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Critique : Alchemist & Evidence sont les Step Brothers

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A votre gauche, Evidence – rappeur, producteur californien membre des Dilated People. A votre droite : Alchemist – DJ, rappeur, producteur entre autres de Nas et Eminem. Associez les deux et voilà Step Brothers, à mi-chemin entre le délire de potes et le « super-groupe » comme on en rêve souvent. Avec un album sorti il y a quelques jours, Lord Steppington, l’union des forces est officialisée et c’est une évidence (!!!), ces 14 titres démontrent des qualités indéniables.

Annoncé déjà en 2009 et prêt depuis un an, ce projet aura mis son temps à mûrir et se lancer, amenant au passage quelques invités pour compléter un casting 5 étoiles : Oh NoAction Bronson, Blu, Roc Marciano entre autres. On a aussi droit au retour via The Whooliganz de Scott Caan derrière un mic. On ne doute pas que comme nous, vous ne vous attendiez pas à entendre un blondinet d’acteur au micro sur un projet hip hop plus que lourd.

Regardez : Step Masters de Step Brothers

Parlons-en de la lourdesse : les productions magistrales de Alchemist (à l’exception de Byron G produite par Evidence) portent haut et fort les ingrédients indispensables au secouage de tête. Des boucles courtes, de la basse au max, des samples dispersés ça et là, des scratchs mesurés, du boom-bap en veux-tu en voilà… Rien à redire niveau production, on achète et on se fait embarquer tout au long des 48 min de l’album dans un battement de mesure sans trop de retenue.

Ecouter : See The Rich Man Play de Step Brothers feat. Roc Marciano

Lyricalement, on est un niveau en dessous par contre. C’est ici qu’intervient l’étiquette « album de potes », puisque les amis ou demi-frères, viennent poser sans prétention aucune, sans vraie originalité, et la spontanéité mise dans l’enregistrement de l’album se retrouve là. Jamais légers dans le ton (à part sur le plus volubile Mums in the Garage featuring Action Bronson) mais jamais graves dans leur message pour autant, on y verrait presque un paradoxe, qui n’enlève rien à la qualité auditive mais perd un peu l’oreille dans l’exploration du contenu de Lord Steppington.

Un album qui fleure bon le rap des années 1990, qui nous rappelle les Beastie Boys parfois, qui nous rend mélancoliques par certains de ses samples. Un opus qui voit ses invités poser comme chez eux, sans surprise au mic, sans étonnement au déroulé des 14 morceaux, comme si tout avait été écrit, composé, réalisé tranquillement, sans pression entre potes. Un projet sans prétention mais qui fait le boulot.

Pour aller plus loin :

OVNI : King Krule, le darkwaver britannique

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Avant même de le présenter, nous vous laissons l’écouter afin que vous compreniez ce qui lui vaut l’étiquette d’ovni. Le morceau Rock Bottom, que vous allez découvrir (enfin peut-être) est sorti en 2011 et figure parmi les titres phares de King Krule.

Écouter : King Krule – Rock Bottom

Alors ? Eh non, pas de doute, c’est un ovni ! King Krule, de son vrai nom Archy Marshall, a été élevé  à la pop anglaise, au ska et au punk. Vous l’aurez donc compris : il est anglais. Il a grandi à Dulwich dans le sud-ouest de Londres où il a étudié à l’école de Forest Hill puis de 2008 à 2011 à la fameuse Brit School. Il commença sous le nom de Zoo Kid et en 2011, il opta pour King Krule en référence au film King Creole d’Elvis Presley et au chanteur Kid CreoleÀ 19 ans seulement, King Krule est déjà parvenu à se créer un univers bien à lui : un mélange de dark wave, new wave, indie, pop, hip hop et rockabilly.

La magie de King Krule nait principalement de la rencontre improbable entre une voix et un physique. En effet, sa voix est grave, rauque, brute, sans fioritures aucunes alors que ses cheveux roux irlandais, son corps frêle, long et son teint blafard lui confèrent un physique friable. Son accent cockney est également un élément important, il allonge les voyelles comme personne. Cela donne l’impression qu’il a besoin d’extérioriser un dégout, une douleur, un déchirement, une désillusion ou une rage triste.

En 2010, en tant que Zoo Kid, il auto-produit son premier album intitulé U.F.O.W.A.V.E. Mais attendez une minute! « U.F.O » comme dans Unidentified Flying Object ? Mais ça ne veut pas dire O.V.N.I en français?  Ben bravo STO, en plein dans le mille ! Blague à part, U.F.O.W.A.V.E est composé de sept morceaux dont Out Getting Ribs qui ouvre l’album. On vous laisse découvrir le clip :

Regarder : King Krule – Out Getting Ribs

C’est en jouant ce morceau sur la scène du Midi Festival de Hyères en juillet 2011 que la carrière de King Krule s’est envolée. La même année, il sort King Krule EP sous le label True Panther puis les morceaux Rock Bottom et Octopus sous le label Rinse. Le 24 août 2013, il sort son dernier et bel album Six Feet Beneath The Moon composé de 15 titres et qui s’ouvre avec le super morceau Easy Easy dans lequel il crie sa résignation : « When positivity seems hard to reach, I keep my head down and my mouth shut ». Voici le clip.

Regarder : King Krule – Easy Easy

Il y a 10 jours, 20Syl a sorti un remix très réussi d’Easy Easy avec des sonorités entraînantes de hip hop et d’électro. C’est pour vous, c’est cadeau !

Écouter : 20Syl (Hocus Pocus) – Easy Easy Remix

Sur Six Feet Beneath The Moon, que l’on vous recommande chaudement, nous avons un coup de cœur pour les morceaux Border Line et Baby Blue, la touche douceur de l’album. Vous l’aurez compris, l’ovni King Krule a définitivement pris son envol. Nous espérons vous avoir donné envie de le suivre dans son voyage que l’on souhaite long et sans embûches.

Critique : encore un album pour Talib Kweli

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On dirait qu’il n’en a jamais assez. Avec des sorties et des projets à profusion ou presque, difficile pour Talib Kweli de s’éloigner du devant de la scène. Dernier album en date ? Gravitas, sorti en décembre 2013, uniquement disponible via son site web et qui marque son sixième essai solo. Derrière ce choix d’indépendance, une volonté d’être dans une relation directe avec ses auditeurs, de ne pas voir de mur se dresser entre lui et ceux qui l’achètent. Une envie louable et une manière aussi de faire ses propres règles, dans une industrie où le jeu change beaucoup et jamais sans trop de clarté.

L’heure est donc venue pour STO de livrer ses impressions sur ce nouvel opus. A la première écoute, la qualité qu’on connait à Talib est là : le flow est toujours bon, les lyrics toujours aussi élaborées et les influences « originelles » du hip hop toujours présentes. Avec une touche différente et une certaine fraîcheur, comme on l’attend systématiquement avec Talib Kweli mais qui nous étonne à chaque fois. A la prod, on trouvera J. Dilla, Oh No, Rich Kidd entre autres, alors que les featurings amèneront pas moins que Raekwon, Big K.R.I.T., Black Thought ou encore Abby Dobson qu’on avait déjà entendu sur l’album précédent et l’excellent Before He Walked, et évidemment RES, indispensable à Talib depuis quelques temps déjà !

Commençons par Demonology. Ici, le mélange des flows de Talib et Big K.RI.T. porté par une instru énervée marquée de la guitare de Gary Clark Jr permet un morceau hybride assez familier finalement de l’univers de Talib Kweli, mêlant à sa manière des aspérités rock hyper-énergiques à son hip hop « classique ». Une morceau qu’on ajoutera directement au top 3 de cet album.

Avec Violations, Talib laisse de la place pour la légende Raekwon, sans se mettre en retrait cependant : vrai duo, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu une combinaison lyricale pareille. Rappant ensemble et pas juste l’un après l’autre, ce titre se présente comme l’un des meilleurs de l’album et probablement comme l’une des meilleures collaboration de Talib depuis un bout de temps. Normal dans un sens, on parle là de deux acteurs majeurs du genre !

Ecoutez : Violations de Talib Kweli feat. Raekwon

Autre morceau à tirer son épingle du jeu : New Leaders, featuring The Underachievers. « Welcome to the new age », Talib offre avec ce titre un visage différent à Gravitas, avec ses percussions et sa mélodie proche d’un afrobeat. Le débit du rappeur nous met en haleine et The Underachievers de Brooklyn n’enlèvent rien à la qualité du titre malgré une petite baisse de régime sur les couplets qui leurs sont réservés. Vous avez là nos trois médaillés de Gravitas, avec ce trio de collaborations immanquable.

Alors que les deux morceaux qui suivent ce New Leaders nous marquent moins (The Wormhole et What’s Real feat. RES) et sont un peu en-dessous, on accède à Art Imitates Life, où le conscient Kweli trouve un alter-ego avec Black Thought : rejoints par Rah Digga et ALBe. Back, la production d’Oh No et sa batterie provoquent un mini-torticoli quand on se prête à marquer le rythme de la tête alors que les cordes du violon apportent douceur et chaleur au titre.

Ecoutez : New Players de Talib Kweli feat. The Underachievers

Avant de conclure sur Colours of You, Talib définit et redéfinit l’amour sur le très court Lover’s Peak, aux accents soulful très agréables mais presque pas attendus après autant de drumbeats et sonorités électriques. A peine long de 2 minutes, il est certain qu’à votre première écoute vous serez frustrés d’entendre le morceau se finir déjà ! Sur le titre suivant qui conclue donc Gravitas, l’oublié Mike Posner (oui, oublié depuis cette reprise tragique de Wonderwall qui nous a fait le placer sur liste noire) amène de la légèreté (ou du vent ?!) pour un morceau facile à oublier voire dispensable, terminant l’album sur une note beaucoup trop calme et posée à notre goût.

Moitié efficace, moitié classique, Gravitas est un album à ne pas jeter mais assez inégal qui continue cependant de montrer la qualité de Talib Kweli sur le papier et derrière un micro. Il y fait ce qu’il veut, et l’indépendance qu’il a souhaité se fait écho dans cette liberté prise avec les sons et la structure de l’album. Alors que le hip hop subit fréquemment des baisses de qualité dignes de le qualifier de genre valétudinaire, on se réjouit de voir des mecs comme Talib Kweli ne rien lâcher. Alors que Talib fête déjà ses 20 ans dans le rap game, on voit que clairement, ce n’est pas demain qu’il raccrochera le mic, et on attend déjà la suite de ses pérégrinations musicales d’une oreille attentive. Pas de repos pour les braves !

(Re)Découvrez : Electro Deluxe

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Electro Deluxe. Depuis treize ans d’existence et cinq albums, on cherche à comprendre le rapport entre leur nom et leur musique. Pour le « Deluxe », remarquez, c’est facile. Cette rythmique qui vous prend des tripes aux extrémités, ces instruments à vent qui vous susurrent de jolies mélopées jazz ou qui vous soufflent un funk à décorner les bœufs, ces échappées épiques dans le rap… Rien à dire, c’est luxuriant. La preuve en écoute tout de suite, avec un extrait de l’album Play, sorti en 2010, le titre Let’s Go To Work en featuring avec notre chouchou Gaël Faye.

Ecoutez : Electro Deluxe – Let’s go to work

Et quid du « Electro » ? D’habitude, quand on parle d’électro, on pense à une bande instrumentale faite de samples et d’effets sur laquelle un musicien de chair et d’os vient se poser. Là, c’est l’inverse : Tomas Faure (saxophone), Jérémie Coke (basse), Arnaud Renaville (batterie) et Gaël Cadoux (claviers) forment un groupe d’instrumentistes bien vivants dont les morceaux sont enrichis par des samples ou des boucles, et si possible de façon subtile.

Ecoutez : Electro Deluxe – Zoé (ext. album Hopeful, 2007)

Le cocktail, unique, est apparemment bien dosé et fort savoureux : le combo se produit dans les plus grands festivals et tourne à l’international depuis dix ans, les collaborations avec des artistes confirmés et d’horizons divers – Didier Lockwood, Guillaume Poncelet, Ben l’Oncle Soul, 20syl – se multiplient, ses membres sont dorénavant parmi les plus demandés de la scène soul et funk française.

Cependant, c’est bien connu, pour durer, il faut évoluer. Le déclic se serait-il produit en 2010, quand le groupe rencontre James Copley, qui vient poser sa voix sur l’album Play ? Toujours est-il que la formation décide à la fois de « titulariser«  le chanteur américain et d’abandonner les machines pour mieux faire jouer – et danser ! – les hommes. Comme souvent c’est avec un album live à l’intitulé sobre que l’on annonce les changements à venir. Le message du Live in Paris qui sort en 2012 est très clair : le groupe se mettra dorénavant un peu plus au service de la voix et le son sera légèrement vintage, avec ou sans big band.

Regardez : Electro Deluxe – Let’s go to work (ext. Live in Paris, 2012)

Et voilà que le programme présenté en 2012 se concrétise à peine un an plus tard avec la publication de Home. « Home », comme « home made », soit « fait maison », en français. Quitte à se lancer le défi de travailler différemment, autant aller au bout et se charger de toute la production soi-même, ce sera sans doute plus fun. Et aussi « Home » comme l’endroit où l’on se ressource. En l’occurrence, le funk des années 70, avec le son si particulier conféré par le matériel de l’époque, des instruments – pianos électriques Wurlitzer, Rhodes – à la prise de son.

L’ancienne formule, qui mêlait jazz, funk, soul et hip-hop et faisait intervenir différents interprètes solistes sur un même album, avait l’avantage de renouveler constamment l’intérêt de l’auditeur, même à l’endroit de morceaux plus faibles. De plus, la musique fortement influencée par le jazz pouvait se développer sur des ponts et des chorus très riches. Aussi, celui qui suit le groupe depuis ses débuts pourrait se sentir dérouté à la première écoute.

En revanche, celui qui découvrirait Electro Deluxe aujourd’hui serait immédiatement happé par les tubesques Devil et Twist Her, qui émergent de courtes têtes d’une dizaine de très bons morceaux servis par la voix agile, puissante et un brin canaille de James Copley. Les fondateurs du groupe se sont tout de même gardés un peu d’espace avec deux pièces instrumentales : un Ground explosif et un Turkey funkement groovy à souhait.

Regardez : Electro Deluxe – Devil (ext. album Home 2013)

Ben, oui : évoluer, d’accord, mais se renier, ça, non ! D’ailleurs, devinez à qui l’on a confié le remix de plusieurs extraits de l’album ? En mille : 20syl, l’homme qui ne dort apparemment jamais. Alors, qui a dit que le « Electro » dans le nom Electro Deluxe ne signifiait vraiment plus rien ?

Ecoutez : Electro Deluxe - Devil (20syl Remix)

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que ça vous a plu au moins autant qu’à nous ! Vous en voulez encore ? Soul Ton Oreille vous propose avec joie de gagner 2×2 places pour assister au prochain concert francilien d’Electro Deluxe, le vendredi 31 janvier au Tamanoir (M° Les Courtilles – l.13 ou RER C – Gennevilliers). C’est l’une des nombreuses étapes d’une tournée commencée en fin d’année dernière et qui se poursuivra au moins jusqu’en octobre 2014.
Il suffit d’envoyer un mail à team@soultonoreille.com avant le lundi 27 janvier, 23h59 en précisant dans l’objet « Jeu-concours E2LUX ». Les noms des deux gagnants seront tirés au sort. Bonne chance à tous !

Pour aller plus loin :

 

Découvrez : les Mentalow Mixes

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Mentalow Music c’est le label qui abrite les talents tels que Pumpkin et Vin’s Da Cuero par exemple. Aujourd’hui, nous voulions partager avec vous encore une fois leur travail que nous apprécions particulièrement. En effet, régulièrement , ils proposent un Mentalow Mix, qui vient proposer un joli florilège de gros morceaux de rap US, mais pas que, vous y trouverez la crème de ce qu’il se fait de meilleur à travers le monde, le tout travaillé du bout des doigts de Vin’s Da Cuero.

Ce mois-ci, c’est déjà le 36ème Mentalow Mix et vous y trouverez un très bon remix de Kendrick Lamar par 20Syl, un bel hommage rendu à J Dilla par BinkBeats, un voyage au Brésil avec le beatmaker Question et vous irez découvrir le reste tout seul sinon il n’y aura plus de surprise ! Nous vous souhaitons une très bonne écoute.

Écoutez : Mentalow Mix #36 by Vin’s Da Cuero

Pour aller plus loin :

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