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Critique : Common, retour fracassant ?

Common, voilà un nom qui revient plutôt régulièrement chez Soul Ton Oreille. Dernièrement, nous vous avons fait suivre les singles Blue Sky et Ghetto Dreams, proposés en annonce du prochain album du rappeur originaire de Chicago. Et bien nous y voilà ! La galette en question dans les mains, The Dreamer, The Believer, est déjà présente dans les bacs depuis le 20 décembre. Voyons donc ce que le MC bientôt quadragénaire propose véritablement au microphone, surtout après avoir qualifié le projet de retour aux sources.

Pour commencer, sur les douze morceaux constituant la liste de lecture de cet opus, aucun ne nous a vraiment déplu, ce qui est un bon point. Et puis disons le clairement, Common transpire toujours le bon et véritable hip-hop. Même si son rap de 1992 était déjà au top, celui de 2011 sent l’expérience, la puissance,  la technique maîtrisée, la profondeur et l’éloquence. Le vécu, tout simplement. D’ailleurs, il alterne son style avec des morceaux vraiment relax et agréables à la touche soul comme Gold ou Lovin’ I Lost, et des morceaux plus bruts et agressifs à l’image de Sweet et Ghetto Dreams.

Et justement, mention spéciale à Sweet où le flow surpuissant allié à des paroles de haute volée distribue des baffes à tort et à travers. Pour la petite histoire, ce morceau décrie les rappeurs trop « sweet » : trop gentils, trop doux. Après des rumeurs ici et là, Common a même par la suite admis que Drake en était la cible principale. Et si un rappeur se sent visé par les paroles du titre, alors il est concerné également. C’est ça qu’on aime aussi chez Common, qu’il soit de bonne humeur ou non, il assure et reste crédible dans les deux cas. La marque des grands, assurément. Mais j’insiste encore une fois sur son flow, toujours en variation, toujours plaisant, et ce tout au long de l’album.

En plus de son talent indéniable, il a aussi eu la bonne idée de s’associer à No I.D., qui n’est pas le dernier des péquenots quand il s’agit de passer du côté production. Les deux compères se connaissent bien puisque No I.D. avait déjà produit ses trois premiers albums. Il est peut-être là, le retour aux sources. Kanye West avait quant à lui pris la suite au niveau de la production sur Be et Finding Forever. D’ailleurs avec The Dreamer, The Believer, on ressent bien à travers le style de composition l’influence qu’a pu trouver l’élève Kanye West chez son maître No I.D.. En tous cas, les instru’ sont ici de grande qualité et sont souvent basées sur des sets de drums (batterie) avec un cachet vinyle inimitable.

N’étant pas non plus expert des neuf albums de Common, difficile de faire dès lors la comparaison sur l’ensemble de son œuvre. Prenons l’album en lui-même. C’est clairement de la bonne qualité. Petite peur par moment tout de même de trop tendre vers un adoucissement orienté pop, avec pas mal de refrain chantés à l’instar de GoldRaw, Cloth, Celebrate, The Believer et The Dreamer. Mais au final, ça glisse comme diraient les jeunes. Surtout que dans l’autre main, on a des diamants bruts comme avec Sweet. Notons aussi la présence non négligeable de (très bons) invités, dont Nas sur le morceau Ghetto DreamsJohn Legend sur The Believer et Maya Angelou avec The Dreamer.

Pour conclure, ce n’est certainement pas l’album favori de Common chez Soul Ton Oreille, mais c’est un bon concentré de fraîcheur, et nous le qualifierons plus de « mise à jour » réussie des sources que d’un retour pur et dur. Soyons fier du hip-hop actuel avec des mecs comme ceux-là, plutôt que de se lamenter sur ce qu’il était avant.

Critique : JMT – Violence Begets Violence

Jedi Mix… quoi ? Jedi Mind Tricks !
Une formation de hip-hop hardcore et puissant, au rap bien gras sous-tendu par des productions du genre hymnes de guerre, pleines de violons, de guitares électriques et autres sons bien motivants. Ce sont deux potes de lycée qui en sont à l’origine, Vinnie Paz le rappeur et Stoupe le producteur. Ils créent le groupe vers la moitié des années 90 et seront rejoints en 1999 par un deuxième MC, Jus Allah. Ils ont depuis 1997, construit une discographie bien remplie (six albums studio) au milieu de nombreuses collaborations (dont GZA du Wu-Tang, Immortal Technique, Army of the Pharaohs etc.). En bref, voilà des sons à mettre dans le top de l’underground américain, un groupe indépendant depuis le départ et donc fidèle à lui-même.

Nous voilà le 25 octobre 2011, jour du retour des Jedi dans mon baladeur avec Violence Begets Violence, septième album studio du trio. Cet opus a la particularité de ne plus être produit par Stoupe, ce dernier ayant quitté le groupe en septembre dernier. Dure nouvelle étant donné qu’il a, de par sa position de producteur, donné sa couleur au son JMT. D’autres producteurs furent alors recrutés (C-Lance, Hypnotists Beats, Nero et d’autres) et malgré l’absence du talentueux Stoupe, l’album reste cohérent.

C’est agressif et ça claque bien, comme dans Weapon of Unholy War, Burning The Mirror ou encore Design in Malice. Mais à côté de quelques titres que j’écoute facilement en boucle, le reste me plaît moyennement. Non pas que ce soit mauvais, c’est juste du bon Jedi Mind Trick alors qu’avant, c’en était de l’excellent. Ici, les productions imitent celles de Stoupe sans en atteindre son niveau et puis un gros point noir me titille l’oreille : le titre Chalice. Un son type reggae au milieu d’un trip Jedi-Mind-Trickesque, ça passe moyen.

Tant pis pour Chalice, voilà l’un de mes titres favoris : Design in Malice avec Young Zee et Pace Won en featuring :

Ecouter du Jedi Mind Tricks de temps en temps remet les idées en place assurément, d’autant plus que les MCs sont et ont toujours été excellents. Leur flow est tranchant et agressif (au risque d’être lassant parfois?) et sur Violence Begets Violence, cela donne un ensemble de bonne facture, relevé par moment par des morceaux dignes des plus belles heures du groupe.

Kno & MarQ Spekt présentent Machete Vision

Décidément, 2011 est une année riche en sorties cunninlynguistiques. Après l’album Oneirology des Cunninlyguists et 2 mois avant la sortie du tant attendu Chico and The Man (annoncé au 13 décembre), album commun du producteur Kno et du rappeur Tonedeff, voilà que ce même Kno nous propose dans l’intervalle un LP numérique de 10 titres intitulé Machete Vision, réalisé en collaboration avec le rappeur MarQ Spekt.

Allons droit au but : cet album me donne le sourire. Heureux que je suis de retrouver un Kno plus libre que dans ses derniers projets (Oneirology avec les Cunninlynguists, et son album solo Death is Silent).  Nous avons ici affaire à 10 morceaux aux ambiances assez diverses, parfois mélancoliques (The Royal Pleasants), parfois agressives (MacheteVisions, Danger), parfois plutôt cool (Opium Den). On pourrait qualifier le tout de rap psychédélique, terme qui définit plutôt bien l’univers de Kno Mercy.

Du côté des gens qui parlent, MarQ Spekt envoie bien la sauce (comme sur Top Black) et saupoudre cette bonne galette d’un sucre légèrement hardcore. Même si son nom m’était inconnu jusqu’alors, on ne peut pas nier le fait qu’il s’en sort vraiment bien sur les productions de Kno. Je précise cela ayant lu ce dernier affirmer que ses beats sont souvent jugés trop mélodieux ou trop compliqués par les personnes à qui il les propose. Pour moi, avec un choix et un découpage de sample dont lui seul à le secret, il est aujourd’hui l’un des maître de la boucle hip-hop.

D’autres artistes prennent part au délire : Anna Wise (du groupe SonnyMoon) qui avait déjà participé au morceau Looking Back des Cunninlynguists, l’acolyte Deacon The Villain ainsi que d’autres gars comme Action Bronsons ou Mayhem Lauren.

Machete Vision est un très bon projet et une bonne mise en bouche avant Chico and The Man. Le concept global est cohérent, et on se laisse envouter par les beats toujours aussi spéciaux de Kno. Téléchargeable (pour 6$ !) sur le site machetevision.com qui propose aussi l’écoute en streaming, je ne regrette qu’une seule chose : 10 titres seulement composent le projet. Mais mieux vaut 10 bons morceaux plutôt que 15 moyens et 2 singles. A bon entendeur.

The Royal Pleasants featuring Anna Wise

Danger featuring Meyhem Lauren, Huey P. Capone, F.T. & Lex Boogie

Macklemore X Ryan Lewis : Can’t Hold Us

Je ne sais pas ce qu’ils ont du côté de Seattle, ni comment ils font, mais leur scène hip hop ne cesse de me donner le tournis depuis quelques années en sortant des albums et des morceaux toujours plus kiffants les uns que les autres. Que ce soit avec les Blue Scholars, Common Market ou encore Budo & Grieves ainsi que quelques autres. Et puis quand je dis kiffant, je parle du vrai kiff, le truc qui laisse bouche bée et yeux écarquillés, le truc qu’on a envie de partager à tous comme s’il s’agissait là d’une sorte de messie venu pour nous sauver de ce qu’on se mange à la radio tous les jours.

Alors je viens prêcher la bonne parole en vous invitant à cliquer sur le player ci-dessous et à vous laisser transporter. Il s’agit d’un single laché hier soir sur la toile par Macklemore & Ryan Lewis, intitulé Can’t Hold Us, avec Ray Dalton en featuring. Je vous l’avoue, j’ai rarement pris une telle claque. Le flow est dingue, l’instrumentale est dingue, le refrain est super-puissant et cætera et cætera. Que dire de plus, je vous le demande ?

En tous cas, je sais que les deux compères sont en préparation d’un album commun après avoir déjà collaboré sur plusieurs morceaux comme Wings ou encore My Oh My, et aussi sur un projet court de 7 titres :  The VS. EP sorti en 2009. On peut dès lors espérer et penser que la tuerie intersidérale présentée dans cet article sera l’un des singles de leur futur album !

Macklemore X Ryan Lewis: Can’t Hold Us

Pour aller plus loin :

-Le single Can’t Hold Us est disponible sur iTunes
-The VS. EP est un EP gratuit téléchargeable sur le bandcamp de Ryan Lewis : http://ryanlewis.bandcamp.com/

Rétrospective Jurassic 5 [3/3] : season finale

Après Jurassic 5 EP en 1998, Quality Control en 2000 et Power in Numbers en 2002, soit trois bombes d’albums studio en 4 ans, le J5 nous a habitué à un bon petit rythme. Mais à partir de 2002 et pendant 4 nouvelles années, rien à se mettre sous la dent. Bon, il est vrai qu’une petite mixtape sympathique sort en 2003 tout de même, ça s’appelle Pre-Historik Rarities. Il y a de bonnes perles dessus, comme Long Road To Glory.

Cette galette regroupe en fait des inédits jamais sortis accompagnés de morceaux présents sur d’anciens albums du groupe. Ce n’est qu’un bon amuse-gueule avant le plat principal qui arrive finalement en 2006. Alors, double nouvelle, l’une est mauvaise, l’autre est bonne :  le groupe annonce dès le début de l’année la séparation de l’un de ses deux DJ-Producteurs Cut Chemist. Quelques mois plus tard est annoncé Work It Out, le premier single du nouvel album en préparation :

L’album qui sortira un peu plus tard, c’est Feedback, le 4e album studio du groupe, toujours aussi pur, toujours aussi hip hop, avec une petite évolution du style, absence de Cut Chemist oblige. Pour moi, il s’agit là du meilleur album de leur carrière. On y trouve tellement de tueries, comme Back 4 You, Radio, Turn It Out, In The house, avec des instrumentales mixant gros sons de synthé baveaux et samples bien gras. Ils atteindront avec cet opus, la 6ème position des charts US, soit leur meilleur score jusque là. Oubliée la séparation avec Cut Chemist et heureux pour un temps avec ce nouvel album, mon monde s’écroule définitivement en 2007, avec l’annonce de la rupture du groupe… Dure nouvelle à digérer sur laquelle on ne va pas s’étendre ici. Rapidement, je place beaucoup d’attente en désespoirs de cause sur Chali 2 Na, l’ex-membre des J5 qui semble le plus à même de réussir une belle carrière solo, avec une première mixtape sortie en 2004 nommée Welcome To Fish Market et un son typé J5 toujours bien présent.

Puis on se consolera tous quelques années plus tard avec la sortie d’une compilation « Best Of », passage obligé des artistes enterrés. Il s’agit de Jurassic 5 Deluxe Reissue sorti en 2009, regroupant 28 morceaux d’anciens albums mais aussi des inédits comme Ghetto Diplomat, nous donnant un dernier bout de J5 à manger avant de disparaitre définitivement.

Le Jurassic 5 n’existe plus mais n’est pas vraiment mort, puisqu’on peut remarquer quelques apparitions de 2 ou 3 de ses membres sur différents projets, notamment chez le grand Chali 2 Na, artiste maintenant solo, dont on vous en touchera sans doutes quelques mots prochainement sur STO. Espérons en tous cas que cette épopée jurassienne vous a plu malgré sa fin tragique, car rares sont les groupes hip hop aussi vrais et talentueux, frais et stylés que Jurassic 5.

Pour aller plus loin :

- Jurassic 5 chez Tom Green Live en pleine improvisation.

- Cet article est la suite d’une chronique en trois épisodes, retrouvez les autres articles ici :
Rétrospective Jurassic 5 [1/3] : retour en 1993
Rétrospective Jurassic 5 [2/3] : en l’an 2000

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