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Gregory Porter : Le peintre aux toiles mélodieuses

GREGORYPORTER_HEADER« Des toiles ». Voilà ce que nous évoque la musique de Gregory Porter, à l’image de Painted On Canvas, choix d’ouverture pertinent de Be Good, son second opus. Ayant pourtant rallié à son bord quelques têtes d’affiches plaidant brillamment sa cause, parmi elles Melody Gardot, Robert Glasper et autres Esperanza Spalding parvenant à le populariser auprès d’un large public, le jazz rencontre cependant des difficultés pour s’assurer quelque méga-octet dans nos lecteurs mp3. La faute peut-être à cette image de style monotone voire redondant dont le jazz ne parvient pas à se défaire, un genre sacralisé et considéré comme réservé à une élite ou à un groupe de gens d’un certain âge ? Une chose est sûre, le jazz souffre d’un réel manque d’exposition. Dans sa tenue de scène composée d’un costume coloré et de cette cagoule surmontée d’une casquette en toute saison, Gregory Porter est aussi de ceux qui viennent démontrer que les a priori sont fait pour être ignorés. Tel un peintre, le chanteur dresse « des toiles » révélant des sujets et des sonorités nuancées reflétant là toute l’hétérogénéité du jazz.

Regardez : Gregory Porter – Be Good (Lion’s Song)

Une première écoute, pareille à l’intrusion dans la galerie qui exposerait son travail, et nous voilà face à une multitude de mélodies. Ici, les productions informatisées efficaces, bien que souvent éphémères, laissent place aux bons vieux instruments. En studio, chanteur et musiciens se rencontrent pour des sessions communes. Dans la même pièce, Gregory Porter enregistre alors que les musiciens sont en action. L’auteur compositeur originaire de Los Angeles confie se considérer comme membre de l’orchestre. Son instrument à lui : une voix forte. Chacun des éléments composant ses œuvres est mis sur un même pied d’égalité pour un résultat riche, aux sonorités harmonieuses mais surtout intemporelles. De « ces toiles », on dénote alors des nuances de blues, de gospel, de soul et de RnB. Puisant ses influences dans la vaste palette disposant de ces différents styles, dont il souligne d’ailleurs l’appartenance à une seule et même famille, l’artiste attire l’attention sur le fait qu’il ne s’agit au final que de musique. Il n’accorde pas grande importance aux classifications.

Écoutez : Gregory Porter – Black Nile

« Faites donc un pas en arrière et admirez la vue », sentez-vous ce calme ambiant ? Si aux premiers abords on est plongés dans cette atmosphère reposante, on aura guère le temps de s’y acclimater. L’ambiance contrastée de ces œuvres nous transporte de la douceur d’une Illusion à un plus rythmé Black Nile ou encore un Bling Bling dont la composition peut être quelque peu déroutante pour une oreille non initiée comme la nôtre, ou encore de l’a cappella d’un Feeling Good où la voix puissante de Gregory Porter se passera d’instrumental pour transmettre l’émotion voulue à l’enjoué Magic Cap.

Par le message que véhicule ses œuvres on dira que le style de l’artiste se rapproche du mouvement naturaliste. Sûrement d’après ce conseil reçu très tôt de sa mère : « peu importe le texte, chante le comme si tu le pensais réellement », Gregory Porter aborde la musique d’une démarche qu’il veut  honnête. Son ambition : toucher, transmettre des émotions, être pertinent et pourquoi pas provoquer la réflexion. La prose alors dénoté dans ses toiles est ici instrumentalisée, elle raconte de manière poétique les racines de l’auteur. Comme l’auraient fait Archibald Motley ou Romare Bearden que l’artiste qualifie de maître de vie et de paix, 1960 What aux accents de funk et de soul narre l’histoire, la sienne, et la culture d’un peuple longtemps tourmenté, le peuple afro américain. On reconnaîtra un hommage aux plus grands de New York grâce à On My Way To Harlem, dévoilant l’admiration qu’il porte au mouvement The Harlem Renaissance. « Des toiles aux textes » polychromes.

Et que serait l’art sans son sujet principal, l’amour ? Le passionnel, l’infidèle, l’unilatéral ou encore le sublime, ce dernier dépeint sur Real Good Hands qui, en parfaite ouverture de bal à un mariage nous présente son auteur en gendre idéal.

Regardez : Gregory Porter – 1960 What (Live)

On retiendra certainement tout l’éclectisme de l’œuvre de Gregory Porter et qu’importe le genre, le thème ou le tempo, un élément reste constant : il s’agit de bonne musique. Liquid Spirit fait l’annonce de la sortie d’un nouvel opus éponyme. En attendant le prochain vernissage de Gregory Porter pour le 2 septembre, on vous défie de résister à l’envie de taper dans vos mains au rythme de cette nouvelle toile.

Regardez: Gregory Porter – Liquid Spirit (Live)

Découvrez: Sabi ou les mélodies du soleil californien

SABI-WTDTA_HEADERDes textes légers – qui n’occupent d’ailleurs pas forcément une place importante dans sa musique – comblés par quelque « wooohoo, lalala » et autres onomatopées qui n’ont d’autre objectif que d’inviter l’auditeur à se dandiner en rythme avec l’interprète. Cette interprète c’est Sabi, et même si elle n’a pas ambition à révolutionner le monde aux travers de son art, il n’en est pas moins efficace. Transpirant l’amour et l’insouciance mûris au soleil californien, ces refrains entêtants ont été fredonnés par plus d’un l’été dernier.

Nombreux sont ceux qui lui prêtent une ressemblance physique avec la très regrettée Aaliyah, de là à s’autoriser un parallèle entre le travail des deux artistes il y a un énorme pas qu’ici chez Soul Ton Oreille, nous nous abstiendrons de franchir. Les plus pinailleurs rechignent à laisser la musique de Sabi se frayer un chemin jusque une oreille trop subjective, dévouée à feue Babygirl (figure emblématique des heures glorieuses du rnb), dont la plastique de la chanteuse de L.A semble malgré elle provoquer la nostalgie. Plastique qui se dresse cependant en atout lorsqu’elle revêt les différentes casquettes de chanteuse, danseuse et actrice. Née d’une mère salvadorienne et d’un père afro-américain, Sabi le sait très tôt, elle veut divertir, faire le show.

Regardez: Sabi – Where They Do That At feat. Wale

Du large panel duquel l’artiste tire ses influences, elle se compose un univers musical éclectique, à forte dominante rnb néanmoins. La chanteuse cite Bat For Lashes, Lauryn Hill, Florence and The Machine ou encore Lykke Li parmi ceux qui l’inspirent. Wild Heart, par sa production viendra ajouter le dubstep aux différentes nuances de son éventail. Sorti en 2011, le titre sera l’un des premier singles dévoilés sous « l’ère Sabi« .

Autre moitié du duo hip hop The Bangz, c’est malgré le succès qu’elle rencontre avec Ella Ann, sa partenaire de l’époque, que la voie solo s’imposera à elle. En 2009, le véhicule d’Ella Ann pris entre des tirs croisés, la chanteuse sera gravement atteinte par un projectile. C’est la fin de The Bangz.

Regardez: Sabi – Wild Heart

Pour son premier album initialement prévu pour 2012 chez Warner Bros Record, Sabi fait appel aux services de Diplo, Benny Blanco ou encore Cirkut (derrière Wild Heart et Where They Do That At), pour un opus aux sonorités pop, rock alternative ainsi que d’urban music. Le projet dont l’intitulé nous est toujours inconnu fait pour le moment place à 0 – 60, mixtape ou EP chargé de lui paver la route. Avec pour premier extrait Champagne, 0 – 60 en préquelle est annoncé pour 2013 tout comme l’album, dont nous ne manquerons pas de vous reparler une fois sorti.

Regardez : Sabi – Champagne

#TweetZik : Miguel – Candles In The Sun

Miguel s’aventure dans un univers dans lequel on ne le rencontre pas souvent puisque que le chanteur fait le choix de réaliser la vidéo de Candles In The Sun extrait de Kaleidoscope Dream, son dernier album. Ici on est loin du sensuel parfois érotique de ses visuels habituels, il s’agit en effet de l’un de ses titres les plus engagés à ce jour. Pour la nouvelle version de Candles In The Sun originaire de l’EP Art Dealer Chic volume 3, une succession d’images éloquentes se parent de noir et blanc pour illustrer les textes profonds d’un Miguel plus intimiste.

Regardez: Miguel – Candle In The Sun

Des courts métrages musicaux par Nabil

Nabil sur Soul Ton Oreille

Le talent « peut » être essentiel au succès d’un artiste mais, faire preuve d’un peu d’inventivité et d’audace peu aussi se révéler être un excellent propulseur, et ça Nabil Elderkin le sait. On peut dire que le réalisateur basé à L.A a bien fait de se fier à son flaire lorsque, il y a quelques années auparavant après avoir écouté la mixtape d’un rappeur alors inconnu, en cherchant à contacter celui qu’il n’imagine pas être une futur icône, qu’il s’aperçoit que le nom de domaine du site de celui-ci n’est pas déposé. Par impulsion il s’offre le bien hypothétique. Il ne s’écoulera alors que quelques semaines avant qu’il ne soit contacté par un dirigeant de chez Roc-A-Fella Records prêt à s’entendre sur un prix pour récupérer la nouvelle acquisition du réalisateur, il s’avère que le poulain vient de signer un contrat pour plusieurs albums sur l’ancien label de Jay Z. Mais voilà, Nabil n’est pas intéressé par une transaction monétaire, ce que ce fou de l’objectif demande c’est une entrevue avec le rookie et une séance photo en échange desquels il est prêt à restituer le nom de domaine. De ce coup de maître nait son amitié avec la désormais superstar, Kanye West.

Kanye West crédit : Nabil pour Complex Août/Septembre 2012

Kanye West crédit : Nabil pour Complex Août/Septembre 2012

N’imputons pas la renommée de Nabil à son carnet d’adresse pour autant. Si kidnapper kanyewest.com a probablement donné un tournant nouveau à sa carrière, son travail parle de lui même. On attend une certaine qualité d’un visuel signé Nabil, comme si sa patte faisait gage de valeur ajoutée. Et d’après son catalogue c’est l’avis que partage sa liste de client très éclectique puisqu’ont fait appel à ses services : The Black Eyed Peas, Bon Iver, Seal ou encore John Legend. Nas et Damian Marley ont même repris pour illustrer le morceau Patience, des passages du Sabali de Amadou & Mariam. Ainsi, c’est aussi lui qui, il y a quelques années faisait traverser la ville à Bruno Mars, transportant un piano à bout de bras pour le très mélo Grenade.

Natif de Chicago d’un père américain et d’une mère iranienne, c’est en Australie que Nabil grandit. Il y fera ainsi ses premiers pas derrière l’objectif en photographiant la scène d’un sport dont il est avide en bon citoyen du pays des kangourous, tout clichés mis à part, celle du surf. De retour dans sa ville natale où il fera plus tard ses classes de photographie, il se rapprochera de la scène musicale grâce aux concerts de groupe locaux et de DJ’s qu’il immortalise de son flash. Celle où son travail est sans doute le plus remarqué.

Regardez : Bon Iver – Towers

Ceci étant dit, les œuvres de Nabil s’étendent sur diverses plateformes. Sous ses différentes casquettes de photographe, réalisateur de clip ainsi que de film, il n’est pas dit que l’on retrouve toujours son travail dans le même contexte. Les spots publicitaires se font alors élégant lorsqu’il se voit confier la campagne d’un parfum ou d’une marque de boisson alcoolisée. Pas si difficile me diriez vous, sur fond de Suit & Tie avec sur scène, un Justin Timberlake en figurant, tout devient toute de suite plus « classe ». De la réalisation d’éditoriaux et couvertures de magazine pour Rolling Stone ou encore Vogue, il passe bien entendu à la musique mais aussi au photo-journalisme.

En 2007, de son engagement de reporter photo dans la guerre en République Démocratique du Congo et sous l’œuvre caritative Oxfam, résultera une exposition vivement saluée par la critique. Quant à Bouncing Cats, documentaire qu’il signera trois ans plus tard, il s’agira de sa première œuvre primée. Le film financé par Red Bull et retraçant le parcourt d’un b-boy qui tente de ramener la paix en Uganda au travers de ses enseignements de la culture Hip Hop, rapportera à Nabil quatre awards.

 Regardez : Bouncing Cats/ Extrait

Quoi qu’il arrive, il semblerait que la plupart des chemins qu’empreinte Nabil le mènent à la musique. Ou est-ce finalement les artistes qui, après une première prestation, ne peuvent plus se passer de lui ? En 2008 lorsque Kanye West décide de publier une biographie, il se tourne vers celui à qui il a commandé plusieurs visuels par le passé. Les clichés du réalisateur à l’origine du clip Welcome to Heartbreak, Coldest Winter ou encore Paranoid extrait de 808s & Heartbreak, quatrième album de Kanye West, seront exposés dans Glow In The Dark, bouquin tirant son nom de la tournée qu’il raconte. Le rappeur de Chicago n’est cependant pas son unique client fidèle, Bon Iver ou encore Frank Ocean sont parmi ceux qui sont friands de la griffe particulière de Nabil.

Et quelle griffe! Un grain raffiné, des scénarios travaillés, des images brutes parfois troublantes et ce petit quelque chose de mystique qui a pu en déstabiliser plus d’un. Notamment dans Thinkin Bout You où au premier abord, il n’est pas évident de faire le pont entre les textes de Frank Ocean et l’image de notre réalisateur. Rien n’est simple avec Nabil, sa démarche artistique est telle que, si le visuel est toujours attirant comme on a pu le voir dans l’entrainant Mercy de G.O.O.D Music, le plaisir de déchiffrer son travail énigmatique en est d’autant plus grand. Si bien qu’un clip n’est plus une banale étape de la promo d’un single, mais plus ou moins un court métrage qui vient parfaire l’œuvre qui lui a été confiée. Associé à de la musique de qualité, les concepts de Nabil font de petits films soignés, qui charment nos papilles auditives mais aussi nos yeux. Et pour clore le chapitre Elderkin de cette semaine spéciale, un clip signé Nabil pour Antony and The Johnsons. Tout y est, un grain d’une netteté pour une cinématographie énigmatique mais aussi ce qui nous réunit ici : la musique. Attention certains contenus de cette vidéo peuvent choquer.

 Regardez : Antony and The Johnsons – Cut the World (images par Nabil)

Pour aller plus loin:

#TweetZik : Melanie Fiona – Wrong Side Of A Love Song

Avec Melanie Fiona rien ne passe à la trappe puisqu’elle nous présente l’illustration du sixième extrait de l’album The MF Life, sorti en mars dernier. Cette fois c’est au tour du très mélo Wrong Side Of A Love Song, qui se paye un visuel qui « joue sur deux tableaux », deux facettes d’un amour passionnel. Alors choisissez votre camp et n’oubliez pas : mieux vaut ne pas se retrouver du mauvais côté de cette ballade très « soulful. »

Regardez : Melanie Fiona – Wrong Side Of A Love Song

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