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Chronique : Le hip-hop façon… Philadelphie

Le hip hop façon PhiladelphieSurnommée Philly, Philadelphie (traduire du latin « amour fraternel ») est la 6ème plus grande ville des États-Unis, située dans l’état de Pennsylvanie, pas très loin de New York. Ça, c’est pour la géographie. Musicalement, la ville est à l’origine de nombreuses innovations dans plusieurs domaines musicaux comme l’opéra, le RnB, la soul, le jazz, le hip hop mais aussi la musique classique (avec son célèbre Philadelphia Orchestra qui, en 1940, réalisera la musique de Fantasia de Walt Disney, entre autres.)

Dans les années 1960, Philly développe son propre son. C’est ici qu’est né le « Philly Sound», cette soul caractérisée par des arrangements influencés par la musique jazz et surtout funk, très riches en cordes et en cuivres. C’est l’émergence d’artistes comme Teddy Pendergrass, Billy Paul, Patti La Belle… Le « Philly Sound» c’est aussi un son riche en percussions et batteries. Le batteur légendaire Earl Young inventera d’ailleurs au cours des années 1970 le fameux rythme disco 4/4 avec la charley jouée à contre temps.

  • L’arrivée du hip hop

En 1979, Lady B, de son vrai nom Wendy Clark et qui anime l’émission WHAT, sort son premier titre To The Beat Y’All influencée par Kurtis Blow et Grandmaster Flash. Un hommage à cette lady du rap en passant, car c’est quand même une des premières (sinon la première) à avoir enregistré un morceau hip hop en studio. Lady B a aussi permis d’ouvrir la voie à d’autres rappeuses de la ville, dont Bahamadia, Lisa Lopes, Ms. Jade ou encore Eve.

Ecouter : Lady B – To The Beat Y’all


En 1984, Lady B anime Street Beat sur Philadelphia’s Power 99 FM. L’émission durera jusqu’à fin 1989 et verra passer tous les grands noms du moment, notamment DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince (Will Smith), autres pionniers de la ville. Pour l’anecdote, en 1988, DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince sortent leur deuxième album He’s The DJ, I’m The Rapper. Ce projet sera le premier double album de l’histoire du hip hop et la chanson Parents Just Don’t Understand remportera en 1988 le premier Grammy de l’histoire du rap. Et là, vous ne voyez plus Will Smith du même oeil !

Regarder : DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince – Parents Just Don’t Understand

Deux ans plus tard, Hollywood fait les yeux doux à Will Smith et l’aventure Le Prince de Bel Air commence. Vous connaissez la suite ! Mais restons tout de même dans les 80′s avec Schooly D. Son nom ne vous dit peut-être rien mais ce rappeur est souvent considéré comme le créateur du Gangsta Rap un peu avant ceux de la vague West Coast et des NWA, Ice T… « Pur produit » des rues de Philadelphie, les textes de Schooly D reflètent une réalité composée de violence, sexe et drogue… Voici ce qui serait donc le premier titre Gangsta Rap de l’Histoire :

Ecouter : Schooly D – PSK, What Does It Mean ? (sorti en 1986 sur l’album Schooly D)

Le côté « Street Parolier » est toujours bien présent à Philly : ici, il est de rigueur de manier la plume aussi bien que le mic et des artistes comme Freeway, Beanie Sigel, Peedi Crakk, Gillie Da Kid, Kurupt (eh oui, il est de Philly !) Cassidy ou Meek Mill en sont les meilleurs exemples.

  • L’exemple The Roots

The Roots1987. Black Thought et Quest Love qui se sont rencontrés sur les bancs de la Philadelphia High School for Creative Performing Arts décident de former The Roots. Influencés par la soul, le jazz et le funk, d’autres membres viendront se greffer à ce noyau dur et formeront ainsi l’un des premiers groupes rap à utiliser les instruments sur scène. Sobre et musical, The Roots fait figure d’ovni dans le paysage hip hop de l’époque et ils commenceront à faire parler d’eux en tournant dans la région de Philly dès le début des années 1990, puis avec la sortie de leur premier album, Organix fin 92.

Il faudra attendra 1999 et la sortie du 4ème opus du groupe Things Fall Apart pour qu’ils obtiennent la reconnaissance mondiale en se classant #4 au Billboard 200. En vrac, The Roots, c’est 4 Grammy Awards et des collaborations avec des artistes tels qu’Erykah Badu, Common, Talib Kweli, D’Angelo, Guru, J Dilla, Jill Scott… Tiens, et si on jouait l’excellentissime The Next Movement là tout de suite ? On parle évidemment de la chanson et du clip :

Regarder : The Roots – The Next Movement

Donc pour résumer de manière (très) grossière le hip hop façon Philly, on a d’un coté « La Street » et de l’autre l’école « The Roots ». Entre les deux, on trouve la catégorie alternative : les inclassables parmi lesquels le duo Jedi Mind Tricks – Army of the Pharaohs, Spank Rock ou encore Chiddy Bang, par exemple.

Du coté soul et RnB, Philly peut se vanter d’avoir de dignes héritiers du « Philly sound » avec des artistes tels que les Boys II Men, dont on vous parlait à l’occasion de leur semaine leur étant consacrée, Jill Scott, Musiq Soulchild, Jaguar Wright, Jazmine Sullivan, Vivian Green

  • Et maintenant ?

Globalement, le hip hop de Philly se porte bien. La scène est productive, quelques rappeurs sont parvenus au succès mondial comme The Roots bien sûr, et d’autres ont fait disque d’or, de platine ou ont gagné quelques Grammys… Mais comme il y a toujours un « mais », il semblerait que malgré ces succès et en comparaison aux artistes soul et RnB de la ville, le rap de Philly ait du mal à s’exporter à l’échelle mondiale et ne connait pas de réelles réussites au niveau mainstream.

Est-ce vraiment un mal direz-vous… Pas forcément. Certains rappeurs rapportent qu’il est très difficile de « sortir » de cette ville et que grand nombre de carrières sont souvent compromises à cause des conditions de vie par toujours évidentes (Philadelphie fait partie des villes les plus dangereuses des Etats Unis). Cet aspect commercial mis à part, Philadelphie regorge de talents hors du commun et de grands lyricistes. La bonne nouvelle, c’est que la vague émergente de rappeurs comme Meek Mill, Gilbere Forte, Asher Roth, Chiddy Bang… commence à attirer les regards. On vous laisse avec un gros son de Meek Mill, Lean Wit It en souhaitant une longue vie au rap de Philly !

Chronique : Le hip-hop façon… Chicago

Certains l’appellent « The Windy City », Chicago dans l’Illinois est la plus grande ville de la région du Middle West et la 3ème des Etats Unis. Contrairement à ses grandes sœurs New York ou Los Angeles, son style n’est pas aussi facile à distinguer comme la singularité de la musique « East Coast » face à la « West Coast. » on parle ici de « Midwest », mais tout de suite, c’est moins clair…

Le Midwest aux Etats-Unis

Le Midwest en tant que territoire géographique, c’est ce qu’il y a en rouge sur la carte (Wikipedia) ci-contre. Côté musique, il n’y a pas vraiment de règles prédéfinies car chaque artiste apporte sa pierre à l’édifice, sa touche. On pourrait appeler ça la diversité ou on pourrait y voir aussi un manque de constance : les deux fonctionnent. Du coup, il est extrêmement difficile de déterminer ce qu’est un typique son Midwest, notamment parce que le style varie selon les villes, et même selon les quartiers ; ce qui est d’ailleurs le cas pour « Chi-Town ». Penchons-nous sur la richesse et la diversité de ce courant à travers un petit rappel de l’Histoire de la ville.

Connue pour être la capitale du crime du temps de la prohibition (Al Capone, ça vous parle ?) Chicago est aussi devenue un des berceaux du jazz et du blues avec la Nouvelle-Orléans au début du XXème siècle suite à la grande migration d’ouvriers d’origines afro-américaines venus du sud du pays. Aujourd’hui encore, la ville connait une scène jazz dynamique, notamment avec le festival annuel Chicago Jazz Festival. En parallèle, la ville a développé ses propres genres : Le « Chicago blues », « Chicago jazz » ou encore « Chicago soul. »

Dans les années 70, le groupe Earth, Wind and Fire révolutionne le monde du funk en mélangeant de façon inédite des éléments issues des musiques traditionnelles à une section de cuivre de grande qualité et des arrangements empruntés aussi bien au jazz qu’à la musique symphonique. Dans les années 80 naît également la « Chicago house » ou house music, (rien que ça) ainsi que ses variantes telles qu’acid house, deep house, ou le hip house dont voici un exemple avec Fast Eddie :

Ecouter : Fast Eddie – Yoyo Get Funky (1988)

Durant cette même période, Chicago était un centre majeur du mouvement punk et de la new wave. Et comme l’Histoire suit toujours son cours, nous arrivons naturellement aux années 90 et à l’émergence de la scène hip-hop à Chicago aussi appelée (allez c’est facile) « Chicago hip-hop » ; nous y voilà enfin. Dans le hip-hop d’un point de vue hors Midwest, Chicago a longtemps été sous-estimée, voire rejetée par le reste du pays sans doute de par son emplacement géographique mais aussi parce qu’elle a été cataloguée comme « ville de la house. » Et pourtant à l’instar de Detroit, notre précédent dossier « le hip-hop façon… », Chicago a pourtant énormément contribué à l’héritage hip-hop et peut se vanter encore aujourd’hui d’avoir une des meilleures scènes rap du pays.

Les pionniers du Chicago Hip-Hop

Dans les années 90, les groupes Crucial Conflict ou Do or Die (associé au rappeur Twista) commencent à se faire connaitre avec un style bien particulier, appelé « fast rap. » Flow ultra rapide, productions aux influences G-Funk, la sauce prend rapidement. Cela n’était pas sans rappeler le style de leurs voisins de Cleveland Bone Thugs N’ Harmony, groupe qui connaissait un certain succès à la même période. Le titre Po Pimp de Do or Die en featuring avec Twista sera classé #22 au Billboard Hot 100.

Regarder : Po Pimp feat Twista & Johnny P – Do or Die (1996)

Autre révélation en 1992 et dans un genre à l’opposé du fast rap, l’homme que l’on appelait à l’époque Common Sense débarque avec un premier opus produit par No I.D., Can I Borrow A Dollar? Le style est conscient, jazzy, sobre. Il sortira définitivement de l’ombre en 94 avec son single désormais légendaire I Used to Love H.E.R., extrait de son deuxième album Resurrection.

Regarder : Common – I Used To Love H.E.R (1994)

J.D. et Da Brat

Autre date, autre consécration, nous sommes en 1993 et voilà que Shawntae Harris a.k.a Da Brat originaire de la banlieue sud de Chicago se fait repérer lors du concours Yo! MTV Raps. Tout s’enchainera alors : une rencontre avec Jermaine Dupri et une signature dans la foulée sur son label So So Def. L’année suivante, elle sort son premier album Funkdafied, savant mélange de sonorités funky et de lyrics gangsta, le tout produit par Dupri évidemment. L’album rentrera directement premier des charts et Da Brat deviendra ainsi la première rappeuse à obtenir un disque de platine avec un million d’exemplaire vendus.

Regarder : Da Brat – Funkdafied (1994)

R. Kelly, l'album 12 Play

Chicago peut se targuer d’avoir vu naître des légendes dans chacun des styles musicaux. Dans les années 90, R.Kelly enflamme les classements d’album avec son premier opus solo 12 play, la suite, on la connaît. 50 millions d’albums plus tard, R.Kelly a définitivement gagné son titre de « King of R&B » en ayant beaucoup influencé le monde du rap, de la soul et du gospel.

En 1996, Kanye West avait tout juste la vingtaine lorsqu’il commence à produire pour des groupes locaux comme Grav et nous livre huit morceaux sur leur seul et unique album Down to Earth. Du bon son parfaitement hip-hop, je vous laisse juger par vous-mêmes.

Ecouter : Grav – Down To Earth

Après avoir composé pour des artistes tels que Jermaine Dupri, Foxy Brown, Goodie Mob entre autres, il signera le deal parfait avec Roc-a-Fella Records en 2000 et sortira son premier album en tant que rappeur en 2004, le désormais classique The College Dropout dont sera extrait le single Jesus Walk, co-écrit par le génial Rhymefest.

La nouvelle vague

Le dynamisme de la ville en matière de musique en général est assez bluffant, que ce soit du côté des artistes connus et reconnus comme de la scène underground (avec des artistes comme Bump J, Sly Poloroid, Pyscho Drama etc. C’est sûr, nous entendons moins parler de Chicago aujourd’hui si l’on compare aux 10 ans passés, mais le hip-hop façon Middle West ne s’essouffle pas, bien au contraire, même s’il semble plus difficile pour les nouveaux rappeurs de se faire un nom.

Mis à part Lupe Fiasco ou GLC qui sont apparus dans les années 2000 non sans une certaine reconnaissance, cette nouvelle vague un peu moins connue est pourtant très productive : Shawnna, Paypa, Yung Berg, The Cool Kids, Kidz in the Hall, Chief Keef, Ca$his, Add-2, Nikki Lynette (dont nous vous parlions il y a quelques temps), Rockie Fresh ou le très prometteur BJ The Chicago Kid dans un registre plus soul/r&b font honneur à cette nouvelle génération. Les « chicagoans » sont de grands adeptes de blogs musicaux et pour eux plus que pour d’autres, être chroniqués régulièrement dans l’un d’eux est un passage obligé vers la quête de leur public. Du coup, vous ne serez pas surpris de tomber sur l’un de ces blogs influents au détour d’une de vos recherches. Par la force des choses, il ne serait pas non plus étonnant qu’après la suprématie sudiste de cette dernière décennie que le rap de Chicago et plus globalement du Midwest deviennent le nouvel eldorado du Hip Hop aux Etats Unis, une postérité des plus salutaires.

A surveiller entre autres de près cette année : Chase N Dough, la rappeuse Psalm One, Kembe X, King Louie, LEP Bogus Boys, mais aussi les tout jeunes Kids These Days, huit ados vraiment talentueux mélangeant tous les styles. Avant de se retrouver pour une prochaine étape à travers les États-Unis, on se quitte avec ces garnements qui représentent parfaitement la diversité made in Chicago.

Regarder : Kids These Days – Darling

Chronique : Le hip-hop façon… Detroit

Ville à la population diversifiée, Detroit peut se vanter d’un patrimoine musical exceptionnel dans divers styles musicaux tels que le gospel, le jazz, le Rhythm and Blues, la soul, le rap ou encore le rock et l’électro. Entre 1900 et 1940, de nombreux afro-américains arrivèrent du Mississippi et commencèrent à travailler dans les usines automobiles de la ville. Ils portaient avec eux le triptyque gospel, jazz et blues, si bien que dès le début des années 30, le quartier noir-américain Black Bottom (aussi appelé Paradise Valley) situé à l’est de la ville est devenu peu à peu un lieu incontournable de la scène jazz & blues : John Lee Hooker, Duke Ellington, Billy Eckstine, Pearl Bailey, Ella Fitzgerald, Count Basie et bien d’autres s’y produisirent régulièrement dans les nombreux clubs situés le long de Hastings Street et dans le renommé Paradise Theatre (l’équivalent de l’Apollo Theatre de New York.)

En 1959, Berry Gordy, qui s’était fait un petit nom en tant qu’auteur dans le milieu du jazz, crée le label Tamla Records, puis quelques mois plus tard Motown Records, installé dans une modeste maison qu’il baptisera « Hitsville USA. » D’ailleurs et pour l’anecdote, le nom « Motown » est l’abréviation de Motor Town faisant allusion à Detroit, qui était alors la capitale de la production automobile.

Berry Gordy, grâce à son talent avisé en matière de stratégie du marché du disque et par le biais de Motown va offrir la possibilité à beaucoup d’artistes afro-américains déjà présents de se faire un nom. La Motown connait alors pendant plus de dix ans un succès sans précédent avec des artistes tels que (attention, la liste est longue) : Marvin Gaye, The Temptations, Stevie Wonder, Diana Ross & The Supremes, Smokey Robinson & The Miracles, The Four Tops, Martha Reeves & the Vandellas, Edwin Starr, Little Willie John, The Contours, The Spinners, The Jackson 5… Carton plein pour Detroit qui marque le monde de la musique comme jamais.

Regarder : The Supremes – Where Did Our Love Go

Alors qu’en est-il en 2011 ? Les artistes originaires de Detroit ont bien évidement hérité de toutes ces richesses musicales et la ville fait aujourd’hui figure de référence. Le son de Detroit est en quelque sorte le « premier » de la classe. Eh oui, être héritier de l’époque Motown, ce n’est pas toujours facile, alors à Detroit plus qu’ailleurs la musique se met la pression. Aujourd’hui, il est devenu un savant mélange de soul, de hip-hop et de sonorités électro subtilement dosées. Vous voulez peut être un exemple ? Alors écoutons un son de son meilleur ambassadeur, le regretté rappeur/producteur James Dewitt Yancey, plus connu sous le nom de J Dilla ou encore Jay Dee (membre de Slum Village), un air instrumental composé pour The Pharcyde en 1995 et qui a donné Runnin’.

Dans la lignée d’un Jay Dee, on retrouve Elzhi (un autre membre de Slum Village) Black Milk, 14KT, Nick Speed, Kareem Riggins, “Mad Mike” Banks, Waajeed, Apollo Brown… Là encore, leurs productions sonnent définitivement « hip-hop » démontrant une fois de plus une certaine qualité, créativité, musicalité et innovation. Cette vidéo d’Apollo Brown en train de travailler sur un beat illustre parfaitement la « D Touch. »

Detroit connait aujourd’hui un grand nombre d’artistes talentueux et reconnus dont Royce da 5’9’’, Insane Clown Posse, Big Sean, Guilty Simpson, Eminem, Proof, The Cool Kids, Danny Brown et Obie Trice parmi les grands noms, mais ce son venu du Michigan a cependant parfois des allures d’OVNI : cette volonté des artistes de travailler chaque titre dans le détail, la chasse constante à « l’exactitude sonore » font qu’ils sont bien sûr extrêmement respectés dans le milieu, mais c’est aussi pour ces mêmes raisons qu’ils restent souvent dans l’underground et loin de la reconnaissance mondiale (hormis son meilleur ambassadeur, Eminem et plus récemment Big Sean.)

L’autre aspect du rap de Detroit, c’est la compétition : les battles. Ces joutes vocales ont longtemps été le seul moyen pour les rappeurs de la ville de se faire connaitre. Em’ disait d’ailleurs à ce sujet lors d’une interview dans le cadre des Red Bull EmSee : « Quand je suis arrivé sur la scène hip-hop à Detroit, le seul truc c’était les battles. Si tu voulais te faire un nom, fallait commencer par ça. Les battles étaient importantes. Chaque mois des gens y allaient et essayaient de se faire un nom (…) Je crois que le film 8 Mile, a un peu éclairé le monde sur ce qui se passait ici à Detroit. »

Voici un extrait des Red Bull EmSee Freestyle Battle 2010 :

Ce que l’on souhaite donc pour Detroit, c’est une meilleure exposition dans le futur et qu’en parallèle, elle parvienne à garder son authenticité (les productions, la verve des paroles, les battles) qui font vraiment du bien au hip-hop. Voilà ce que nous pouvons vous dire pour ce tour d’horizon du rap issu du nord-est des Etats-Unis, mais avant de vous laisser, voilà STO à la sauce Detroit avec Black Milk, Royce Da 5’9″ & Elzhi pour un Deadly Medley. On se retrouve très vite pour explorer le paysage musical d’une autre ville.

Boyz II Men : 20 ans et un héritage musical

Quand on évoque le nom des Boyz II Men, le premier mot qui vient à l’esprit est voix. Pas n’importe lesquelles, puisque le quatuor a depuis le début cette particularité d’harmoniser les voix de ses quatre membres d’une manière unique, digne des plus grands crooners. Que ce soit dans le confort d’un studio, sur scène ou sur les plateaux télé, les voix sont à l’unisson pour le plus grand bonheur de vos oreilles.

Si on devait le définir, on dirait que le son Boyz II Men s’inspire d’influences diverses. Du gospel bien évidemment avec ses a acappella, de la soul et du new jack swing pour le coté groovy, du doo wop et du hip hop pour le reste. La base de leur musique repose sur une technique irréprochable. C’est cette dernière qui est mise en avant depuis leur début chez Motown jusqu’à aujourd’hui, cette justesse à placer leurs voix, et ce talent si particulier pour harmoniser l’ensemble.

Regarder : medley (It’s So Hard To Say Goodbye To Yesterday / Yesterday / End Of The Road)

A la fin des années 1980, la tendance musicale est en train de changer : le funk s’essoufle depuis quelques temps déjà, remplacé peu à peu par le hip hop. Teddy Riley (fondateur des groupes Blackstreet et Guy) commence aussi à faire connaître un style dont il est le créateur, ce fameux new jack swing caractérisé par des chansons énergiques sur des rythmes « hip hop swing » reconnaissables par de grosses caisses claires très présentes. C’est ce genre qui est à l’origine des premiers succès des artistes comme Keith Sweat ou Bobby Brown… Les Boyz II Men ont donc assisté à la naissance et l’envol de ces deux courants musicaux majeurs dont ils empruntent tous les codes dès le début des 90s. Ils n’en ont sans doute pas conscience au moment où ils sortent leur premier album Cooleyhighharmony début 1991, sous le label Motown comme on vous le disait mardi, mais ils montrent la voie et ouvrent la porte à toute une vague d’artistes émergents en ce début de décennie. Parmi les grands succés de l’année 1992, on retrouve leur album qui bat tous les records de vente et le Dangerous de Michael Jackson, lui aussi directement inspiré du genre new jack et produit en partie par Teddy Riley… Les Boyz II Men marquent finalement d’une empreinte indélébile la musique dès leur première sortie, notamment grâce au succès de End of the Road.

Regarder : End Of The Road (live – 1992)

Leur second album II est aussi un bijou taillé sur mesure par les meilleurs producteurs : le style s’affirme, les producteurs comme Babyface amène une touche plus RnB au projet. Le style Boyz II Men cartonne et grand nombre d’artistes s’en inspirent de Shai à Soul For Real ou encore Blackstreet et All-4-One et même plus tard des chanteurs comme Dru Hill ou Jagged Edge.

Au milieu des années 1990, ils confortent leur statut de légende et collaborent avec les plus grandes stars du hip hop et RnB. Leur aisance à passer d’un style à un autre renforce leur cote de popularité auprés du public hip hop notamment. J’ai là en tête l’excellent Hey Lover avec LL Cool J, sorti en 1995 ou encore One Sweet Day avec Mariah Carey l’année suivante.

Regarder : Hey Lover

On ne peut pas parler de boys band quand on mentionne les Boyz II Men, pourtant de nombreux producteurs développent le concept déjà lancé par des groupes comme New Kids On The Block à fin des années 1980 et s’inspirent du style du quatuor musicalement et dans la manière de travailler les mélodies. A tort bien sûr, le groupe aura tendance à être assimilé à ce phénomène à certains moments de leur carrière.

Si les Boyz II Men ont marqué les années 90 de leurs voix chaudes et soul (pas une soirée sans qu’un de leurs hymnes ne résonnent, pas une bonne playlist radio sans un de leurs nombreux succès), la fin de la décennie est aussi celle de l’essouflement pour le groupe de Philadelphie et c’est le début d’un passage à vide notamment après le départ de Michael McCary et sa belle voix grave au début des années 2000. Des ventes mitigées, quelques flops, mais rien n’arrête le groupe qui peut se vanter d’avoir une fanbase fidèle qui les suit depuis ses débuts, jusqu’à la sortie cette année de Twenty. Alors oui, le succès n’est plus forcément le même qu’à la belle époque, mais la formation Boyz II Men, c’est comme on vous le disait plus de 60 millions d’albums vendus, des dizaines de récompenses et des voix qui n’ont (presque) pas pris une ride.

Parmi les chanteurs de la nouvelle génération, Justin Bieber (je sais ce que vous allez me dire…) qui est un immense fan du groupe, a tenu à les inviter sur son prochain album qui sortira pour Noël sur le titre Falalalala. Presque une bonne raison de demander au Père Noël son album…

En attendant une nouvelle surprise du groupe, je vous laisse souler votre oreille avec ce magnifique enregistrement (acoustique live en Corée du Sud) de Pass You By, extrait de l’album Nathan Michael Shawn Wanya sorti en 2000 et les Boyz II Men vous donnent rendez-vous le 12 janvier prochain à l’Olympia pour un concert exceptionnel du groupe : l’occasion d’apprécier en live leurs nouveaux titres et leurs anciens tubes.

Regarder : Pass You By (acoustique)

Boyz II Men : les années Motown

Trois grands axes pour une carrière de vingt ans déjà et une période dorée chez Motown : revoyons aujourd’hui ensemble le parcours des Boyz II Men au début des années 1990.

Les débuts

Nous sommes fin 1985 au High School of Creative and Performing Arts de Philadelphie (Pennsylvanie). Nathan Morris et Marc Nelson, alors lycéens, décident de former un groupe de chant. Au fil des mois, beaucoup de personnes intègrent le groupe, puis, devant poursuivre leurs études une fois diplômés, le quittent. Après diverses formations peu concluantes, les deux jeunes hommes recrutent finalement tour à tour Wanya Morris, Shawn Stockman et Michael McCary.

Ils prennent alors le nom de Unique Attraction, jouent pour le bal de leur lycée et répètent souvent ensemble, notamment dans les toilettes de l’établissement où ils trouvent l’acoustique excellente. C’est d’ailleurs en reprenant de nombreux tubes dont le titre Boys To Men du groupe New Edition dont ils sont d’immenses fans qu’ils trouveront ainsi l’inspiration du nom définitif du groupe : Boyz II Men.

La rencontre déterminante

1989. La radio locale Power 99FM, animée par Bell Biv DeVoe (Ricky Bell, Michael Bivins et Ronnie DeVoe) qui ne sont autre que les membres de l’ancien groupe New Edition, organisent un concert à Philadelphie où Michael Bivins (aussi producteur) tient la tête d’affiche. Pour ceux qui ne connaissent pas l’anecdote, ce soir-là est sûrement l’un des plus importants de l’histoire du groupe.

Les Boyz II Men se rendent donc au show, bien décidés à approcher Michael Bivins en coulisses. En rodant autour des loges, ils arrivent à approcher une femme du staff et lui demandent s’ils peuvent avoir des Pass VIP, mais cette dernière ne peut leur en donner qu’un seul. Après une petite combine, ils parviennent à se refiler le Pass en question chacun leur tour et à se faufiler en coulisses, juste au moment où Michael Bivins sort de scène. Audacieux, ils commencent à chanter a cappella une de leurs chansons préférées (dont on vous parlera plus en détails demain).

L’artiste est impressionné par leur talent, leur laisse sa carte et demande à Nate de le rappeler au plus vite. C’est donc par l’intermédiaire de Michael Bivins et Biv Entertainment que les hommes décrochent leur premier contrat chez Motown peu de temps après. Seul Marc Nelson refuse de signer et quitte le groupe, préférant continuer sa carrière en solo.

Arrivée chez Motown

La carrière des Boyz II Men débute donc en 1991 avec leur premier album intitulé Cooleyhighharmony, sorti peu de temps après sur le légendaire label. L’album est réédité en 1993 avec des titres bonus dont le cultissime End Of  The Road produit par Babyface et LA Reid et issu de la bande originale du film Boomerang. Un titre qui les propulse au rang de superstars battant même le record du nombre de semaines passées à la tête des charts détenu par Elvis Presley.

Coté conception musicale, le célèbre producteur Dallas Austin, connu pour avoir collaboré avec les plus grands (Aretha Franklin, Berry Gordy, Michael Jackson…), signe la plupart des productions de l’album dont MotownphillyUnder Pressure ou encore les plus doux Please Don’t Go et Lonely Heart. Le son de cet album de Boyz II Men est un mélange de styles : l’arrivée des sonorités new jack, ponctué de « hip-hop doo wop »  et d’harmonies vocales, qui deviennent leur marque de fabrique.

Regarder : Motownphilly (avec l’apparition du non moins célèbre Questlove ! )

L’année suivante, toujours chez Motown, ils enchaînent sur un second album, IIMichael Bivins souhaitant se concentrer sur le projet d’autres artistes, ils font appel à des producteurs de légende : James Harris III et Terry Lewis (on leur doit une partie de l’album Dangerous de Michael Jackson), Babyface ou encore Dallas Austin, rien que ça ! L’opus est à la hauteur des attentes, et les hits ne manquent pas. L’album est un savant mélange entre RnB et new jack, dans la continuité du précédent, mais plus abouti diront certains. Les harmonies vocales sont d’une efficacité redoutable. La sauce prend, conquit les ondes et les dancefloors. II se vend à plus de 12 millions d’exemplaires et bat une fois de plus tous les records, notamment avec le titre I’ll Make Love To You (écrit par Babyface) qui  reste  14 semaines au top du Hot 100. Beaucoup d’autres tubes figurent sur II comme Thank YouOn Bended Knee ou encore Water Runs Dry.

Regarder : Thank You

Les Boyz II Men sont alors au sommet de leur carrière et sollicités de toutes parts : ils collaborent avec Brandy sur BrokenheartedMichael Jackson sur HistoryLL Cool J sur Hey Lover, Mariah Carey sur One Sweet Day

Après une grosse tournée en 1995, Motown décide de sortir le projet intitulé The Remix Collection, Boyz II Men Album et ce malgré les réticences du groupe. Cette sortie marque la fin de la période Motown pour le quatuor qui quitte le label et signe un contrat chez Sony dans la foulée.

En 2007, désormais au nombre de 3 (Michael  McCary ayant quitté le groupe pour raisons de santé), les Boyz II Men reviennent avec l’album A Journey Throught Hitsville U.S.A., un opus ambitieux de reprises des grands tubes de la Motown revisités à travers leurs harmonies vocales. Une belle manière en quelque sorte de boucler la boucle en rendant hommage au label qui les a fait connaître.

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