pareil dans tous mes albums on retrouve toujours des morceaux dans ce style là. J’ai la culture Boom Bap et c’est de là que je viens.

Après les choses ont évoluées. Comme je suis assez ouvert et assez curieux, je regarde et j’essaie de comprendre ce que j’aime vraiment. Vers 2002, j’écoutais les compiles BBE (ndlr : Barely Breaking Even Records) et des albums de producteurs solos (Jay Dee, Pete Rock…). Un jour, je vois un disque, triple CD House Music BBE et c’était vraiment les dix ans de house des années 90 que je ne connaissais pas, bien que c’était de la musique qui passait à mon époque. Et en écoutant le skeud, je deviens ouf. Il y a des sons, je suis là, je comprends trop. Parce que quand j’étais petit j’écoutais des trucs style Technotronic. Je trouvais ça chanmé, je ne comprenais pas comment j’avais pu passer à côté de ça. Du coup, j’approfondis et je me rends compte que j’aime la house. Puis je tombe sur Moodymann, sur Metro Area et je me dis « Mais pourquoi il n’y a personne qui rappe dessus, on dirait du Jay Dee accéleré ». De là, j’ai commencé à dériver, à me renseigner vraiment sur tout ce qui est vraiment mélodieux et binaire dans la musique. Je me dis « on va inventer ce style de rap-house » et au fur et à mesure, j’accélère, je me rends compte qu’en Angleterre ils ont inventé le grime. Ils rappent comme des sauvages, ça défonce mais ce n’est pas notre culture. Nous on est français, faut qu’on invente notre truc. Je continue à me renseigner et encore une fois, je me rends compte que mes choix tombent toujours sur les mêmes villes (Detroit, Londres, Chicago) pour le grime, le broken beat, la house, la deep et la techno à proprement dit. La techno comme moi je la vois c’est chaud en fait, c’est de la musique noire. Limite, si je te fais écouter un morceau de techno, tu me dis « mais c’est de la soul » mais non, ça s’appelle de la techno.

Donc à force de scanner dans tous les trucs, mes influences sont : la deep house music, le broken beat, le rap fonky et un petit peu de rap spé. Et non pas du « dubstep » et encore moins de « l’électro », je vous en supplie. Faut arrêter avec ça, « l’électro » ! Faudrait savoir si c’est une musique ou si c’est un terme pour dire « les musiques électroniques » parce que ça les arrange de ne pas savoir. Pour moi, c’est péjoratif, c’est de la musique de blanc à mèche. Par exemple, Ed Banger c’est électro et je n’aime pas, ce n’est pas ma musique. C’est très bien fait, c’est super mais je n’aime pas. Moi, j’aime ce qu’ils appellent « has-been », mais ça ne me pose pas de problème d’aimer ce qui est has-been. D’ailleurs, ce qui est has-been en France ne l’est pas forcément  ailleurs. Ce n’est pas une histoire de mode, c’est une histoire de goût. Il y a la musique chaude, il y a la musique froide, j’aime la musique chaude. En fait, faut fouiller pour pouvoir affiner ses goûts, je pense.

STO : On va parler un peu de Vampire, quand même. Déjà, est-ce que tu peux nous expliquer la signification de ce titre ?

Parce qu’aujourd’hui on est dans une époque où tout le monde copie tout le monde. Il n’y a que des arrivistes, des gens qui pensent par stratégie et qui te sucent ton sang. Il suffit que t’aies le malheur d’être créatif, tu te feras taper dessus ou voler. Donc c’est un joli bilan de presque quatorze ans de musique et de tout ce que j’ai pu croiser. C’est un album triste mais c’est la vérité. Dans la musique, c’est des vampires. C’est pour tous les gens qui me copient, qui m’ont snake, qui ne servent à rien dans la musique, tous ces cockainés de base qui parlent, tous ces gens inutiles qui ne servent à rien. C’est pour ça que j’ai appelé cet album comme ça.

STO : Souvent tu critiques les journalistes et on se souvient d’une interview où tu disais que c’était la dernière en français parce que tu en avais marre. Pourtant, tu es là avec nous, tu as changé d’avis ?

C’était juste avant de sortir un nouveau disque, à l’époque j’avais dit que c’était la dernière car je m’étais dit que j’allais me prendre une pause pendant un an, en me disant que les journalistes ne me poseraient plus leurs questions débiles. Des questions du style : « Pourquoi Grems ? », « Tu as fait quoi dans la musique ? ». Quant tu entends ça, tu as envie de leur demander s’ils sont journalistes ou s’ils sont cons. Je veux dire, ces journalistes là, ils ont fait comme tout le monde, ils ont fait un copier coller sur Wikipédia et ont mis trois mots au milieu pour faire croire qu’ils font de la rédac ? Faut savoir le dire, et c’est ce que j’ai voulu exprimer à ce moment là.

Le problème c’est que les gens me disent que je suis prétentieux. Je ne suis pas prétentieux, je sais juste de quoi je parle donc je mets le doigt dessus. Bien sûr, ça ne va pas arranger la masse mais je suis désolé, c’est vrai. La presse aujourd’hui c’est : on vend des pages de pubs et après on parle de quelque chose. Il est où l’intérêt ? En gros, tu nourris ton magazine d’abord. Et quand tu te dis « la presse c’est pas ça » et qu’on te répond qu’il faut bien se remplir le ventre… Bah laisse tomber, on ne parlera pas de moi dans ton magazine, je ne suis pas la pour vendre une page de pub. Le problème c’est que la majorité des gens dans ce milieu n’ont rien à dire ou ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’ont pas la moitié d’un ongle de culture ! Comment on peut donner des pouvoirs pareils à des gens comme ça ? Alors qu’à côté tu as des gens qui ne se la pètent pas, qui ont des blogs tout petits et qui font vingt-cinq fois plus de travail qu’eux. Il faut m’expliquer.

Un exemple simple, j’ai fait une annonce sur Facebook. Ça commence comme ça : « Je n’arrête pas la musique mais ceci sera mon dernier projet solo ». Vous avez tous entendu que j’arrêtais le rap dernièrement, hein ?

STO : Oui, en effet…

On va dire merci à tous les journalistes qui ont écrit ça. Franchement… je veux leur dire : vous êtes des abrutis, et même si vous parlez de moi et que vous me kiffez, vous êtes des abrutis. Et écrivez-le ça, parce que c’est la vérité. Il y a un moment, on ne peut pas accepter les gens qui nous traînent vers le bas et qui ne font pas leur métier. On n’avancera pas dans ce pays tant qu’on laissera des branquignoles à des places comme celle là. Après, les journalistes ils sont de plus en plus à dire « j’ai peur » mais c’est très bien qu’ils aient peur de moi. Parce qu’en faisant beaucoup d’interviews, j’ai vu le niveau de leur question et c’est limite une insulte pour l’artiste, qui lui est là, a fait le taff et les journalistes ils arrivent, ils le regardent comme s’il était une pute à promo ou un objet. T’as envie de les réveiller en leur disant « Comment ça se passe au niveau de ton cerveau ? ».

STO : A parler avec toi, on se rend compte que tu as plein de trucs à dire et que tu as vraiment envie de partager. Au final, c’est dans ces moments que l’on voit qu’on se fait une idée fausse des artistes en lisant des choses sur eux.

Et moi, je suis le pire. Je bénéficie du plus gros truc qu’on appelle « légende urbaine ». Si tu parles de moi dans le business, tout le monde pense que je suis un fou. Moi ça me fait rire, qu’ils restent ensemble à copuler avec leurs trucs qui ne valent rien. A côté de ça, je bosse avec les plus grandes sociétés du monde, donc ça me fait rire. N’importe quelle personne qui réfléchit deux secondes dans sa tête va se dire : « Mais s’il bosse avec eux et eux, c’est qui le fou en fait dans l’histoire ? ». Surtout que ceux qui me disent fou ce ne sont que des gens que je n’ai jamais croisé, et avec qui je n’ai jamais parlé.

STO : On parlait tout à l’heure de ta liberté artistique, les débuts c’était quand même la galère, non ?

Je me suis battu pour être libre et la liberté a un prix. J’ai passé mon temps à galérer mais la fin justifie les moyens. Quand tu choisis d’être graphiste ou d’être artiste, tu prends un risque un peu plus grand que les gens en général. Tu décides de ne pas manger pendant dix ans. Quand je dis ne pas manger, ça veut dire que tu fais un repas par jour. C’est risqué quand même de faire ce que tu veux dans ta vie. Ce n’est pas utopique, c’est risqué. Tu sais maintenant que c’est possible si tu le veux plus que n’importe qui, tu peux réussir ce que tu veux. C’est juste qu’il faut se lancer pour le faire. Donc soit tu acceptes le prix que ça coûte, soit tu ne l’acceptes pas mais il ne faut pas se mentir à soi-même. Moi, je le savais déjà d’avance, je faisais des micmacs pour gagner de l’argent, je gagnais quasiment rien, je pouvais à peine payer le loyer et toute la journée je dessinais. C’est pas en une nuit que ça arrive. Si demain il t’arrive un succès, il faut se méfier parce qu’en le connaissant trop tôt, la chute peut être très dure, et je n’aurais pas voulu connaître ça. Je préfère être conditionné dans mon idée que c’est toujours la merde. Parce que quand c’est ghetto, je ne m’inquiète pas puisque j’ai toujours été dans la merde donc ça ne me dérange pas. Après quand tu fais du biff, tu kiffes mais quoi qu’il arrive tu gardes tes réflexes, tu sais quand tu déconnes et qu’il faut que tu manges des pâtes. Faut pas se mentir, c’est pas évident et puis pour réussir il faut passer par toutes les étapes. De toute façon, je pense que l’on est dans une époque aujourd’hui où il faut apprendre le maximum de choses parce qu’on va rentrer dans un échange de procédés bientôt. On se nourrit tous, on va être dans l’échange et dans le partage des savoirs. C’est ce qu’il y a de plus enrichissant humainement parlant et même dans le travail.

Plus tu vois et fais des choses différentes, plus tu connais des médiums, plus t’es capable de faire des trucs. Pour moi un artiste, c’est quelqu’un qui vient les mains dans les poches et qui peut faire de l’art sans matos. Par exemple : je suis allé en Afrique, il n’ y avait pas de matériel, j’ai fait un mur à la craie. Je kiffe mon mur à la craie, je le trouve trop beau. Si tu mets un coup d’éponge, il s’effacera mais un artiste ne doit pas s’arrêter et se dire « il me manque ça et ça, je ne peux pas bosser ». Non, si tu es un artiste, tu as testé tous les petits trucs et tu peux arriver à faire ce que tu as envie, même sans matos.

STO : C’est cool ce que tu dis, ça donne de l’espoir. On va finir sur ton actu quand même : Vampire, c’est donc ton dernier album solo, pourquoi ?

Parce que comme je disais, la musique c’est triste. Tu vois que des gens qui te font miroiter et perdre du temps. Les gens pensent stratégie alors que l’essentiel, la base c’est la musique…et il n’y a personne qui en parle. L’apologie du crime, de la pute, de la salope, du biff et du « nique ta mère », je trouve ça triste. Moi qui suis papa et qui ai une maman, je ne trouve pas ça très sain. Ça me fatigue d’être là dedans. J’ai envie de voir de l’herbe et du sable, la mer, de voir mes enfants et de kiffer. J’ai envie de faire mes morceaux tranquille, faire juste un morceau ou deux et de me remettre dans mes projets d’avant, Husla, Klub Sandwich, Entek. J’ai 34 piges et je n’ai pas envie de voir ma chute. Donc je vais gentiment rester là-haut, je ne veux pas décevoir les gens et je veux garder ma liberté. Et de dire stop à ça, c’est une certaine forme de liberté.

Ecoutez : Grems – Vampire

On remercie Grems pour avoir répondu à nos questions et on espère que vous avez eu l’occasion d’en apprendre plus sur lui et son travail. On reparlera de son album sous peu sur Soul Ton Oreille et en attendant, on vous conseille de l’écouter.

Pour aller plus loin :

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