Critique : The Roots n’a pas à refaire Undun

 

C’est l’histoire de Redford Stephens, jeune afro-américain dont les choix ne peuvent mener qu’à deux issues possibles : l’enfermement ou la mort. Un frère derrière les barreaux, l’autre en fuite, il prend conscience que malgré une envie profondément enfouie de rester loin des ennuis, il n’a d’autre choix à ce moment précis que d’emprunter la voie de la criminalité pour survivre au ghetto.

Son auto-destruction commence avec un baptême du feu, une initiation qui le laisse marqué à vie et que les quelques heureux souvenirs d’enfance qu’il garde ne sauront lui faire oublier, laissant son innocence à jamais perdue. Il prend conscience de ses excès, comprend qu’il est seul malgré les artifices et qu’il risque finalement encore sa vie tous les jours. Redford décide quand même d’en demander encore, d’en vouloir plus et franchit des lignes qu’il aurait mieux fait de ne pas outrepasser.

Son ambition l’empêche de ralentir le rythme et il se désintéresse des problèmes de la rue, préférant la superficialité d’un autre monde, celui qui lui fait croire qu’il va s’en sortir, celui qui lui laisser penser qu’il est quelqu’un. Il profite de la vie, prend du bon temps, se fait plaisir. Parce qu’avant ça, il luttait tous les jours pour manger, pour vivre, pour survivre. Redford demande simplement d’avoir la chance de son côté, pour une fois, pour enfin mener une existence paisible et naïve comme le voudrait son âge. Au moins un jour.

Mais la réalité du ghetto le rattrape et Redford prend des décisions : ces mêmes décisions qui l’amèneront quelques temps plus tard, après avoir mené grand train, entouré de filles, conduisant de grosses voitures et dépensant sans compter, à se demander quel héritage il va laisser. Quel souvenir sa famille gardera-t-elle de lui ? Quelle solution aurait-il pu imaginer pour survivre autrement ? Des questions qu’il se pose tard, trop tard car il est déjà temps pour lui de faire ses adieux au monde qui l’entoure, à 25 ans seulement.

Undun n’est pas un album comme les autres.

Il commence par la fin d’une vie et le son de l’électrocardiogramme qui vire plat tout en rappelant le début de cette même existence avec les cris d’un nouveau-né qui résonnent… C’est ainsi que débute ce treizième opus du groupe de Philadelphie qu’on ne présente plus, The Roots. Questlove se posant en métronome, les choeurs et les notes de piano enrobent les textes toujours aussi bien pensés de Black Thought et ses invités, de Dice Raw à Greg Porn parmi d’autres, qui d’ailleurs apparaissent comme des choix logiques puisqu’ils forment sur cet album un tout harmonieux avec The Roots. Racontant la vie de Redford Stephens à rebours, Undun ferait presque figure d’ovni si on ne connaissait pas si bien le groupe, tant il a laissé parler son orchestre et sa créativité en mettant en place cette histoire. Défaisant la vie de son héros tout au long de son projet, The Roots propose ici un album concept qu’on ne va pas oublier de si tôt.

Avec les quatre mini-clips diffusés à quelques semaines de la sortie de l’album puis compilés dans le court-métrage Undun, cet opus du groupe de Philadelphie place la barre très haut en laissant imaginer une adaptation plus étoffée et plus longue de ses 40 minutes. La narration particulière et le développement musical des 14 pièces de l’album permettent facilement de songer à un support plus élaboré encore pour mettre en scène la vie de Redford. Tout à fait introspectif sans jamais porter de jugement sur les choix de son héros, Undun est un album réussi qui mérite une écoute attentive et peut d’ores et déjà accéder au statut de classique.

Le genre d’album qui s’écoute en boucle sans jamais laisser échapper une piste. Le genre qui se vit et ne laisse forcément pas indifférent ; le genre The Roots finalement.

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Commentaires Feed

  1. SoulYmaN - 25/12/2011 à 12 h 13 min

    Clairement un album duquel on peut difficilement extraire une seule chanson et dire : « Hey boloss t’as entendu ce son, c’est de la bebon ! ». Nope on ne peut pas car ils nous ont livré une oeuvre où chaque note compte, même, et surtout dans les interludes musicaux nous plongeons encore plus loin dans le trip acoustique. C’est un peu ce qu’avait fait Cunninlynguists en début d’année. Mais ici c’est encore plus abouti, j’aime que le Hip-Hop se trempe dans ces eaux là.

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  2. Mpop - 25/12/2011 à 15 h 16 min

    En boucle c’est cas de le dire. Au point que, quand on entend la première piste repassé on est étonné d’avoir écouté l’album entier! L’album est doux musicalement, le concept est excellent et bien que je déteste me prononcé aussi tôt à cause de l’euphorie de la découverte je pense qu’il aurais aucun mal à se faire une place dans ma liste de classic

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  3. Mimouna - 25/12/2011 à 19 h 25 min

    @SoulYmaN : oui, je vois cet album comme une longue piste de 40 minutes plutôt que 14 titres. C’est pour ça que je n’ai pas voulu aller dans le détail des titres ici.
    @Mpop : Complètement d’accord :)

    Ce qui est surtout excellent avec The Roots, c’est qu’ils donnent cette impression de faire ce qu’ils ont envie, comme ils en ont envie et que quoi qu’ils essaient, c’est réussi. Presque énervant ! Mais tant qu’ils donnent du bon, on n’a pas à se plaindre ;)

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