Critique : Shurik’n fait Shu blanc

 

Commençons cet article en exorcisant tout de suite le fantôme Où Je Vis, véritable classique offert au rap par Shurik’n en 1998. Les années ont passé, le rap a évolué et il serait injuste de juger Tous M’Appellent Shu en le comparant avec le premier album solo du MC sorti alors qu’IAM faisait la pluie et le beau temps sur le rap français. Jetons une dernière oreille nostalgique sur Où Je Vis avec Samouraï avant de replacer Tous M’Appellent Shu dans le contexte actuel.

Nous voici donc en 2012, Sexion d’Assaut is the new IAM pour certains et dans ce milieu moribond quelques plumes continuent d’exercer dans l’ombre des grosses instrus. On nous l’annonce depuis des années, Shurik’n est de retour après un dernier album d’IAM très décevant pour les fans de la première heure. Disons les choses clairement, ça démarre mal sur ce nouvel album. Avec Tous M’Appellent Shu (la chanson), la voix et la plume du MC sont noyées derrière une production inécoutable, loin des influences orientales habituelles : on a l’impression de se trouver sur Saison 5 à nouveau et on a peur pour la suite. Cela continue  jusqu’au sixième morceau, La Même Chose, qui va totalement relancer notre intérêt pour cet album dès les samples journalistiques, les premières notes toutes douces et les paroles pleines de références. La rime redevient efficace car pour la première fois en rythme avec le beat, le bon vieux Shu commence à nous faire plaisir et nous laisse entrevoir la suite avec l’espoir de trouver dans ce disque quelques bons morceaux. Shurik’n n’est pas un Zorro dans Ici, il se raconte mais son flow est gênant, pas forcément en phase en dehors du refrain très moyen lyricalement. On passe alors directement à Mon Fils, se souvenant de la Lettre de 1998 (eh oui, impossible de ne pas faire le lien !) : ici tout est sombre, ce n’est plus le père qui est parti mais le fils qui s’est envolé. Un morceau très dur donc qu’on vous laisse écouter :

http://www.youtube.com/watch?v=9K6C4bzcSdE

Faut Que Je M’échappe, balance des rimes pleines d’un egotrip maîtrisé et rythmées par un refrain chanté pas déplaisant, mais la production rend la chanson moins bonne que ce qu’elle aurait pu être. Avec Vivre arrive Saïd, le chanteur marseillais qui n’a jamais percé mais qui se retrouve maintenant toujours sur les albums des membres d’IAM. Certains l’apprécient, mais ses performances en contraste avec la voix éraillée de Shurik’n sont bien trop propres et manquent cruellement de sincérité. Tant Que Le Clic provoque alors une véritable incompréhension avec un Shurik’n qui rappe à contre-emploi dans un tempo qu’il ne maîtrise pas, rendant presque le refrain imbuvable. Saïd revient sur Comme Vous, mais le voilà beaucoup plus discret et surtout accompagné d’Akhenaton, l’autre MC légendaire d’IAM qui offre une belle prestation sur une chanson qui se place comme l’une des meilleures de l’album.

http://youtu.be/GQSfVYZGsgA

Akhenaton ne part pas tout de suite, il pose à nouveau son flow sur Le Sud, un morceau bien plus léger faisant l’apologie de la ville de Marseille. C’est plutôt mignon comme chanson… mais très vite oublié. Autre chanson oubliable, MC qu’on essayait de nous présenter comme porte-étendard de l’album il y a quelques mois. Reste Tranche de Vie qui conclut l’album avec des remerciements tout doux pour les fans.

Alors que penser du retour de Shurik’n en solo ? Pas grand chose pour être franc : les bons morceaux ne sont pas légion au coeur d’un album qui souffle le chaud et le froid avec des productions qui sabotent trop souvent la plume du MC. Plume déjà visiblement abimée par les années d’inactivité : la critique acerbe de la société du Shurik’n des années 90 semble très lointaine et on s’accroche ici difficilement à quelques phases pour ne pas qualifier cet album de véritable échec. L’unité est absente et quand Shu tente de s’adapter au rap moderne avec des prods bruyantes, on se rend vite compte que sa voix unique n’est pas adaptée. Espérons ne pas avoir à attendre 14 nouvelles années pour le revoir. Après tout il est humain de trébucher parfois.

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Commentaires Feed

  1. namor - 18/07/2012 à 21 h 38 min

    je suis rassuré de ne pas être le seul à trouver cet album moyen…bonne chronique en tout cas!

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