Lupe Fiasco – LASERS

 

Enfin ! En ce 8 mars de l’an 2011, Lupe Fiasco parvient à finalement sortir son troisième album studio baptisé LASERS, suite à un bras de fer de près de 2 ans avec son label, Atlantic Records. Mais après déjà deux albums au lyricisme engagé et perfectionné, ce nouvel opus réitérera-t-il l’exploit des précédents ?

Avec LASERS, le Lupe que l’on a connu n’est plus, autant le dire d’emblée. Cet album, c’est plutôt celui d’Atlantic que le sien. Un label dont il déclare lui-même en être l’otage, comme l’illustre une récente interview avec le Chicago Sun-Times. « On m’a clairement dit de ne pas rapper de manière trop « consciencieuse ». C’était un ordre qui venait directement d’en haut, disant que je rappais trop vite ou trop lentement, ou bien encore que c’était trop complexe. […] Je leur ai donné ce qu’ils voulaient. Si je ne l’avais pas fait, l’album ne serait jamais sorti.»

Des déclarations qui en disent long sur la politique d’Atlantic, à savoir privilégier les billets à la qualité d’un produit, sans hésiter à le tronquer s’il le faut. Une ligne de conduite totalement aux antipodes de celle de Lupe, qui une fois appliquée (et croyez moi, elle l’est) conduit inexorablement au gâchis. Fini l’artiste engagé que l’on a connu par le passé, aux beats souls et entrainants officiants de support à ses revendications. Les perles d’antan telles que The Instrumental, Hurt Me Soul, Kick Push, Hip Hop Saved My Life et j’en passe ne trouveront pas de pareil égal sur cette galette, dénuée de tout message ou même de simple construction, la plupart des sons s’enchainant sans aucune cohérence.
Ici, la part belle est aux divers featurings mielleux et inintéressants au possible, et qui font tout sauf s’ancrer dans l’univers si particulier de Lupe. Eric Turner, Matt Mahaffey, MDMA (qui saccage deux des trois sons sur lesquels il pose) ou encore Trey Songz (désolé mon coco mais t’as rien à faire sur un album de Lupe), voilà les principaux loustics qui contribuent au naufrage de ce LASERS, laissant présager le Fiasco à l’horizon.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter par la fenêtre, encore heureux. Letting Go en featuring avec Sarah Green ouvre même l’album de la meilleure des manières, avec son atmosphère sombre et un Lu’ flamboyant, à la voix bridée par les interférences. Words I Never Said dont nous avions déjà parlé sur Soul Ton Oreille est sûrement le morceau le plus engagé du lot, bien que d’entendre systématiquement les mêmes productions d’Alex Da Kid ainsi que les mêmes refrains de sa copine Skylar, ça commence à sérieusement m’échauffer les oreilles. Mais celles qui nous rappellent notre Lupe fétiche sont sans conteste All Black Everything et Till I Get There, deux gouttes d’eau rafraichissantes dans cet immense océan de désarroi. Un « classic Lupe » pour l’un, une mélodie et un refrain entrainant jusqu’au bout pour l’autre, qui ne manqueront pas de marquer des points auprès de votre oreille. Au final, The Show Goes On semble être l’un des meilleurs sons de cet album, bien qu’il soit trop gentillet sur les bords pour nous faire tomber de nos chaises. On regrettera le même traitement pour Never Forget You avec John Legend, qui ne parvient pas (ou peu) à nous faire décoller.

Mais alors, que reste-il à la fin de cette écoute ? Un sentiment assez bizarre où l’on maudira Atlantic jusqu’à la fin de nos jours (à savoir que la moitié du travail de Lupe ne figure pas sur l’album, c’est dire les compromis qui ont été faits) et où l’on se contente du correct tout en grinçant des dents, n’étant pas dupe face à cette arnaque qui risque de faire couler beaucoup d’encre. Fans de la première heure, vous êtes prévenus ! Il ne nous reste plus qu’à attendre Food & Liquor II, opus dont Mr. Fiasco a déjà assuré qu’Atlantic resterait loin du processus.

We love you Lupe !

On aime : Letting Go Featuring Sarah green

Mots-clés : , , , , , ,