Chronique : Le hip-hop façon… Philadelphie

 

Le hip hop façon PhiladelphieSurnommée Philly, Philadelphie (traduire du latin « amour fraternel ») est la 6ème plus grande ville des États-Unis, située dans l’état de Pennsylvanie, pas très loin de New York. Ça, c’est pour la géographie. Musicalement, la ville est à l’origine de nombreuses innovations dans plusieurs domaines musicaux comme l’opéra, le RnB, la soul, le jazz, le hip hop mais aussi la musique classique (avec son célèbre Philadelphia Orchestra qui, en 1940, réalisera la musique de Fantasia de Walt Disney, entre autres.)

Dans les années 1960, Philly développe son propre son. C’est ici qu’est né le « Philly Sound», cette soul caractérisée par des arrangements influencés par la musique jazz et surtout funk, très riches en cordes et en cuivres. C’est l’émergence d’artistes comme Teddy Pendergrass, Billy Paul, Patti La Belle… Le « Philly Sound» c’est aussi un son riche en percussions et batteries. Le batteur légendaire Earl Young inventera d’ailleurs au cours des années 1970 le fameux rythme disco 4/4 avec la charley jouée à contre temps.

  • L’arrivée du hip hop

En 1979, Lady B, de son vrai nom Wendy Clark et qui anime l’émission WHAT, sort son premier titre To The Beat Y’All influencée par Kurtis Blow et Grandmaster Flash. Un hommage à cette lady du rap en passant, car c’est quand même une des premières (sinon la première) à avoir enregistré un morceau hip hop en studio. Lady B a aussi permis d’ouvrir la voie à d’autres rappeuses de la ville, dont Bahamadia, Lisa Lopes, Ms. Jade ou encore Eve.

Ecouter : Lady B – To The Beat Y’all


En 1984, Lady B anime Street Beat sur Philadelphia’s Power 99 FM. L’émission durera jusqu’à fin 1989 et verra passer tous les grands noms du moment, notamment DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince (Will Smith), autres pionniers de la ville. Pour l’anecdote, en 1988, DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince sortent leur deuxième album He’s The DJ, I’m The Rapper. Ce projet sera le premier double album de l’histoire du hip hop et la chanson Parents Just Don’t Understand remportera en 1988 le premier Grammy de l’histoire du rap. Et là, vous ne voyez plus Will Smith du même oeil !

Regarder : DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince – Parents Just Don’t Understand

Deux ans plus tard, Hollywood fait les yeux doux à Will Smith et l’aventure Le Prince de Bel Air commence. Vous connaissez la suite ! Mais restons tout de même dans les 80′s avec Schooly D. Son nom ne vous dit peut-être rien mais ce rappeur est souvent considéré comme le créateur du Gangsta Rap un peu avant ceux de la vague West Coast et des NWA, Ice T… « Pur produit » des rues de Philadelphie, les textes de Schooly D reflètent une réalité composée de violence, sexe et drogue… Voici ce qui serait donc le premier titre Gangsta Rap de l’Histoire :

Ecouter : Schooly D – PSK, What Does It Mean ? (sorti en 1986 sur l’album Schooly D)

Le côté « Street Parolier » est toujours bien présent à Philly : ici, il est de rigueur de manier la plume aussi bien que le mic et des artistes comme Freeway, Beanie Sigel, Peedi Crakk, Gillie Da Kid, Kurupt (eh oui, il est de Philly !) Cassidy ou Meek Mill en sont les meilleurs exemples.

  • L’exemple The Roots

The Roots1987. Black Thought et Quest Love qui se sont rencontrés sur les bancs de la Philadelphia High School for Creative Performing Arts décident de former The Roots. Influencés par la soul, le jazz et le funk, d’autres membres viendront se greffer à ce noyau dur et formeront ainsi l’un des premiers groupes rap à utiliser les instruments sur scène. Sobre et musical, The Roots fait figure d’ovni dans le paysage hip hop de l’époque et ils commenceront à faire parler d’eux en tournant dans la région de Philly dès le début des années 1990, puis avec la sortie de leur premier album, Organix fin 92.

Il faudra attendra 1999 et la sortie du 4ème opus du groupe Things Fall Apart pour qu’ils obtiennent la reconnaissance mondiale en se classant #4 au Billboard 200. En vrac, The Roots, c’est 4 Grammy Awards et des collaborations avec des artistes tels qu’Erykah Badu, Common, Talib Kweli, D’Angelo, Guru, J Dilla, Jill Scott… Tiens, et si on jouait l’excellentissime The Next Movement là tout de suite ? On parle évidemment de la chanson et du clip :

Regarder : The Roots – The Next Movement

Donc pour résumer de manière (très) grossière le hip hop façon Philly, on a d’un coté « La Street » et de l’autre l’école « The Roots ». Entre les deux, on trouve la catégorie alternative : les inclassables parmi lesquels le duo Jedi Mind Tricks – Army of the Pharaohs, Spank Rock ou encore Chiddy Bang, par exemple.

Du coté soul et RnB, Philly peut se vanter d’avoir de dignes héritiers du « Philly sound » avec des artistes tels que les Boys II Men, dont on vous parlait à l’occasion de leur semaine leur étant consacrée, Jill Scott, Musiq Soulchild, Jaguar Wright, Jazmine Sullivan, Vivian Green

  • Et maintenant ?

Globalement, le hip hop de Philly se porte bien. La scène est productive, quelques rappeurs sont parvenus au succès mondial comme The Roots bien sûr, et d’autres ont fait disque d’or, de platine ou ont gagné quelques Grammys… Mais comme il y a toujours un « mais », il semblerait que malgré ces succès et en comparaison aux artistes soul et RnB de la ville, le rap de Philly ait du mal à s’exporter à l’échelle mondiale et ne connait pas de réelles réussites au niveau mainstream.

Est-ce vraiment un mal direz-vous… Pas forcément. Certains rappeurs rapportent qu’il est très difficile de « sortir » de cette ville et que grand nombre de carrières sont souvent compromises à cause des conditions de vie par toujours évidentes (Philadelphie fait partie des villes les plus dangereuses des Etats Unis). Cet aspect commercial mis à part, Philadelphie regorge de talents hors du commun et de grands lyricistes. La bonne nouvelle, c’est que la vague émergente de rappeurs comme Meek Mill, Gilbere Forte, Asher Roth, Chiddy Bang… commence à attirer les regards. On vous laisse avec un gros son de Meek Mill, Lean Wit It en souhaitant une longue vie au rap de Philly !

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Commentaires Feed

  1. Milène C. - 22/03/2012 à 20 h 02 min

    Super article… je crois même avoir quelquepart l’album de DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince. 1988…? Pfiouuuu ça ne me rajeunit pas vraiment !

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  2. Christ Off - 23/03/2012 à 2 h 07 min

    très bon mais il est vrai qu’un clip de Jedi Mind Tricks n’aurait pas été de trop ;)

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  3. Perrine - 23/03/2012 à 11 h 16 min

    Aaaaaah The Next Movement….c’est trop mon son !! Merci Jav pour cet article vraiment très intéressant. Comme a dit Armelle : Bravo !!

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  4. Aurelien - 27/03/2012 à 7 h 18 min

    Ah The Roots… Si tous les groupes mainstream donnaient la même qualité musicale au hip-hop, on serait déjà passé dans une autre dimension. Un genre de hip-hop supérior version, comparable à la grande musique des époques lointaines. Ils donnent au rap ses lettres de noblesses.

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    1. Army - 27/03/2012 à 12 h 22 min

      C’est beau ! ;)

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