Tous les articles de

Critique : Lady réchauffe notre hiver

LADY_LADY_HEADER

Au coeur d’un hiver en tous points londonien, c’est bien d’Angleterre que viennent les premiers rayons de soleil de cette année 2013. Lady s’accorde au pluriel, puisque la dame est en fait duo, deux ladies que l’on découvre dès l’aube d’une année nouvelle. Nous n’allons pas les présenter à nouveau, mais on peut d’ores et déjà vous dire que Nicole Wray et Terri Walker sont complémentaires. L’album qui vient tout juste de sortir porte le nom de cette alliance des plus efficaces. Lady donc, se compose de 11 pistes et vous allez vite comprendre pourquoi nous avons adoré.

Le ton est donné dès les premières secondes, puisque la soul transpire de chaque note. Les deux voix se mêlent rapidement à la symphonie lancée par Tell The Truth, chacune avec ses subtilités, l’une plutôt dédiée aux choeurs quand l’autre s’attribue des couplets plus rythmés. Les deux se rejoignent sur un refrain qui ne laisse aucun doute sur le talent des Lady. C’est Money qui prend la suite avec la même formule, cette fois appliquée à une chanson plus légère et fraîche que la précédente qui lorgnait du côté de la mélancolie romantique. Cette chanson a presque tout d’un classique, intemporelle, on peut facilement la dater du siècle précédent, tout en appréciant la modernité de l’enregistrement.

Ecoutez : Money – Lady 

Cette impression de nostalgie appliquée aux méthodes des temps présents se fait en fait ressentir sur la totalité du disque, tout en laissant une place à la diversité apportée par les voix du duo, mais également par des orchestrations de grandes qualités. Il est en fait difficile de croire que nous sommes face à un premier disque, à l’écoute de certaines chansons comme Hold On, mais quand on s’intéresse aux parcours solo des deux dames, il n’y a franchement rien d’étonnant.

Si on se complait dans notre amour de la vieille soul remise au gout du jour par Lady on se rend bien compte que les deux chanteuses sont bien ancrées dans leur époque. Pour preuve le clip de Get Ready qui les montre bouger au rythme de leurs voix dans un quartier du sud de Londres, habillées comme de vraies dames modernes. Un vrai plaisir pour les yeux et les oreilles.

Regardez : Get Ready – Lady

C’est en fait bien le but affiché dès la création du duo par le label de Brooklyn, Truth & Soul, que de faire revivre cette soul qui manque à beaucoup de monde. Celle des années 60, qui alternait sans problème entre la légèreté et la tristesse d’une histoire d’amour. Par exemple, Karma fait parti de ces chansons à la tristesse lancinante qui se rapproche parfois du jazz dans sa musicalité, tout en laissant toujours le leadership aux voix. Parce que si les voix sont exceptionnelles, il faut louer la qualité des musiciens et des compositions qui tissent la toile de fond sur laquelle les chanteuses ont tout le loisir de venir s’exprimer. Sweet Lady démontre par ses changements de ton et de rythme, la virtuosité des musiciens qui alternent sans discontinuer entres les différentes émotions que veulent faire passer les chanteuses. Parfois une certaine ironie s’empare de la composition des chansons, comme sur Please Don’t Do It Again qui pourrait faire croire à une chanson guillerette, alors que les mots chantés sont assez durs derrière cette légèreté.

Les faux pas sont rares, mais comme il faut un peu contrebalancer la réussite de Lady, on peut regretter certaines chansons un peu moins marquantes comme Good Lovin qui peine à nous atteindre quand Waiting On You, la conclusion de l’album, en fait un peu trop dans le déversement d’émotions, sans que les instruments rattrapent le fil à cause d’un mixage sonore un peu raté. Entre ses deux chansons on trouve la plus moderne mais néanmoins plaisante Habit qui délaisse un peu la vieille soul pour ressembler un peu plus aux premières chansons d’Alicia Keys, ou encore à certaines sonorités qu’on retrouve chez Lauryn Hill.

C’est l’avant dernière piste que l’on retient pour conclure notre critique, car If You Wanna Be My Man se place assez bien entre les deux époques, à l’image de ce duo qu’on prend un vrai plaisir à découvrir. Vous l’avez bien compris, le premier contact avec Lady est plus que concluant car elles se placent sur un segment un peu oublié par les nouvelles chanteuses de soul. Cette soul ancienne que l’on retrouve avec le plus grand plaisir grâce aux méthodes d’enregistrements modernes qui confèrent encore plus de charme à cette musique. Enfin soulignons le talent des deux chanteuses, à qui nous souhaitons toute la réussite du monde, et pour les soutenir il ne faut pas hésiter à rejoindre leur page Facebook.

#Tweetzik : Big Boi – Apple of My Eye

Le clip d’aujourd’hui vient mettre en image la chanson qui représente parfaitement le changement d’orientation pris par Big Boi sur son dernier album. Apple of My Eye laisse une place importante à la pop de Jake Troth qui se lance sur un refrain qui reste en tête, tout en étant agréable sur le long terme. Pas grand chose à dire sur le clip qui met en scène un petit concert entre deux blagues de Big Boi. Enfin comme le dit la chanson, on ne va pas vous faire attendre plus longtemps.

Regardez : Apple of My Eye – Big Boi & Jake Troth

#Tweetzik : Kid Cudi – Immortal

KIDCUDI_IMMORTAL_HEADER

Kid Cudi est de retour avec un nouvel extrait de son album à venir, Indicud. Album toujours prévu pour le 23 avril. La chanson d’aujourd’hui, Immortal, est co-produite par Dot Da Genius et renoue avec les racines du chanteur en offrant une musicalité planante sans rap, ni rock, mais toujours expérimentale.

Ecoutez : Immortal – Kid Cudi

Sam Cooke : Le soul man originel ressuscité

SAMCOOKE_SINGLES_HEADER

Considéré comme père spirituel de la soul, Sam Cooke a laissé une empreinte indélébile sur la musique. Aujourd’hui sort une compilation regroupant tous ses singles. L’occasion pour vous de revenir sur sa carrière au rythme de sa voix. The Complete Singles regroupe en effet la totalité des titres sortis en 45 tours de 1956 à 1962. 3 disques, pour résumer la carrière commerciale de Sam Cooke, accompagnés d’un livret de 72 pages dans lequel on retrouve les paroles des chansons et, chose rare, leurs traductions en français. Vous pouvez bien évidemment écouter les extraits de toutes les chansons sur la toile.

Si on peut louer la qualité de la compilation et de son emballage, on peut néanmoins regretter que le disque se contente d’explorer les titres grands publics du chanteur. En effet vous ne retrouverez ici que le Sam Cooke crooner qui vous séduira en quelques notes. En choisissant cette partie de la carrière de l’homme de soul, on occulte la partie plus adulte et engagée de sa discographie, celle qui lui aurait couté la vie. Il ne faut donc pas vous étonner de ne pas retrouver l’incontournable A Change Is Gonna Come au cœur d’un disque que l’on conseille pour vos folles nuits d’amour, moins pour vos combats révolutionnaires.

Ecoutez A Change Is Gonna Come de Sam Cooke

Hype Williams, un oeil au coeur de l’évolution du rap

HYPE_REAL_HEADER

Cela fait plus de 20 ans que Hype Williams trimballe sa caméra pour les rappeurs et chanteurs de R&B. Avant cela il était graffeur et voulait être le Basquiat de la rue. Grand projet pour celui qui réalisera des clips pour tous les grands rappeurs. Contrairement à d’autres il ne possède pas une folie qui rendrait ses clips inoubliables et lui permettrait de percer sur le grand écran, néanmoins ses collaborations avec le cinéaste John Perez lui ont permis de se faire un nom grâce à des vidéos toujours efficaces.

Aujourd’hui son nom est souvent associé à celui de Kanye West, pour lequel il a déjà réalisé 19 clips. Cependant c’est en 1991 que sa carrière commence avec le clip Just Hangin’ Out de Main Source. Vous comprendrez donc que les vidéos de Hype Williams peuvent servir à observer l’évolution des codes du hip-hop. On va donc décortiquer ensemble quelques vidéos en commençant par la source.

Regardez : Main Source – Just Hangin’ Out

En 1991 le rap commence à affirmer une certaine musicalité, on traîne dans la rue avec ses potes et une boombox, sans arme, ni haine, ni violence. On se la raconte au micro, mais il est facile de se détendre à l’écoute d’un Just Hangin’ Out, splif’ à la main, casquette vissée sur la tête. Les femmes sont déjà de la partie avec les BWP pour qui Hype Williams réalise We Want Money la même année. La chanson est beaucoup moins bonne mais on commence à voir la direction que va prendre le rap. Money, money, money.

On passe à 1992 avec Cutty Ranks qui était plus proche du dancehall que du rap, mais qui avait lui aussi un message à faire passer. La détente n’est pas de mise ici malgré le déhanché des danseuses, le décor évoque les conditions difficiles d’une époque placée entre la drogue et la pauvreté. En 1993 des noms plus prestigieux se mettent à collaborer avec Hype Williams pour leurs débuts. Ainsi, Erick Sermon et M.O.P commandent leurs vidéos au réalisateur. C’est How About Some Hardcore de M.O.P qui vient retenir notre attention avec un clip comme on en voit encore énormément aujourd’hui sur la scène underground. Une bande de jeunes énervés, des gros plans, une configuration freestyle, le tout filmé en noir et blanc, rendant le clip intemporel.

Ensuite, lorsque l’on passe à 1994, le choix commence à se faire difficile entre Craig Mack, Jodeci, Usher, Mary J Blige et le Wu Tang Clan. La caméra de Hype Williams a vu l’éclosion de nombreux rappeurs d’une époque que l’on peut dire dorée. Celle qui a donné ses lettres de noblesse à la scène hip-hop. Puisque il faut choisir nous prenons celle qui ratisse le plus large. La vidéo du remix de Flava In Ya Ear, chanson rendue légendaire par sa qualité et son casting, car avec Mack, se succèdent devant la caméra, Notorious BIG, LL Cool J, Busta Rhymes et Rampage. La vidéo laisse apparaître également Puff Daddy et Mary J Blige. Le rap game n’est pas un sport qui se joue en solo durant ces années 1990.

Regardez : Craig Mack – Flava In Ya Ear (Remix)

Dès 1995, Hype Williams commence à s’exporter en dehors de la côte Est, et son carnet de commande explose avec pas moins de 31 vidéos réalisées sur cette seule année. L’argent commence à s’accumuler dans les caisses des gros labels et Big Poppa de Notorious BIG vient illustrer cette nouvelle donne, bouteilles de champagne et dollars à l’appui. La même année Warning, du même rappeur, nous averti sur les drames à venir et la parano qui est de mise à cette période. La conclusion à la Scarface fait encore froid dans le dos. Pourtant Hype Williams n’hésite pas à traverser l’Amérique pour travailler avec la côte Ouest et d’abord Warren G pour le clip de So Many Ways qui fera parti de la bande-son de Bad Boys.

Période de trouble oblige, Hype Williams ne s’éternise pas sur la côte Ouest, mais il prend quand même le temps en 1996 de réaliser la seconde version de California Love pour 2Pac et Dr Dre. La vidéo fait écho à celle de Big Poppa et semble dire qu’ici aussi ils ont de l’argent et de l’alcool, mais ils ont aussi le soleil. Allez juste pour le plaisir.

Regardez : 2Pac & Dr Dre – California Love

La même année le réalisateur travaille sur quelques classiques. If I Ruled The World et Street Dreams pour Nas, No Diggity des Blackstreet, Can’t Knock The Hustle de Jay-Z, I Believe I Can Fly de R-Kelly et on en passe. Hype Williams est devenu la référence des réalisateurs pour le hip-hop cette année-là, toujours sans génie, mais avec une efficacité remarquable.

En 1997 après la mort de Biggie, il réalise l’inoubliable I’ll Be Missing You de Puff Daddy et Faith Evans. Tout en mélancolie l’hommage est plutôt réussi. Un peu de folie ressort de la collaboration avec Missy Elliot pour les clips de Sock it 2 Me et The Rain, ainsi que du clip posthume de Mo Money Mo Problems. On sent cette année là que le rap a besoin de souffler, de s’amuser pour oublier la violence. Cela se ressent dans chacun des clips réalisés par Hype Williams, même chez des rappeurs qui ne nous ont pas habitué à cela comme Jay-Z. Pour bien définir la chose on vous propose le clip de Will Smith. Fini les beefs pour les rappeurs les plus célèbres.

Regardez : Will Smith – Gettin’ Jiggy With It

Évidemment cela ne durera pas, puisque dès 1999 Ja Rule et son It’s Murda/Kill Em All ou Nas et Hate Me Now prouvent que la haine a toujours une place importante dans le rap et Still D.R.E illustre parfaitement l’idée que rien n’a changé et que les mêmes personnes sont aux commandes. Cela dit ces quelques années avec 2Pac et Biggie au sommet ont changé la façon de rapper. La musique a pris une place bien plus importante dans le fond et dans les rimes. De cette année on peut retenir le clip très osé de Hate Me Now pour lequel Nas devient Jésus et porte la croix. À la grandiloquence de ce clip on peut opposer le très simple No Scrubs de TLC et voir qu’il n’y a pas vraiment de patte Hype Williams. Le réalisateur enchaine les projets toujours différemment, apportant son expertise aux chanteurs, mais restant en retrait sur le plan des idées.

Les années 2000 commencent et la fatigue se fait sentir, peut-être en a t’il eu marre de cette violence, en tous cas à force de créer des clips à la chaîne sans réelle influence, le réalisateur commence à s’essouffler. Il ne réalisera même qu’un seul clip en 2003, pour Ashanti. Mais en 2005, nouvelle vague oblige, Hype Williams est de retour, et il est frais comme un gardon. The Game, 50 Cent, Kanye West, Beyoncé, Pharell, Ne-Yo, Robin Thicke, Jamie Foxx, toute la jeunesse veut voir ses clips réalisés par celui qui a filmé l’âge d’or de la vidéo hip-hop. Cependant quelque chose a changé. Le vidéaste veut définir son style. Il commence par appliquer un effet flagrant sur de nombreuses vidéos. À savoir le wide screen dynamique que l’on peut observer sur Check On It de Beyoncé ou So Sick de Ne-Yo. Pour illustrer l’effet c’est Unpredictable de Djamie Foxx (The D is Silent) que l’on a choisi.

Regardez : Jamix Foxx feat. Ludacris – Unpredictable

Cette année marque aussi le départ de la collaboration la plus fructueuse de la carrière de Hype Williams avec les vidéos de Gold Digger et Diamonds For Sierra Leone qui ne laissent augurer que du bon pour la suite de la carrière de Kanye West. Les deux camps se complètent à la perfection, le génie de Kanye West apporte ce qu’il manque à l’expertise technique de Hype Williams. Avec Stronger et Can’t Tell Me Nothing les claques s’enchainent et le réalisateur retrouve le mojo au point d’élargir son horizon pour réaliser Viva La Vida de Coldplay en 2008. Ce n’est cependant qu’un coup d’un soir puisque la relation avec Kanye West est toute fraîche et que le réalisateur en profite pour continuer les expérimentations, notamment en s’essayant au dessin animé sur Heartless. Point d’orgue de cette aventure, la co-réalisation en 2010 du court-métrage Runaway.

Regardez : Kanye West – Runaway

Enfin, ses clips commencent à dégager une aura unique, bien que l’on se demande si la réussite serait aussi grande sans la participation de Kanye West. Les collaborations diverses continuent avec Robin Thicke sur Love After War par exemple, ou encore Jack White le rockeur néo-zélandais. Mais c’est seulement sur les vidéos de Kanye West que l’on arrive à se dire whoa ! Avec l’émergence de nouveaux réalisateurs on peut se demander si Hype Williams parviendra à dépasser ce qu’il a réalisé dans le cadre de sa collaboration avec le rappeur de Chicago.

Il a néanmoins d’ores et déjà réussi à se placer comme baromètre de la culture hip-hop en parvenant à filmer les plus grands rappeurs dans leurs meilleurs moments sans vraiment leur imposer un regard biaisé. Il n’était qu’un des nombreux acteurs du mouvement et en laissant les chanteurs exprimer leurs personnalités au cœur de ses vidéos, il a réussi à s’imposer à leurs côtés. C’est peut-être finalement ça la patte Hype Williams. Nous, en tous cas, on n’est pas contre l’édition en DVD de la totalité de ses clips. À bon entendeur, salut.

Regardez : Wu Tang Clan – Can It Be All Simple

Pour les plus curieux, voici la liste de tous les clips réalisés par Hype Williams.

Pages : 1 2 3 4 5 ... 21 22 Suivante