Entretien avec John Stewart

 

Une fois n’est pas coutume, attardons-nous à un de ces hommes de l’ombre qui font si bien sonner la musique à vos oreilles. Aujourd’hui, Soul Ton Oreille vous propose un entretien avec John Stewart, ingénieur son et criminel à ses heures perdues, lui qui a travaillé avec la plupart des grosses pointures américaines (Talib Kweli, Malik Yusef ou encore Kid Cudi entre autres.) En plus de quelques autres surprises il nous lâche en exclusivité la date de sortie de King or The Fool de Tony Williams, chanteur que nous avions interviewé il y a quelques mois.

Soul Ton Oreille : D’abord, est-ce que tu peux te présenter s’il te plait ?
John Stewart : Je suis John Stewart, ingénieur son, chef d’entreprise et pro du délit de fuite.

D’habitude, quand on parle de musique et des rêves de la plupart des gens, ils veulent devenir chanteur, rappeur, producteur etc. Pourtant toi, tu es ingénieur son, ce qui est plutôt intéressant. Comment t’es-tu retrouvé à faire ça ?
Je faisais ma propre musique à une certaine époque et la manière dont mes ingénieurs travaillaient et la façon avec laquelle ils manipulaient mes sons m’intriguait, donc j’ai voulu apprendre. Des années plus tard cette curiosité s’est transformée en quelque chose de concret que j’adore et m’a permis de travailler avec quelques uns de mes artistes préférés.

Comment cela se passe lorsque tu as un morceau à mixer ? Est-ce que des instructions particulières te sont données ? Es-tu en contact avec les artistes directement ?
Sincèrement, ça dépend. Avec certains artistes, je ne suis qu’ingénieur du son mais ils me demandent de m’impliquer dans le processus de création. Des fois ça veut donc dire écrire, discuter d’un changement de son avec les producteurs etc., mais je préfère travailler sur un disque dès le début. Je préfère assister à la création de ce que je mixe car cela me permet de connaître la chanson parfaitement et ça, c’est impossible si l’enregistrement m’est juste donné pour être mixé ou masterisé.
Par contre il arrive que je reçoive simplement les enregistrements à mixer via les artistes, managers ou labels : certaines fois c’est accompagné de strictes instructions mais je crois que je commence à avoir une certaine réputation et maintenant, on me permet de donner la direction que je veux à un son.

Tu as eu la chance de travailler avec énormément d’artistes, et la plupart sont d’ailleurs parmi les meilleurs dans cette industrie. Quel est ton meilleur souvenir d’une session studio ?
Mon meilleur souvenir de mix… Je dirais le prochain single de Tony Williams, Sleep Over. Oui, c’est en tête de liste des meilleurs souvenirs (ce single sortira le 20 janvier prochain). C’est le premier morceau de l’album sur lequel on a travaillé ensemble. J’ai enregistré la voix et la guitare de cette chanson et après j’ai dû faire à peu près 50 mixes différents de manière à produire un morceau parfait. Quand j’étais en train de mixer, j’ai senti que l’enregistrement avait besoin de passer sur bande pour avoir, tu sais, cette texture qui lui est propre et donc on a fini par lâcher le SSL (consoles de mixage) pour passer sur quelque chose de plus approprié.
Je pense que j’ai passé plus de temps sur cette chanson que sur n’importe quelle autre. Je veux dire qu’on a passé des mois à travailler ne serait-ce que sur ce morceau. J’ai appris beaucoup en travaillant sur cet album et je pense que de mon travail a fini de convaincre Tony qu’il fallait qu’il me garde comme ingénieur.

D’ailleurs, à propos de l’industrie, elle a beaucoup changé dernièrement, notamment avec l’Internet. Comment tu vis ça, quel est ton avis là-dessus ?
Avant, c’était compliqué de travailler, les ingénieurs étaient peu nombreux puisque tout le monde n’avait pas de studio à soi et seulement peu pouvaient se payer un bon son sans avoir le soutien d’un label derrière. Maintenant, faire de la musique en général et du hip hop en particulier donne l’impression que tout le monde peut s’y mettre et à mesure que la technologie progresse, la créativité est noyée dans la masse. A cause de ça il y a une différence énorme entre les dix meilleurs rappeurs du moment et le reste du monde. C’est à double tranchant et à cause de la simplicité relative du hip hop par rapport à d’autres genres, ça va être intéressant de voir où vont nous mener ces changements sur le long terme.

Les leaks (ndlr : les fuites) font aussi partie du jeu désormais et peuvent entacher les ventes d’albums jusqu’aux processus créatif parfois, par exemple un morceau non-validé peut sortir illégalement alors qu’il est encore susceptible d’être annulé et seulement Jay-Z et Kanye West auraient réussi le tour de force d’éviter les fuites. Toi qui travaille directement au sein des studios, est-ce que c’est quelque chose que les artistes peuvent éviter ?

D’un côté je me dis que ce n’est pas grave, les fuites font partie du jeu mais de l’autre côté je sais qu’elles sont évitables. Si tu considères ta musique comme un produit, quelque chose qui va t’amener à recevoir une rémunération, tu risques d’être très prudent et tu contrôleras qui a accès à tes fichiers et ta musique.

Il y a un autre piège sur Internet, celui résultant de l’erreur de beaucoup de jeunes artistes de se projeter immédiatement sur le web pour ainsi souffrir d’un jugement, d’une image de sous-artistes qu’ils ne désirent pas. Tu peux nous dire plus en détail ta pensée sur ce point ?
Si j’avais un conseil à donner aux artistes, c’est de rester en retrait, de lâcher un peu Internet : c’est là que tout le monde est ! Plus personne n’est dans la rue à se battre pour réussir. Et comme dans n’importe quelle industrie, rester collé devant un écran d’ordinateur n’est pas la meilleure manière de faire avancer les choses. Le web peut aider à compléter ce que tu fais, c’est sûr, mais il n’a pas besoin d’être ton seul moyen de communication. Beaucoup trop d’artistes comptent sur le web et uniquement le web et ils perdent leur temps.
N’importe quel produit, que ce soit de la musique ou autre chose, à besoin d’être mis en valeur. Par exemple Jay-Z et Kanye West ont dû faire deux brouillons avant d’arriver à la version finale de Watch The Throne qu’ils désiraient. Les artistes qui sont au top ne sortent pas seulement des sons, ils passent en réalité des semaines voire des mois à faire chaque son en s’assurant que chaque morceau de l’enregistrement est là où il doit être. Ceux qui balancent leur musique sans faire cet effort te diront qu’ils ne prennent pas réellement leur travail au sérieux.

Tu as aussi créé ton propre label, The High Society (THS). Comment t’es-tu retrouvé dans cette aventure ?
Alors que je bossais comme ingénieur, les choses ont commencé à se montrer et prendre forme, j’aurais donc été fou de ne pas tout mettre en place pour THS. Ça c’est juste révélé être un choix logique pour la suite. J’ai des associés géniaux, une super équipe et j’ai hâte de voir où tout ça va nous mener. 2012 devrait être une très bonne année.

La première sortie majeure du label sera King or The Fool, le premier album solo de Tony Williams. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?
En tant que label c’est notre première grosse sortie, notre premier album. C’est un grand pas en avant et je pense qu’on prend les bonnes décisions en ce moment, même s’il faut qu’on attende de voir ce que ça donne. King or The Fool est un disque fou ! On va aussi sortir une mixtape avant KOTF qui va surprendre tout le monde. Tout ce que je peux dire c’est que le 20 décembre, les projecteurs vont être braqués sur nous et je peux vous assurer que personne ne sera déçu. Attendez-vous à de grandes choses, le premier single de la mixtape sortira le 23 décembre et on a une série de vidéos pour KOTF qui va commencer à être diffusée dès le 20 de ce mois. Aucun retard, aucun report, on va s’en tenir à ces dates. Donc soyez prêts en attendant KOTF le 14 février. Boom !

Pour aller plus loin :
TheJohnStewart.net / Twitter @Theworldfamous

Merci à Mim’ pour la traduction. 

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Commentaires Feed

  1. perrine - 18/12/2011 à 22 h 02 min

    Bien vu John !!!

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