Critique : WZRD ou la métamorphose de Cudi

 

De mémoire auditive, jamais on n’a assisté à un changement d’orientation musicale aussi rapidement dans une carrière. À peine sa base de fan consolidée, Kid Cudi la prend à contre-pied avec son album WZRD, résolument différent. Cela dit, on ne peut pas non plus être totalement surpris car déjà dans son second album, Man On The Moon II, sa musique devenait parfois plus sombre et invitait des riffs de guitares électriques endiablées. Souvenez-vous d’Erase Me :

Plutôt que d’une révolution nous allons donc vous parler de la fin d’une métamorphose, car avec Dot Da Genius, aujourd’hui Kid Cudi nous offre un album alternatif, entre rock et électro, qui se place très loin d’une quelconque bouillie commerciale, que nous balancent souvent les rappeurs qui veulent s’essayer au rock (cf Lil’ Wayne). Vous voilà prévenus, il est temps de passer au contenu, on enfile donc notre costume de Philipe Manœuvre.

Au commencement, The Arrival, un son de guitare et de batterie violent, aucune voix, l’ambiance est définie, cet album sera sombre. High off Life, qui prend la suite avec un son presque similaire, nous permet de retrouver un Kid Cudi qui s’égosille, on peut dire qu’il donne tout, peut-être qu’il donne trop, sa voix si agréable en temps normal est ici éraillée, abimée, crispante. On peut alors s’inquiéter pour le reste de l’album. Heureusement, dès le morceau suivant, The Dream Time Machine, on retrouve notre bon vieux Cudi à la voix si planante, sur une ballade concoctée par Dot Da Genius avec un max d’effets made in moon, finalement assez proche de ce qu’il avait l’habitude de nous offrir, le rap en moins, la machine à remonter le temps fonctionne donc. Mais soyons francs, jusqu’ici, rien de bien affriolant, une entrée en matière en moyenne pour WZRD.

Love Hard, marque un tournant conséquent : ils se lâchent, que ce soit à la production (plutôt speed) ou sur la voix de Kid Cudi qui tient le coup cette fois, il peut alors blablater des mots d’amour avec sa violence si particulière qui le rend unique, que ce soit dans le monde du hip-hop ou ici dans la musique alternative. Ce son ne ressemble à rien de connu dans le passé du rappeur et on est ici finalement face au nouveau Kid Cudi qu’il va falloir apprendre à apprécier et ce ne sera pas facile pour des oreilles non habituées aux instrumentalisations rock aussi abruptes, mais le reste de l’album va vous faciliter la tâche. Car au fil des morceaux, passé le premier tiers en demi-teinte, une véritable fresque se crée, alternant violence sombre et douce apesanteur. Live & Learn en est la parfaite illustration : au sein même du morceau, le rythme change et ralentit avec la voix douce de Kid CuDi qui nous raconte ce qu’il aime dans la vie et repart de plus belle quand il se remet à crier dans vos oreilles !

Arrive Brake, le premier extrait de l’album présenté l’an dernier en single. Si en dehors de l’album (en écoute singulière) le son est difficilement appréciable, il est véritablement à sa place au milieu de ce disque au rythme irrégulier, comme pour freiner un surplus d’entrain, et offre un piédestal au morceau qui suit, autre single extrait il y a peu, Teleport 2 Me, Jamie. Véritable diamant brut au cœur d’un album noir, il illumine cette mosaïque avec un son plus électro, plus léger, et surtout grâce à la voix de Desire qui nous emmène ailleurs, tout simplement. Des mots d’amour, un refrain simple, une musique douce, un gros coup de cœur :

Pour la suite, c’est très simple, Kid Cudi est amoureux et inquiet dans Where Did You Sleep Last Night, reprise du titre de Nirvana, (Kid Cudi est un grand fan de Kurt Cobain) mais il est toujours très doux, la musique également. Les fans de la première heure se retrouveront peut-être plus facilement dans cette seconde partie d’album, puisque même si le rock remplace le rap, sa voix si particulière continue de nous envoûter et de nous raconter ce qu’elle veut. Avec Efflictim, même rengaine mais avec une musique encore plus douce et une guitare sèche qui remplace l’électrique pour un son surprenant, une véritable bouffée d’air frais (une version acoustique serait d’ailleurs la bienvenue). Dr. Pill nous rappelle les problèmes avec la drogue de Scott Mescudi, ici sa voix frôle la folie, inconstante et même assez effrayante parfois.

Et clap ! Arrive Upper Room un son qui rappelle fortement les productions des anciens albums de Kid CuDi, conclusion d’un album court qui nous a entrainé sur un terrain tout à fait nouveau, sans pour autant nous abandonner sur place. Dot Da Genius a offert à Kid CuDi des productions dignes de ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Le duo s’entend parfaitement et ça se ressent dans leur musique, Dot ayant complètement saisi l’univers sombre de Cudder. Une expérience WZRD plutôt réussie pour Soul Ton Oreille, même si elle n’a pas fini de diviser les fans du Man On The Moon.

Mots-clés : , , , , , , , , ,

Commentaires Feed

  1. Hank - 08/03/2012 à 0 h 14 min

    Un peu près d’accord avec toute la critique mais  » High Off Life  » c’est le premier titre que je retiens ! Tout simplement génial avec un refrain plus qu’accrocheur…

    Répondre

    1. Aurelien - 08/03/2012 à 17 h 04 min

      Je trouve que Kid Cudi a un peu de mal à placer sa voix sur ce morceaux, la rendant un peu désagréable. Mais sinon le son est pas mauvais c’est clair.

      Répondre

  2. raphaël - 26/09/2012 à 18 h 44 min

    Oui ! Kid cudi a vraiment une voix qui va avec tout les styles contemporains. J’aime particulièrement The Dream Time Machine.

    Répondre

Laissez un commentaire